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Mamadi Youla sur les « GG » : une sortie qui laisse les citoyens sur leur faim
Alpha Amadou Diallo Samedi, 20 Août 2016 11:30
Le Premier ministre, chef du gouvernement Mamady Youla était l'invité des Grandes Gueules, émission de grande écoute de la radio Espace FM, le lundi dernier. L'occasion était opportune pour le Premier ministre de défendre son bilan, et de se prononcer sur des questions d'actualité. Toutefois, certains observateurs disent être restés sur leur faim, face à cette sortie du Premier ministre sur les « GG ». Notre reporter a tenté de décrypter les propos de Mamady Youla. Extraits.
De son bilan à la primature
« Je dirai qu'il est quelque peu prématuré de parler de bilan stricto sensu, au sens premier, mais on peut dire en quelque mots de ce que nous faisons depuis que nous sommes à la tête du gouvernement. En tant que Premier ministre j'ai été nommé le 26 Décembre 2015 et le gouvernement a été mis en place le 4 Janvier. Donc, il y a un peu plus de 7 mois. Comme vous le savez en fin Décembre, nous étions encore au terme de deux années parmi les plus difficiles que notre pays a connues. Nous n'avions jamais connu de crise aussi grave, quand on a été confronté à cette épidémie. On ne savait pas au départ comment on allait en sortir. Il y avait un chiffre extraordinaire qui circulait un peu partout dans le monde, en disant que le nombre de morts dû à cette maladie allait exploser. Il y avait même des pays qui étaient même menacés de disparation, quand on voyait ce qui se passait dans les rues en Sierra Leone et au Liberia où les gens mouraient partout. Donc c'était une situation extrêmement terrible.
L'épidémie d'Ebola, un héritage lourd sur les épaules
« Disons que oui. Le chef de l'État, il le dit le plus souvent. Hein ! En fin 2010 qu'il a hérité d'un pays, pas d'un État. Il nous l'a dit. Il faut reconnaître qu'il y a de nombreux attributs d'un État structuré et organisé, qui faisaient quand même défaut, et jusqu'aujourd'hui avec tous les efforts faits par le chef de l'État pour justement reconstruire les bases d'un État moderne, parce qu'il faut se rappeler qu'en fin 2015, l'ensemble des institutions républicaines qui n'étaient pas toutes en place étaient au complet en fin 2015. Donc ce qui veut dire qu'il y a effectivement les bases d'un État fonctionnel. Vous savez l'essentiel des institutions républicaines, la Haute Cour de justice c'est quelque chose peut être lié au cadre… ».
Du redressement de l'économie « sinistrée »
« Je dis bien qu'effectivement en fin 2015, nous avions une situation assez difficile parce que lorsqu'on regarde les agrégats en ce moment-là , on avait des chiffres quand même qui étaient par exemple la croissance en 2015 était nulle, c'est-à -dire la Guinée n'a pas connu de taux de croissance. Ce qui en fait constitue une régression puisque la population continue de croître. Un accroissement naturel. Bon ! Il y a d'autres éléments qui sont là , le programme qui était suspendu, la performance était très, très mauvaise sur un certain nombre de choses. Au regard de tout cela effectivement, nous avons hérité d'une situation difficile (...) Je me rappelle qu'en Guinée, en tant qu'État souverain, on adhère librement aux Organisations internationales. L'Union Africaine, la Cedeao et aussi le FMI, la Banque Mondiale. Donc pour adhérer à cela, nous avons des représentants, lorsque nous avons un représentant au conseil d'administration du FMI, de la Banque Mondiale, de la BAD, de toutes ces institutions-là , nous sommes membres. Lorsque ces institutions prennent des décisions qui sont adoptées en conseil d'administration, ça suppose que la Guinée les a adoptées. Le programme que nous avons avec le FMI définit un cadre qui permet à notre pays non seulement peut être d'améliorer de manière significative sa gouvernance économique, mais aussi de bénéficier des ressources extérieures parce que nous sommes un pays en développement. J'allais dire même pauvre, nos ressources ne nous permettent pas de faire face à nos besoins de développement. Lorsque nous faisons ça, c'est depuis toujours notre budget en fin d'année, le budget national, les besoins sont toujours supérieurs aux ressources, c'est-à -dire aux disponibilités. Donc le gap là , la différence elle vient de l'extérieur. L'extérieur nous dit que si vous voulez que nous vous finançons votre déficit, le gap, le manque à gagner, pour boucler votre budget, il y a quand même des règles pour ça parce que l'argent là ce sont des impôts que nos citoyens payent là -bas. Donc il y a des règles à respecter. Alors on choisit, soit on veut accéder à des ressources extérieures en ce moment on fait ce que les partenaires demandent. On s'assoit avec les gens on discute ou alors on décide que non ! Bon ! Nos ressources c'est tant, on va se débrouiller avec ça, mais je rappelle quand même depuis plusieurs années, les secteurs sociaux, l'éducation, la santé et même les infrastructures ont été largement financés par des ressources extérieurs, et donc il est important d'avoir le programme. Et nous avons travaillé, en 3 mois nous avons pu rétablir les relations avec le FMI dont le conseil d'administration a voté la reprise des relations avec la Guinée. Ça s'est fait en fin Mars, et nous avons bouclé formellement le programme. Et la mission du FMI arrive la semaine prochaine en Guinée pour justement faire l'évaluation de ce programme-là . Donc ce travail je pense que c'est un des éléments… Il y en a beaucoup d'autres, j'ai rappelé par exemple le cas de la pêche ou nous avons trouvé que la Guinée était le seul pays à figurer sur la liste de la pêche INN… ».
