Pour moi la date d'Octobre n'est plus tenable pour les élections

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KOUROUMA_Dansa_01Entretien avec Dansa Kourouma, Président du CNOSCG


De plus en plus des citoyens se plaignent de la justice qui n'arrive toujours pas à assumer son indépendance. Que préconise la société civile pour remédier à cela ?

On est conscient que malgré la réforme de la justice, c'est vrai on disait que c'est parce que les magistrats étaient mal payés que la justice ne parvenait pas à jouer son rôle. L'on se rend compte que la justice est complexe face au pouvoir politique, ce qui est grave dans un pays. Je crois que cette complexité devant l'autorité politique ne permettrait pas aux Guinéens de construire une démocratie solide. Les juges doivent être des personnalités d'un privilège moral, intellectuel qui les permet de résister devant n'importe quelle politique. Parce que la politique est différente de la justice. C'est pourquoi c'est le principe même, l'essence même du principe de la séparation des pouvoirs. En plus des problèmes de moyens, il y a des juges qui sont très bien payés. Ils sont mieux payés que nous les médecins, c'est nous qui sauvegardons la vie des hommes, mais on pense que quand la justice est équitable dans un pays le développement est possible et la démocratie est garantie. Mais si la justice est inféodée au pouvoir et que la justice soit incapable de mériter tous les privilèges que la constitution et les textes et lois lui confèrent, pour moi il faut repenser le dossier autrement. Je crois des bons salaires, un statut particulier appliqué et le principe de séparation de pouvoir systématique dans la constitution. Ils ont tous les instruments qu'il faut pour pouvoir fonctionner normalement. Pour moi il doit y avoir un débat sérieux autour de la justice. Je vais vous dire une chose qui ne va pas plaire au commun des Guinéens. Les Guinéens sont complices de leur justice. Il y a un problème de mentalité, c'est-à-dire quand un Baga est inquiété, toute la communauté Baga se transporte à la justice pour faire obstruction à la justice. Le communautarisme aidant, nous sommes incapables aujourd'hui de laisser la latitude à notre justice. Donc si on ne sait pas ce que nous voulons, on paie les conséquences. Nous sommes une population qui est à majorité analphabète, où les gens ne sont pas tellement informés du contenu de la teneur des textes et lois. C'est comme un peuple dans l'obscurité de manière naïve, entretenu par une division ethnique qui date de longtemps. On pense aujourd'hui quand on touche un peuhl, tous les peuhls doivent se sentir concernés. Quand on touche à un malinké vice-versa. C'est une perversion de notre conception vis-à-vis de la justice qui favorise la déliquescence même de la justice. Mais nous on a le courage de le dire parce que c'est tout à fait réel. Il y a quelques Guinéens qui parviennent à se tenir droit devant la loi. Mais la plupart des Guinéens ne sont pas respectueux de la loi. Donc c'est une révolution qu'on doit pouvoir lancer dans ce pays. Une révolution dont le socle doit être l'éducation et la bonne information de la population. Pour que dans trois à quatre années, une masse de Guinéens puissent comprendre leurs devoirs et leurs droits et être capables de s'en acquitter avec aisance. Si nous ne réglons pas la question de l'éducation civique, bref de l'éducation de la population, nous allons avoir une élite nationale totalement déroutée de sa mission, qui n'aura pas la vertu où les valeurs qu'il faut pour être un cadre exemplaire. Si l'éducation n'est pas de bonne qualité, les cadres qui seront formés, seront de mauvaise qualité, et nous n'allons jamais nous développer, si on n'a pas de ressources humaines de qualité, bien formée.


Un bras de fer oppose l'opposition à la CENI sur la question des démembrements. Pour l'opposition dite républicaine, la CENI veut coûte que coûte installer les délégués de l'UFR dans les quotas réservés à l'opposition. Quel est votre point de vue ?

Si on tient compte de la charte des partis politiques, l'UFR a perdu certains de ses droits de parti d'opposition. Parce qu'il n'y a pas un seul article qui dit l'appartenance seulement à un gouvernement ne fait pas perdre à un parti politique tous ses droits de se réclamer parti d'opposition. Il ne faut pas qu'on se trompe.

La position de l'UFR à l'Assemblée nationale reste encore comme un mouvement politique qui n'est pas dans la mouvance présidentielle. Mais aussi il revient à la formation politique, au nom d'une certaine éthique politique qui n'existe pas en Guinée de dire je suis à gauche ou à droite. A mon sens la gestion du processus électoral doit être équitable pour que toutes les formations politiques en fonction de ceux qui les représentent soient dans les démembrements de la CENI. L'opposition républicaine doit revoir sa copie et l'UFR doit revoir ses copies. Si le président de l'UFR a été nommé par le président de la République et qu'il se réclame encore parti d'opposition parce qu'il ne partage pas tout ce qui est du pouvoir, c'est son droit. Moi société civile, je ne suis pas un juge pour pouvoir trancher, seul le juge peut se prononcer sur l'intime conviction de la personne qui est en face. L'UFR demeure un parti d'opposition. Si ils n'ont pas fait la déclaration officielle de dire qu'ils ne sont plus de l'opposition. L'opposition républicaine ne représente pas toute l'opposition. Aucun parti politique n'est né parti d'opposition, aujourd'hui on est opposition, demain on est mouvance. Mais c'est le discours officiel et la ligne de conduite du parti qui permettent de tirer les conséquences de son appartenance à l'opposition ou à la mouvance.


Croyez-vous à la tenue des élections communales et communautaires au mois d'Octobre ?

Je pense que la CENI n'a plus les possibilités d'organiser les élections en Octobre. On a encore perdu du temps. La CENI doit pouvoir communiquer avec une certaine sincérité avec la population. Faire une évaluation beaucoup plus pragmatique de l'état d'exécution du chronogramme. Pour moi la date d'Octobre n'est plus tenable. Au vu des tâches à accomplir, des reformes à faire pour la tenue des élections dans les quartiers, les districts, les communes rurales et développements et les élections régionales, c'est impossible de respecter la date d'Octobre. Le moi de carême est devant nous, Juin. Le mois d'Août c'est les grandes pluies. Pendant ce mois, les grandes opérations de terrain pendant les élections sont difficiles à être accomplies. Alors que la CENI nous dise quand est-ce elle veut organiser ces élections. On est en train de travailler pour relancer les discussions entre les partis politiques. Nous allons le faire avec beaucoup de professionnalisme, pour qu'il y ait au préalable une évaluation de la situation. Et donner l'opportunité aux partis sur l'origine de leurs malaises vis-à-vis du processus électoral. Ensemble trouver des solutions consensuelles. Parce que c'est lui qui perd dans tout ça, ce sont les citoyens.


Entretien réalisé par Alpha Amadou et Sadjo Diallo

Le Démocrate, partenaire de Guinéeactu


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Commentaires  

 
+5 #1 Gandhi 15-06-2016 21:39

Les Guinéens n'ont pas confiance en leur justice parce qu'elle leur montre chaque jour qu'elle est indigne.
C'est la raison pour laquelle ils se réfugient vers la protection communautaire car l'État ne joue pas son rôle.
Kourouma est incohérent puisqu'il affirme que les partis doivent se déterminer et qu'on peut être dans l'opposition (à quoi ?), tout en étant dans la mouvance.
Enfin Kourouma reste incohérent puisqu'il considère que la CENI n'est pas prête pour organiser les élections communales. Que fait-elle depuis de concret ? En 5 ans elle a organisé 2 scrutins et c'est tout. Que fait-elle de ses journées ?
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