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Derrière l'épouvantail de la justice : le pouvoir réussira-t-il à museler l'opposition ?

Mamady Keita  Mardi, 09 Août 2016 09:06

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DIALLO_Ousmane_UFDG_01Jugé pour « outrage » au chef de l'État, le procès d'Ousmane « Gaoual » a été renvoyé au 10 Août, la date prévue pour la manifestation de rue de l'opposition républicaine. Certains observateurs ne voient pas un simple hasard dans cette coïncidence de calendrier, mais plutôt une manœuvre pour le pouvoir de s'abriter derrière l'épouvantail de la justice, pour contraindre l'opposition à renoncer à ses actions de désobéissance civile.


Le député de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti de l'opposition guinéenne, Ousmane « Gaoual » Diallo a bénéficié d'une libération provisoire le vendredi dernier, après avoir été déféré devant le Tribunal de première instance de Dixinn, pour répondre des chefs d'accusation portant sur : « incitation et appel au meurtre, menace de mort, outrage au chef de l'État ». Cette décision du Tribunal de première instance de Dixinn a été bien accueillie par les proches du député et son parti. Ses avocats y voient une victoire du droit. Vu que la procédure a fait l'objet de nombreuses critiques.


Ousmane « Gaoual » Diallo a réagi devant les militants de son parti, lors de l'assemblée générale hebdomadaire qui s'est déroulée le samedi dernier. Une réunion qui s'était transformée en une sorte de « One man show ».


Il avait alors tenu à dire : « Nous n'avons pas peur de la prison, nous n'avons pas peur de la persécution, nous n'avons pas peur de l'instrumentalisation. Ce qui nous fait peur, c'est d'agir hors la loi, et nous ne sommes pas des hors la loi. Nous ne l'encourageons », a-t-il lancé en direction d'une foule en délire. Le député s'est ensuite attardé sur des remerciements, qu'il a adressés à ceux qui, pour lui, se sont investis pour le tirer des griffes de la justice. Il a mis cette occasion à profit pour distribuer des bonnets d'ânes, à ceux qu'il soupçonne d'avoir contribué à l'enfoncer, dans ses déboires avec la justice.


Le député a insisté sur le fait que selon lui, son parti se battait « pour des principes démocratiques et de droits, et que l'UFDG aspirait plutôt à la paix. Et que le parti est loin d'être contre l'État ». Puis de marteler : « nous sommes contre l'injustice, contre l'impunité, contre le népotisme, la corruption, le détournement des deniers publics, contre la justice à multiple vitesse, l'incompétence, le tribalisme. Ce sont là des maux que nous combattons dans notre parti. Et pour ce combat là, vous pouvez compter sur moi hier, aujourd'hui et demain…» a tempêté le député. À entendre Ousmane « Gaoual » Diallo, on perçoit plus de détermination dans son propos. Ce qui voudrait dire que la procédure judiciaire ouverte à son encontre n'a en rien émoussé son ardeur. Même si certains observateurs voient dans ce procès une « manœuvre » destinée à freiner l'opposition, dans son élan. Car en reportant la comparution du député pour le 10 Août, date prévue pour le démarrage de la manifestation de l'opposition, celle-ci sera certainement contrainte d'ajourner de nouveau sa marche. Au moment où nous allions sous presse, aucune décision n'avait encore été prise dans ce sens par Cellou Dalein Diallo.


Il conviendrait de rappeler que c'est le mardi dernier que le député de l'opposition qui est accusé d'avoir eu des propos trop durs à l'endroit du président de la République et de trois cadres du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, a été interpellé. Ces propos ont été tenus lors d'un discours prononcé à l'occasion d'une assemblée générale hebdomadaire qui s'est déroulée il y a une dizaine de jours au siège de l'UFDG. Concernant les trois cadres dont il s'agit, à savoir Sanoussy Bantama Sow, Malick Sankhon et Dr Hady Barry, respectivement ministre conseiller à la présidence guinéenne, directeur nationale de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et secrétaire général du département des Affaires étrangères, ils auraient saisi la justice par voie de plainte. Leurs avocats ont tenu une conférence de presse le jeudi dernier, pour informer l'opinion des faits que leurs clients reprochent au député.


Maître Dinah Sampil, ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats, porte-parole du pool d'avocats a estimé que les propos d'Ousmane traitant leurs clients de « pyromanes », devant payer au cas où la situation arrivait à dégénérer lors des manifestations prévues par l'opposition, à partir du 10 Août, portaient « un préjudice certain sur l'honneur et la réputation de leurs clients ».


Certains juristes précisent cependant à propos de cette interpellation que « la procédure a été biaisée, vu qu'en droit la forme commande le fond. » Pour la simple raison que le député a été interpellé mardi, près de 72 heures après son discours « incriminée». Et qu'on ne saurait parler là de « flagrance ».


Avec la sortie des procureurs qui ont pris le contre-pied des affirmations de ceux qui estiment que la procédure « de flagrance » ne pouvait être appliquée à l'affaire Ousmane « Gaoual », ce procès nous réserve certainement bien « des secrets ».

À suivre.


Mamady Kéita

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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