Taux de croissance actuel
« Aujourd'hui nous projetons un taux de croissance pour 2016 au tour de 4%. Voilà le FMI estime à 3,7% en ce moment ce taux de croissance. Je pense que pour certaines raisons, nous pouvons facilement atteindre un taux de 4% à la fin de cette année ».
Des nouvelles impositions pour renflouer les caisses du trésor public
« Écoutez ! Je viens de vous rappeler que nos ressources sont insuffisantes pour faire face à nos besoins. Vous êtes le premier à vous plaindre de tout ce qui ne va pas, mais comment régler ce qui ne va pas avec quoi ? Avec quel moyen ? Il faut des ressources. Je rappelle qu'en fin 2015, le manque à gagner dû à ébola pour l'année 2015 sur le budget de l'État, c'est-à -dire le manque à gagner sur des ressources, c'était presque 3000 à 2900 milliards de GNF. Le manque à gagner qu'on a enregistré en 2015, c'est-à -dire lorsque nous avons fait le budget en début d'année 2015, comme je vous l'ai dit, il y a les ressources, il y a les dépenses en raison de la situation d'ébola, en raison du fait que nous avons perdu le programme. Les ressources que nous devons mobilisées à l'intérieur, il a manqué presque 1000 milliards de GNF. Et les ressources que les bailleurs devaient nous donner pour nous assister ne nous sommes pas parvenus, il s'agit de plus de 2000 milliards. Je vous ai rappelé que lorsque vous ne respectez pas l'accord des partenaires, c'est dire si vous ne respectez pas les accords, ils vous disent, nous, l'argent on ne peut pas vous donner parce que c'est ça l'accord. A un moment donné, si on veut faire la relance, il fallait trouver à l'interne. Je rappelle qu'un pays comme l'Éthiopie vient de financer l'un des plus grands barrages en Afrique avec des ressources intérieures. Ils n'ont pas fait appel aux bailleurs de fonds. Nous devons apprendre progressivement à compter sur nous parce qu'on ne peut pas bâtir un développement viable sur le long terme sans trouver les moyens de mobiliser les ressources intérieures. Nous travaillons, j'espère que progressivement nous allons y arriver ».
Des marchés gré à gré…
« Écoutez ! Je comprends qu'il y ait eu beaucoup de débats et de discussions autour des marchés. Je ne vais pas vous dire ici que nous n'avons pas des problèmes au niveau des marchés publics. Mais ce que je vous ai dit tout à l'heure, pour revenir sur ébola, il faut comprendre, il ne faut pas le sous-estimer. Une catastrophe qui a entraîné la perte de très nombreuses vies humaines, qui était la face visible de l'iceberg, c'est-à -dire de ce problème-là . C'est la partie émergée, il y a tout ce qui s'est passé en dessous. Peut-être qu'on n'a pas vu immédiatement, moi je travaillais à l'époque dans le secteur minier. J'ai pu vous assurer que nous avions des travaux qui étaient prévus. La société était sur place lorsqu'il y a eu un cas de soupçons c'était en Septembre 2014, il y avait quand même 25 expatriés. Ils nous ont écrit pour nous évoquer des cas de force majeure, et faire partir toute l'équipe des 25 expatriés. Alors le chantier a été arrêté de Septembre à Décembre 2014. Alors imaginez que ceci s'est passé dans la région de Boké, alors je ne vous ai même pas dit ce qui s'est passé en Forêt. Toutes les sociétés qui travaillaient à ce moment-là qui dépensaient dans l'économie de ces régions, ont arrêté les activités pendant 2 ans. Et vous savez avec l'activité qui s'arrête, les retombées en termes économiques sont évidentes, c'est-à -dire tout ce qu'on attend comme taxes, comme salaires payés aux travailleurs, tout ça s'arrête immédiatement. Donc le manque à gagner de ce côté-là a été très important. D'ailleurs, je l'ai rappelé, que la croissance a été nulle en 2015. Lorsqu'on fait le détail sur une année, nous projetons une croissance économique, et nous escomptons des revenus de cette croissance-là , qui font que le budget peut être mis à un certain niveau parce que c'est lié à la croissance. Mais lorsque la croissance n'est pas là , lorsque l'activité est au ralenti les retombées sont forcément moyennes. Lorsque l'État a moins d'argent pour financer ses programmes, qu'est-ce que l'État fait parfois ? On s'adresse à la Banque centrale et on finance par ce qu'on appelle financement monétaire, c'est-à -dire la Banque centrale paye la facture de l'État, et du coup les déficits qui étaient convenus. Donc le niveau de ce financement explose. C'est ce qui s'est passé. On s'est retrouvé à un niveau de financement monétaire qui était bien au-delà de ce qui était convenu dans le programme. Du coup on n'était plus dans les normes du programme. Je ne nie pas que nous devons améliorer tout ce qui concerne la passation des marchés publics.
