Mamady Keita Mardi, 07 Juin 2016 21:30
La récente sortie du chef de l'État qui s'est déroulée au siège du parti au pouvoir, à la faveur de la cérémonie commémorative de son retour au pays, en Mai 1991, continue de faire des vagues dans tout le pays. L'onde de choc provoquée par les propos du président Alpha Condé, dépasse l'entendement. Et c'est dans son fief traditionnel même que les réactions sont les plus virulentes, en témoigne cette lettre ouverte adressée au président Alpha Condé, dont les signataires Dr Ousmane Kaba, Mamadou Diawara et Sékou Savané étaient jusqu'à une période récente, parmi les « béni-oui-oui » du président. Brocardé par ses militants, c'est comme si le mythe de l'homme providentiel commençait à s'effondrer. Le président de la République n'avait sans doute pas mesuré que ses attaques à l'encontre de l'ethnie malinkée allait prendre une si grande ampleur. Une sortie hasardeuse qui a irrité les membres de cette communauté, qui constitue l'essentiel de l'électorat de son parti. Vu que dans notre pays, on en est au militantisme identitaire.
Pour ce qui est du tollé suscité par le discours du président, c'est comme si on assistait à une sorte de retour de bâton, quand on sait que le président Condé est accusé de surfer sur l'ethno-stratégie, pour asseoir son pouvoir. Pour avoir tiré un trait sur toutes les souffrances endurées par les militants du RPG, qui il faut le reconnaître ont souffert le martyr.
Quand le chef de l'État dit que ce sont plutôt des gens originaires de la Basse Guinée et du sud est de la Guinée, qui se seraient illustrés dans la lutte clandestine contre le régime de Conté, il y en a qui ont sans doute ressenti cela comme un coup de poignard dans le dos. Vouloir renier tous les sacrifices consentis par ceux qui l'ont toujours considéré comme un homme providentiel, a été en quelque sorte le discours de trop pour le président, c'est le moins qu'on puisse écrire. Et malgré des tentatives opérées par des thuriféraires de la majorité présidentielle, pour recadrer cette sortie, histoire de sauver les meubles, on peut dire sans risque de se tromper que le doute et la suspicion se sont dorénavant installés dans les rapports entre Alpha et ses militants.
Dans leur lettre ouverte au président Alpha Condé, Dr Ousmane Kaba, Mamadou Diawara et Sékou Savané, trois barons de la majorité présidentielle, haussent le ton, pour dénoncer les propos du chef de l'État tendant à mettre les ethnies dos à dos. Ces cadres déplorent que l'ethnie malinkée soit victime de stigmatisation.
« Nous souhaitons qu'aucune communauté guinéenne ne soit victime de la stigmatisation. Celle-ci est une source de discrimination et de conflits contraire à notre objectif de bâtir une Guinée unie et prospère. Elle voudrait une protection pour toutes les ethnies guinéennes. Notre protestation s'inspire du principe de la morale et de notre loi fondamentale qui récuse la stigmatisation de tout groupe ethnique en Guinée par un homme politique, quel qu'il soit, et encore moins par un président de la République », peut-on lire dans cette lettre.
Ces personnalités tiennent à rappeler que « la Guinée est un peuple uni, solidaire dans sa destinée et solidairement soudée. Les intellectuels guinéens se doivent de cimenter cette unité et non de mettre les différentes communautés dos à dos ».
Certains observateurs trouvent que pour une fois, des cadres faisant partie du même bord politique que le chef de l'État, ont eu le courage de prendre un avis contraire que celui du chef. Cette démarche n'est pas dans les habitudes de nos cadres, qui par opportunisme et cupidité courbent l'échine devant le président, dans l'espoir d'être permanemment dans les bonnes grâces de ce dernier. C'est cet environnement marqué par le culte de la personnalité, qui pousse nos présidents à traiter leurs compatriotes comme des moins que rien.
Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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