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Immigration : Alpha Oumar Koumbassa, un jeune rapatrié parle de la vie des clandestins en Libye
Tokpanan Doré Dimanche, 24 Juillet 2016 10:06
Vous êtes tentés par un séjour en Libye, soit pour une escale avant de rejoindre l'Europe ou pour tirer bénéfices de sa « reconstruction », Alpha Oumar Koumbassa, cet émigré clandestin récemment rapatrié de ce pays en compagnie de 171 autres compatriotes d’infortune, le déconseille vivement à tous les candidats potentiels à cette aventure. Dans un entretien exclusif accordé à Guinéenews, Alpha Oumar Koumbassa dépeint sans détour la vie des clandestins au pays de feu, le Guide Mouammar Kadhafi. Lisez !
Guinéenews : en quittant la Guinée, votre destination était la Libye ou l'Europe ?
Alpha Oumar Koumbassa : nous sommes 172 Guinéens rapatriés. Mais, les raisons qui nous ont amenés dans ce pays sont diverses. Il y en a qui voulaient joindre l'Europe alors qu'il y a d'autres qui sont allés en Libye pour y travailler. Après la guerre, la Libye est aujourd'hui en reconstruction. C'est donc un chantier où on espère gagner facilement du travail.
Vous personnellement, qu'est-ce qui vous a poussé à quitter la Guinée ?
J'ai besoin d'améliorer mes conditions de vie, de fonder ma famille et d'apporter mon soutien à mes parents. Ce sont eux qui me soutiennent depuis ma naissance. On ne peut pas payer ce qu'ils font. Mais, à un moment, on doit être en mesure de les épauler. Or, après la fin de mes études universitaires, j'ai tout fait pour gagner du travail, sans succès. Pendant ce temps, je voyais certains amis qui partaient. J'ai constaté que certains jeunes y gagnent leur vie et viennent au secours de leurs familles. J'ai donc décidé de tenter ma chance.
Vous avez étudié quoi à l'université ?
J'ai fait MIAGE au Centre universitaire de Labé.
Pensiez-vous pouvoir exercer la MIAGE en Libye ?
L’idée était d'y faire tout ce qui pourrait me rapporter de l'argent. Là -bas, il y a des entreprises qui ne demandent pas une qualification particulière. Vous pouvez aussi y travailler dans les foyers. J'ai eu la chance de travailler avec un monsieur qui avait une entreprise de vente d'eau. J'étais payé à 35 dinars la journée, environs 140 000 GNF si c'est avec le taux de change au marché noir. À la fin du mois, tu te retrouves avec un minimum de 4 millions de GNF. Alors qu'ici, on gagne difficilement cinq cent mille GNF par mois.
À part les 172, des milliers d'autres Guinéens seraient dans les prisons libyennes. L'avez-vous constaté ?
Je ne peux déterminer le nombre de Guinéens en prison en Libye. Mais une chose reste certaine, ils y sont nombreux. Ce ne serait pas étonnant qu'ils soient des milliers puisque chaque jour que Dieu fait, des Guinéens et d'autres noirs sont arrêtés et jetés en prison. J'étais en prison avec un ami qui m'a dit qu'il avait été auparavant dans une autre prison privée où ils étaient plus de deux mille guinéens. Des Guinéens venus d'autres prisons nous ont indiqué que beaucoup de nos compatriotes sont détenus dans différentes prisons.
Pourquoi en Libye, on emprisonne que des noirs ?
J'ai remarqué que les Libyens, en général, n'aiment pas du tout la peau noire. Tu peux être en règle et te retrouver en prison. On cueille les gens dans leurs chambres ou dans les rues pour les jeter en prison. Tout simplement parce qu'ils sont noirs. Une fois en prison, on contraint certains à payer de l'argent contre la liberté. Ceux-ci appellent leurs parents qui leur envoient de l'argent. Libérés, ils n'ont pas où aller. Ils continuent la vie dans la clandestinité. Malheur à toi de te faire arrêter par un autre groupe de Libyens, tu seras encore en prison. Rentrer en Libye est très facile, mais la possibilité de retourner en Guinée est quasi inexistante. C'est pourquoi nous remercions beaucoup l'Office International des Migrations (OIM) et les membres du gouvernement qui ont tout mis en œuvre pour que nos vies soient sauvées.