Voilà je ne suis pas venu ici pour vous dire tout est parfait, tout marche bien. Je vous mentirais si je vous dis ça, parce qu'il suffit de mettre le nez dehors, pour comprendre que ce n'est pas le cas. Mais aussi, il faut situer les choses dans leur contexte. Pas juste caricaturer, dire il y a eu ça et tous les problèmes sont liés à telle chose. Il y a de nombreuses composantes, je vous explique aujourd'hui pourquoi j'ai rappelé tout à l'heure l'importance du programme des relations avec les partenaires parce que lorsqu'on arrête le programme, on arrête tous les financements liés au programme, et c'est ce qui s'est passé en 2015.
Je conviens qu'il y a des marchés qui sont en retard mais nous y travaillons. Dès que moi, je suis venu nouvellement avec la nouvelle équipe, nous avons fait un premier état des lieux, pour voir un peu les difficultés liées à l'exécution des marchés publics. Les difficultés sont parfois nombreuses. La manière de structurer un marché et aussi son exécution, c'est parfois deux choses différentes. Ici nous avons constaté sur le terrain que certains marchés étaient bien avancés, par rapport au niveau de décaissement. D'autres avaient des difficultés. Donc aujourd'hui nous travaillons pour régler ces difficultés. Les entreprises qui sont engagées dans ces marchés sont là et nous avons toujours ces contacts là avec ces entreprises-là . Et nous espérons régler les choses dans les règles de l'art, en ce qui concerne ces marchés ».
Du mauvais état des infrastructures
« Vous savez, nous, nous sommes venus trouver que partout, il y a des problèmes. Pourquoi les routes sont défoncées finalement ? Je parle des routes défoncées. Des routes qui ont été faites il n'y a pas longtemps et pourquoi ? Ce n'est pas seulement l'entretien, peut-être par le passé, encore une fois il faut poser les problèmes dans leurs contextes. Aujourd'hui le gouvernement qui est là doit répondre, doit faire face mais il y a des routes qui ont été faites, il y a 5 ans et voilà aujourd'hui qu'elles sont complètement délabrées.
Il y a beaucoup de gens qui gèrent et dès qu'ils finissent de gérer, sachant ce qu'ils ont fait, et puis, tout d'un coup, ils virent dans la politique et dans l'opposition. Donc on cherche une immunité au niveau du parlement et puis là on est tranquille. On n'est plus redevable, il faut trouver un consensus sur ces questions-là . Je ne cite personne, et je ne suis pas là à jeter la pierre à qui que ce soit. Mais nous sommes confrontés à des réalités, dont il faut parler. Vous avez parlé de ceux qui ont géré. Si vous voulez qu'on demande des comptes aux gens, il faut que le système soit restructuré d'une certaine manière ».
Du Plan de relance post-ébola
« D'abord le chiffre et la destination tels que vous les avez énumérés, ne sont pas tout à fait justes. Le montant de 3 milliards et demi à peu près qui a été promis, ce n'est pas un plan pour la Guinée seule. C'est l'année dernière, il y a eu une réunion à New York avec les bailleurs de fonds, qui ont décidé de mettre en place un plan de relance post ébola, touchant les 3 pays les plus concernés par ébola. Donc ce plan de 3 milliards et quelques $, est réparti entre ces pays, voilà . Une partie à raison de, à peu près 700 et quelques millions de $, par pays, et puis il y a un reliquat qui était destiné à des actions couvrant les 3 pays à la fois.
Donc ce plan, ce n'est pas un plan de la Guinée, c'est un plan de la communauté internationale, pour aider les pays qui ont été frappés par ébola. Donc de l'ordre de 3 et quelque milliards de dollars. Je rappelle qu'il y a une réunion qui se tient au mois prochain à New York pour justement évoquer ce plan. Une réunion où la Guinée va présenter un certain nombre de programmes pour pouvoir être financés par ces ressources-là . Des initiatives sont en cours ici, pour formaliser justement ce programme. Si ce programme a retardé aussi, c'est que nous n'avions pas de projets prêts.
