Oumar Daroun Bah Dimanche, 21 Août 2016 18:47
L'opposition dite républicaine a organisé dans la journée du mardi 16 Août 2016 une manifestation pacifique, qui a mobilisé des milliers de manifestants. Tous s'étaient réunis pour exprimer leur « mécontentement face à la mauvaise gestion des affaires publiques par le pouvoir ».
Après deux reports, la manifestation de l'opposition s'est tenue finalement ce mardi 16 Août. Contrairement à l'itinéraire qui a fait objet de consensus entre les organisateurs et le conseil de ville de Conakry qui a autorisé la marche, itinéraire allant du grand carrefour de Bambéto à l'esplanade du stade du 28 Septembre, Cellou Dalein et ses pairs de l'opposition ont décidé de commencer la marche à partir du siège de l’Union des Forces du Changement (UFC), situé dans le quartier de Cosa. Pour le chef de file de l'opposition, cette dernière décision n'est pas fortuite. Puisque presque « tous les leaders de l'opposition résident en haute banlieue, nous avons décidé de partir du siège de l'UFC qui est situé dans notre fief (la commune de Ratoma considérée comme le bastion de l'opposition dite républicaine) même, afin de rallier l'esplanade du stade du 28 Septembre », a justifié Cellou Dalein Diallo, président du parti de l'UFDG.
À l'esplanade du stade du 28 Septembre, les différents leaders politiques ont communié avec leurs militants, à travers des discours au ton acerbe contre le pouvoir. C'est le président de l'UFC et porte-parole de l'opposition dite républicaine qui a pris la parole en première position. Avant tout propos, Aboubacar Sylla a demandé aux militants d'observer une minute de silence à la mémoire des victimes du « massacre » du 28 Septembre 2009. Après ce court silence, le président de l'UFC a pointé du doigt la « mauvaise gouvernance » du président Condé.
« Cette manifestation est la deuxième marche qui a abouti à l'esplanade du 28 Septembre. Mais jamais nous n'avons enregistré autant de monde sur cette place. Et l'esplanade, et ses terrasses, et les rues adjacentes sont toutes remplies de monde, parce que les Guinéens comprennent que tous les jours un peu plus, que ce régime est un régime qui ne fait pas leur valeur. C'est un régime de dictature. […] C'est un régime de clans, de copains, de coquins et de cousins », a flétri Aboubacar Sylla. Pour lui les Guinéens sont fatigués.
Quant à Makanéra Kaké, il a demandé la démission de son ancien patron du RPG Arc-en-ciel. « Alpha n'a pas dit qu'il va rattraper les 50 ans de retard en 5 ans ? Où nous sommes aujourd'hui ? Il n'a pas dit chaque étudiant un d'ordinateur ? Il n'a pas dit autosuffisance alimentaire ? À l'arrivée d'Alpha, c'est 300 000 tonnes de riz qu'on envoyait, aujourd'hui c'est 600 000 tonnes qu'on exporte. Et d'ajouter, si on a élu un président, on n'a pas donné la Guinée au président. On n'est pas des esclaves, nous sommes des citoyens libres. Le seul rapport qui nous régis, nous et ceux qui nous commandent, c'est la loi. Tout ce que la loi n'a pas interdit, personne ne peut nous l'interdire. Il faut que cela soit clair», a-t-il martelé.
Le chef de file de l'opposition guinéenne a tenu d'abord a remercié les militants pour « cette forte mobilisation », avant de lancer des pics à l'encontre du locataire de Sékoutouréyah. Pour lui la Guinée souffre et la cause n'est pas à chercher loin, il a indexé l'administration Condé. « Le chômage a atteint un niveau inacceptable par la faute d'Alpha. Grâce à ses incohérences, ses maladresses, ses incompétences, la seule usine qui existait en Guinée a fermé ses portes. Rio Tinto qui avait promis 100 000 emplois à la phase de construction et 40 000 pendant la phase d'exploitation, par la faute des incohérences et des maladresses d'Alpha Condé a plié bagage ». Et d'ajouter que « les Guinéens ne sont pas des esclaves. Nous sommes venus aujourd'hui pour protester, pour montrer qu'on n'est pas d'accord », a-t-il rouspété.
Comme perspective de l'opposition, le chef de file de Cellou Dalein Diallo a annoncé que la prochaine marche se tiendra sur l'autoroute. « Il faut qu'on reste mobilisés. Et j'annonce ici haut et fort, au nom de l'opposition républicaine, que la prochaine fois, ça sera toute la Guinée. Et pour Conakry ça sera sur l'autoroute. Et nous allons continuer les manifestations jusqu'à ce que la gouvernance change, jusqu'à ce que nos accords politiques soient respectés, la Cour de Justice mise en place, la CENI changée, le fichier rectifié », a juré Cellou Dalein Diallo.
Si dans l'ensemble « tout s'est bien déroulé durant la manifestation », comme l'a indiqué le commandant Mamadou Alpha Barry, il faut aussi noter que des échauffourées ont éclaté juste après la marche dans le quartier de Bambéto, entre des éléments des forces de l'ordre et des manifestants qui étaient semble-t-il sur le chemin du retour. Des violences qui ont coûté la vie à un jeune de 21 ans du nom de Thierno Hamidou Diallo.
Cette marche pacifique constitue donc l'entrée en matière pour l'opposition, qui ne compte plus baisser les bras, face à une gouvernance qui semble battre de l'aile.
Oumar Daroun Bah
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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