Vous parlez de sauver vos vies. Voulez-vous dire que les conditions de détention sont dures ?
Comme je l'ai signalé tantôt, le noir n'est pas du tout aimé en Libye. Les gardes peuvent venir sélectionner un certain nombre de personnes pour les torturer. Il y a un des gardes qu'on a fini par surnommer Jacob. En réalité il y a un mot arabe « Djakoum », qui est une injure envers les mamans. Chaque fois qu'il arrivait, il employait ce mot à notre endroit. Et nous, nous avons fini par le surnommer Jacob. Si Jacob vous trouve, il vous fait tout le mal possible. On a même appris qu'il avait tué un prisonnier. Pour cette tuerie, il aurait été sanctionné. Malheureusement pour nous, notre arrivée a coïncidé à la levée de sa sanction. La seule chance qu'on avait, c'est que le patron de la prison refusait de lui donner un fusil. Tout le monde sait qu'il est trop agressif. Il frappe comme il veut.
En plus, dans ces prisons, vous ne mangez pas bien, vous ne dormez pas bien. Tout le manger se résume à du spaghetti. D'ailleurs, la quantité n'est jamais suffisante pour tout le monde (400 ou 500 personnes par cellule). Quant à l'eau que nous buvions, elle était salée. On vous aligne pour boire. Si ça finit à un quelconque niveau, tant pis pour le reste. Ils doivent patienter jusqu'au prochain moment de boire. Là -bas, le repas c'est deux fois par jour. A 15 heures et à 23 heures.
Nous sommes tombés malades, mais on n'a jamais été soigné. Ils viennent nous demander : qui sont ces gens qui sont malades ? Après, on vous distribue des médicaments sans une consultation au préalable. Quand vous prenez les produits, vous avez des vertiges… C'est avec l'arrivée de l'OIM que nos conditions de détention se sont améliorées. Avant l'OIM, on a fait 27 jours sans se laver ni se brosser les dents. L'OIM pouvait nous apporter à manger, mais dès que les agents quittent, les gardes vous retirent ce qui les intéresse.
C'est vous qui avez donc demandé votre retour volontaire à l'OIM ?
Nous étions obligés parce qu'il n'y avait pas où aller. Si ce n'était pas l'OIM, on ne connaissait pas d'autres possibilités pour retourner en Guinée. L'OIM a été notre seule chance.
C'est l'OIM qui est venue vers vous ou c'est vous qui êtes allés vers l'OIM ?
Cela a été compliqué au départ. Parce que le responsable de la prison ne comprenait aucune autre langue si ce n'est que l'arabe libyen. Un ami nous a conseillé de lui dire « Chafia », qui veut dire ambassadeur. Alors quand il est venu, on lui a dit « Chafia ». Il a compris que nous voulons voir notre ambassadeur. Après une semaine, un représentant guinéen en Libye est venu nous voir. C'est lui qui a favorisé notre liaison avec l'OIM. Celle-ci a entamé les procédures pour notre retour en Guinée.
Vous avez dit qu'il y a des Guinéens qui y travaillent. Comment ceux-ci font pour échapper à la prison ?
Ils travaillent eux aussi dans la clandestinité. Si vous avez la chance de tomber sur un patron gentil, il peut vous protéger. Mais la gentillesse, c'est jusqu'à un certain niveau. Il y a des patrons qui sont prêts à vous abandonner si ça ne va pas. Aussi, il y en a qui sont prêts à vous imposer toutes sortes de conditions. Et comme vous n'avez pas où revendiquer vos droits, vous êtes obligés de les accepter.
Comment le clandestin gagne du travail en Libye ?
Vous sortez, vous vous asseyez au bord de la rue. De passage, un Arabe peut vous demander d'aller travailler chez lui. Si tu as la chance de continuer longtemps dans le travail, tu peux tirer ton épingle du jeu. Mais ce n'est pas sûr de pouvoir continuer longtemps. Tôt ou tard tu finiras à la prison.