Parce qu'il faut bien comprendre une chose, les bailleurs de fonds ne viennent pas vous virer de l'argent dans votre compte ou bien ne viennent pas avec des mallettes pour vous donner de l'argent. Lorsqu'on vous dit qu'on va vous financer quelque chose, on vous finance un projet. Vous avez un projet qui est bien conçu, les bailleurs de fonds viennent, ils mettent l'argent et ils financent selon des règles bien précises. Donc c'est comme ça que ça fonctionne. Lorsque vous n'avez pas un projet qui est bancable, donc un projet qui a fait l'objet d'étude et tout, qui a montré sa pertinence en termes d'études en ce moment, vous n'avez pas l'accord des bailleurs de fonds.
Donc aujourd'hui si la mise en œuvre de ce plan a retardé, c'est parce que tout simplement on n'a pas ici des projets et ce n'est pas propre à la Guinée d'ailleurs, je crois que les 3 pays sont concernés. On n'avait pas de projets qui étaient prêts.
Pour revenir à la question de la pêche, si aujourd'hui les poissons guinéens ne sont pas acceptés dans les assiettes européennes, il y a certes la question de la pêche INN, c'est-à -dire tout simplement la pêche illégale, parce que là aussi il faut rappeler qu'il y a 3 ans que cette situation perdure. Moi j'entends bien des voix qui disent qu'on n'est pas encore sorti de la liste noire. Vous dites que c'est fini, non la Guinée n'est pas sortie. Mais nous avons eu le mérite de poser les problèmes. De prendre le problème à bras le corps, de le porter au niveau des instances de l'Union Européenne. Aujourd'hui il y a un processus pour sortir de la Guinée de cela, c'est une question de formalités, la décision a été prise. Le chef de l'État était à Rome il n'y a pas longtemps. Il a reçu l'assurance que le processus de sortir la Guinée de la liste noire est en cours.
Quand on dit que la Guinée est sortie, aujourd'hui il y a des formalités qui restent à remplir, même si c'est signé définitivement. Il y a quand même la question de l'hygiène dont il faut tenir compte. Aujourd'hui, nous n'avons pas toutes les conditions réunies pour remplir les exigences en matière de traitement des poissons, pour qu'ils puissent être acceptés sur les marchés européens ».
Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
Mon pays est foutu-fouti, Walahi !
Si AC n’a pas hérité d’un État en 2010, ce qui est faux, rien n’a changé depuis et ce n’est ni la faute des ex-PM ou d’ébola.
On remarque son hésitation à parler de la Haute Cour de Justice.
Ensuite Youla nous raconte pourquoi AC mendie (il finance des dépenses supérieures aux recettes), alors qu’il faudrait ajuster les dépenses à ces dernières et non faire l’inverse. Il explique qu’il faut financer l’éducation, la santé, les infrastructures (ce que tout le monde comprend), mais il oublie de dire une fois que les militaires ont eu leur grosse part. Or il pourrait nous dire qu’il a financé les secteurs sociaux, et expliquer aux militaires qu’ils doivent faire des sacrifices, car il n’a pas l’argent pour les financer à hauteur de leurs besoins… disproportionnés. Quelle hypocrisie !!!
Il passe sous silence les raisons qui avait fait que le FMI avait rompu ses relations avec ce régime. Plus tard, il parle d’accord non respecté (???). Pourquoi ne nous en rappelle t-il pas le contenu ? Par contre il prévoit 4% de croissance sans expliquer comment il compte y parvenir (ça tombe comme la pluie sans doute), à moins qu’il ne se repose que sur les élucubrations du FMI, qui anticipe des recettes dues aux augmentations fiscales… qui feront justement diminuer ces recettes. S’il suffisait d’augmenter les taxes en Guinée pour remplir les caisses de l’État, ça se saurait.
Réponses nébuleuses sur les marchés de gré à gré, il nous enfume… Quel rapport entre les pertes de recettes et les marchés de gré à gré ?
Lorsqu’on parle d’infrastructures, bizarrement seules celles qui sont faites il y a 5 ans et plus posent problème, les chantiers non terminés de ce mandat, connaît pas ??? Ensuite il paraît que tous les escrocs sont passés à l’opposition, mais pourquoi ne les poursuivez-vous pas ?
La Guinée n’a pas de projets avoue t-il. Mais que font-ils au gouvernement ?
Enfin en 60 ans, la Guinée n’a toujours pas réussi à résoudre la problème d’hygiène en matière de pêche. La honte !!!








