Amadou Sadjo Diallo Mercredi, 22 Juin 2016 21:51
Comme il a tenu à le démontrer dans des propos va-t-en-guerre. A entendre Dalein pourfendre les « abus » du pouvoir actuel, en termes de violation des droits humains, et menacer d’en découdre dès après le ramadan avec le gouvernement, on a l’impression d’être en face d’un homme révolté.
Les assemblées générales hebdomadaires des partis politiques sont une occasion pour les militants de venir s’abreuver des paroles de leurs leaders, à propos des questions d’actualité, notamment. C’est le cas à l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), où ces meetings donnent toujours lieu à une forte mobilisation. Comme ce fut le cas le samedi dernier, au quartier Commandayah, abritant le siège du parti, où la présence du président Cellou Dalein Diallo, a contribué à cette forte mobilisation.
Au menu de cette rencontre, les incidents survenus à Mali, préfecture de Labé, où des militaires s’en sont pris à des populations civiles, suite à une altercation entre leur commandant, le colonel Issa Camara, ancien membre de la junte et un chauffeur de camion.
Les responsables du parti sont revenus sur les derniers échos qui font la une de l’actualité à savoir les violences survenues à Mali yimberin et l’inculpation de cinq militants du parti dans l’affaire Mohamed Koula Diallo.
Ainsi, Abdoulaye Fili Diallo, président de la délégation spéciale de la commune urbaine de Mali, en séjour à Conakry, est revenu sur la cause de ces échauffourées. Selon lui, c’est un chauffeur de camion remorque qui, dans sa tentative d’effectuer une manœuvre au niveau d’un virage situé au centre de la préfecture, s’est retrouvé nez à nez avec le colonel Issa Camara et sa suite. Et cela lui aurait coûté une bastonnade, qui a révolté les habitants.
« Au moment où il faisait cette manœuvre, il s’est trouvé que le commandant du camp Issa Camara, accompagné de militaires étaient derrière. Issa Camara s’est senti mal à l’aise. Lorsque le chauffeur a garé son camion remorque, le colonel a ordonné de l’extirper de sa cabine. Chose qui fut faite aussitôt. Et c’est ainsi qu’à de gourdins et des chaussures rangers, le jeune chauffeur a été violemment battu, par les militaires », a-t-il expliqué. Avant de dire ensuite que « la population qui a vécu ces faits, n’a pas pu rester indifférente. Aussitôt, marchés et boutiques ont été fermés. Les citoyens se sont rassemblés, pour prendre la direction du bureau du préfet pour demander des comptes. Déçus du comportement du préfet, certains citoyens ont commencé à jeter des pierres sur lui. Ils ont quitté les lieux. Ils sont allés ensuite au domicile du commandant du camp pour caillasser les lieux. Ils furent ensuite dispersés dans une violence inouïe. Les militaires sur ordre du colonel Issa ont investi la ville avec des armes de guerre et tiraient partout. Ils ont attaqué et éventré certains kiosques et boutiques, tout en les vidant de leur contenu », a témoigné Abdoulaye Fili Diallo.
Le bilan des échauffourées s’élèverait à une vingtaine de blessés, dont certains par balles réelles. « On a enregistré 17 blessés dont 2 par balles réelles. L’un a été évacué à Labé. Dans la nuit, un marchand qui était dans sa boutique enfermé, a reçu une balle au niveau de la poitrine. Ce matin du samedi (18 juin, ndlr), les violences continuent de plus belle. Six personnes ont été atteintes de balles, 3 magasins ont été incendiés. Une dizaine de boutiques ont été pillées », a-t-il déploré.
Pour Cellou Dalein Diallo, le colonel Issa Camara n’est pas à sa première forfaiture, c’est un habitué des faits, a-t-il rappelé. Et que « trop c’est trop », a-t-il lancé en direction de la foule de militants. «Issa Camara s’était déjà illustré dans la répression des militants de notre parti, lorsqu’il était durant la transition, gouverneur de la région de Mamou. C’est lui qui avait fait arrêter à 5 heures du matin, tous les responsables de l’UFDG de Dalaba, Mamou et Pita. Et tous les responsables là, ont été incarcérés au camp militaire à Mamou », a indiqué le président de l’UFDG. Avant de lancer un appel à la mobilisation. « Je demande à tous les comités d’organisation de nos manifestations, de se mobiliser pour qu’après le carême, qu’on continue la lutte. Trop c’est trop. Il faut qu’on se mobilise après la fin du carême, s’ils veulent qu’ils nous tuent tous. Mais on en a marre de l’injustice », prévenu Cellou Dalein, très amère.
L’autre sujet débattu lors de cette assemblée générale, fut « l’inculpation » de cinq militants de l’UFDG, dont Souleymane Thianguel Bah, Directeur de la cellule de communication du parti. Il est accusé de « complicité dans l’assassinat » de Mohamed Koula Diallo, journaliste reporteur, tué par balle le 5 février dernier devant le siège du parti.
Parlant de ce sujet, Dalein estime qu’il s’agit d’une campagne d’intimidation. « Tous les jours on cite des noms. On va arrêter tel, c’est une campagne d’intimidation qui ne marchera pas, a assuré le président de l’UFDG. Quant à Souley Thinaguel en question, il se dit serein. « La seule chose que je puisse exprimer, lorsque tout ceci sera terminé, j’ouvrirai ma grande gueule comme celle que vous connaissez toujours. Mais pour l’instant je la ferme », a-t-il déclaré brièvement.
A écouter le chef de file de l’opposition guinéenne, on se rend compte de sa déception vis-à-vis de la façon dont le système Alpha Condé fonctionne. Un pouvoir qui ne serait pas regardant sur les questions des droits humains et sur la sécurité des Guinéens. Ce constat est partagé par de nombreux observateurs, qui ne cachent pas leur déception face à la manière dont Alpha dirige notre pays. Car des insuffisances il n’en manquerait pas dans sa gouvernance.
Avec les menaces proférées par Dalein, de reprendre les manifestations de rue, dès après le ramadan, on se demande quelle sera pour sa part la réponse du pouvoir face à de telles menaces.
Amadou Sadjo Diallo
Le Démocrate, partenaire de Guinéeactu