Vous ne signez pas de contrat avec les patrons ?
Non, tu ne peux pas demander de contrat. Il y a des petits travaux de cinq dinars. Tu fais cela rapidement, tu quittes là -bas. Ce qui est beaucoup plus fréquent, c'est les travaux journaliers payés de 30 à 35 dinars. Par exemple, quand j'étais à Beni Oualid, j'avais un patron qui envoyait de l'eau depuis Tripoli. Notre travail était de débarquer les sachets d'eau des camions et de les distribuer, s'il y a à les distribuer. Le soir, on nous donne notre salaire et on se sépare. On n'accepte pas les travaux payés à la fin du mois, parce qu'à tout moment tu peux être arrêté. Tu n'as pas aussi de certitude que le patron te payera à la fin du mois. Il peut refuser de te payer à la moindre erreur.
Pourquoi ces patrons ne vous défendent pas lorsque vous êtes arrêtés ?
Ils ne viendront jamais vous défendre. Quand on nous a arrêtés, on a joint notre patron au téléphone. Tout ce qu'il nous a dit c'est de nous enfuir si nous en avons la possibilité. Il nous a dit : fuyez, si vous trouver un Black, restez chez lui et je viendrai vous chercher. Par la suite, il nous a demandé d'enlever son numéro dans le répertoire du téléphone des gardes. C'est un Malien qui essayait de nous aider là -bas. Il a de bons rapports avec les Arabes. Alors, il appelait les parents de certaines personnes en Guinée, et leur demandait d'envoyer de l'argent pour la libération de leur fils. Une fois l'argent venu, il le donnait aux Arabes et on libérait la personne. Mais tu peux sortir et tomber dans les mains d'un autre groupe qui va te faire emprisonner. Il y a beaucoup de prisons à travers le pays.
Si on peut tomber sur un patron gentil, c'est qu'on peut tenter sa chance…
Ce que j'ai vu en Libye ne me permet pas de conseiller à quelqu'un l'immigration clandestine. Particulièrement la Libye, elle n'est pas un bon pays pour nous les jeunes, des gens qui ont de l'avenir. Les gens en Libye ne considèrent pas les jeunes noirs. Je demande à tous les jeunes Guinéens de ne pas s'y rendre. Parce que quand tu vas là -bas, tu as 1000 chances de mourir. La majeure partie de la population libyenne est armée. Tuer quelqu'un là -bas est comme de l'eau à boire. C'est pourquoi nous demandons aux autorités guinéennes de tout faire pour le rapatriement de nos frères qui sont là -bas. Ils sont beaucoup qui veulent revenir mais qui ne savent pas quoi faire. Ils n'ont aucune possibilité de retourner en Guinée. Je prie l'État guinéen de redoubler d'efforts pour le retour de ces gens.
Pour le clandestin, comment il fait pour aller en Libye ?
Il y a plusieurs possibilités. L'une de ces possibilités c'est de prendre contact avec ces jeunes guinéens qui se disent « coxeurs1 ». Eux, ils appartiennent à des réseaux. Leur travail, c'est d'aider des jeunes Guinéens à rejoindre l'Europe en passant par la Libye. À partir de Madina (Conakry), vous passez par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. De la ville nigérienne appelée Agadez, il y a des pick-up qui vous amènent directement à Tripoli. On vous entasse dans ces Pick-up comme des marchandises (25 personnes par pick-up). L'essentiel c'est d'arriver à destination.
Il y a aussi des gens qui ne passent pas par les réseaux. Ils se renseignent, voyagent en solo et arrivent en Libye. Il y a également des Guinéens qui viennent d'Algérie. Ils sont partis en Algérie voyant…, ils décident de rejoindre la Libye.
Combien cela coûte à un clandestin qui veut se rendre en Libye ?
Pour ceux qui passent par les réseaux de passeurs, ils peuvent payer jusqu'à 20 millions. Le minimum c'est 15 millions. Si tu voyages sans passer par les réseaux, tu peux prévoir cinq millions de GNF pour le transport et cinq millions de GNF pour ce que tu vas donner aux barrages de contrôle. Il y a trop de barrages. Et à chaque barrage il faut payer un minimum de 5 000 FCFA, que tu sois en règle ou pas.
Vous personnellement, vous êtes partis à travers un réseau de passeurs ?
Oui, je suis parti à travers un réseau. Dans ma localité, à Kolabougny (Boké), le réseau à des représentants tout comme à Conakry ici. Et comme le réseau s'étend jusqu'en Europe, il a aussi des représentants jusqu'en Europe.
Vous viviez à Tripoli ?
Oui, j'étais à Tripoli. Mais j'ai fait un peu de temps à Sebha et à Beni Oualid.
Arrivés en Libye, par quoi vous commencez ?
Les réseaux ont créé des lieux de regroupement en Libye, on les appelle communément les « foyers ». C'est de ces foyers que vous sortez pour aller chercher du travail. Il y a des foyers où on paie 15 dinars. Si tu as de la chance, tu peux être dans un foyer où tu ne paie rien.
Et les membres du réseau, qu'est-ce qu'ils font quand vous êtes en difficulté ?
Ils vous promettent tout. Mais une fois en Libye, vous ne les voyez plus. Ils font tout pour ne pas qu'on connaisse où ils se trouvent2. Ce qu'on te dit avant de bouger, n'est pas ce que tu vas voir sur le terrain. Toute la réalité se révèle dès le Mali. Malheureusement, cela trouve que vous êtes déjà engagés sur le chemin.
Maintenant que vous êtes de retour en Guinée, qu'allez-vous faire ?
Ce qui nous a poussés à aller en Libye, c'est le manque d'emplois. Sinon, auparavant, je n'avais aucune intention de quitter la Guinée. C'est ce que je vivais en Guinée qui m'a obligé à aller. À mon âge (30 ans), je dois construire ma vie et non de dépendre de mes parents. Nous sommes d'abord en discussion avec les autorités du pays3. Il faut favoriser les conditions de création d'emplois pour les jeunes.
Tokpanan Doré (Guineenews)
1Rabatteurs chargés de repérer et de conduire les migrants sur le chemin de l'Europe.
2Vendredi dernier (15 Juillet), le Ministre de la Jeunesse a demandé aux rapatriés de porter plainte contre les représentants des réseaux en Guinée. Il a promis l'assistance de l'État, notamment pour leur fournir des avocats.
3Ils ont eu une première discussion avec le Ministre de la Jeunesse, vendredi dernier, au lendemain de leur arrivée à Conakry.
Commentaires
Nous connaissons la justice dans notre pays !!!
Cet enfumage doit cesser !
Une procédure de justice ne remplace pas un emploi que réclament ces jeunes gens !
Quand est ce que ce gouvernement écoutera et comprendra !
Est-il possible de maîtriser et neutraliser ces démarcheurs ? Presque impossible dans un pays ou les commanditaires civils et militaires sont intouchables...
« La majeure partie de la population libyenne est armée. Tuer quelqu'un là -bas est comme de l'eau à boire. C'est pourquoi nous demandons aux autorités guinéennes de tout faire pour le rapatriement de nos frères qui sont là -bas. Ils sont beaucoup qui veulent revenir mais qui ne savent pas quoi faire. Ils n'ont aucune possibilité de retourner en Guinée. Je prie l'État guinéen de redoubler d'efforts pour le retour de ces gens. »]]
En conclusion : La solution, si on en cherche une, c’est d’accorder une considération sérieuse aux sages conseils du commentaire de M. Madina en-dessous, quand bien même on aurait la certitude que le gouvernement guinéen répondrait à un éventuel appel d’aide au rapatriement.
Avec le millième du courage et de l'endurance que vous avez déployés en Libye, la réussite de votre projet sur place serait fulgurante.
Mais bon,le snobisme est un phénomène qui ronge la Guinée. Chacun veut aller là ou est aller l'autre. Aller, aller, aller c'est le cancer de la Guinée.








