Alpha Amadou Diallo Mardi, 19 Janvier 2016 00:23
Les militants et sympathisants de l’UFC ont présenté leurs vœux de Nouvel-An 2016 à leur président, Sylla Aboubacar, à son siège situé dans la commune de Ratoma. Une cérémonie à laquelle des leaders politiques ont pris part, et qui fut une occasion pour Aboubacar Sylla de dénoncer les dérives du système actuel, tout en fixant le cap pour les futures consultations électorales.
Le samedi dernier, tôt dans la matinée le siège de l’UFC a été pris d’assaut par des militants composés de jeunes, de femmes et de cadres du parti, tous venus présenter les vœux de Nouvel-An à leur leader Aboubacar Sylla. Une cérémonie qui fut rehaussée par la présence de quelques présidents de partis politiques. Il s’agissait notamment du président de l’UFDG, Elhadj Cellou Dalein Diallo et de celui du Bloc Libéral (BL) Docteur Faya Millimouno.
Le président de l’UFC a dans son discours, remercié l’initiative des militants et sympathisants qui a consisté à organiser solennellement cette cérémonie de présentation des vœux. Ce qui selon lui témoigne de leur attachement au parti et leur souhait d’en faire un des plus grands partis du pays. Monsieur Sylla a indiqué que l’UFC, ces dernières années, s’est implantée à l’intérieur du pays ainsi qu’à Conakry. Mais pas à la cadence, que lui et ses militants souhaitaient parce que d’après lui, le président du parti qu’il est, a été extrêmement absorbé par le travail qu’il a dû effectuer au niveau de l’opposition républicaine. Ce qui a fait qu’il a délaissé quelque peu son propre parti l’UFC. Mais il se dit fier d’avoir effectué ce travail parce que lui et son équipe l’ont fait pour la bonne cause. Lui et ses compagnons se sont battus pour que la Guinée soit un Etat de droit, pour que la Guinée soit un Etat où les principes et les règles démocratiques sont respectés.
« Il se trouve que nous avions en face de nous un régime qui avait l’envie tout simplement de faire de la Guinée une monarchie en y installant un régime autocratique où toutes les libertés, où tous les droits étaient piétinés. Il fallait donc que l’opposition républicaine se lève comme un seul homme pour se battre, afin que notre pays ne sombre pas dans la dictature… donc en 2016 nous avons pour ambition de faire mieux et plus vite car nous avons une séance électorale importante qui nous attend. C’est les élections communales, et il est temps que l’UFC mesure sa popularité, son poids électoral en s’engageant directement dans certaines élections. Nous avons décidé de participer aux prochaines élections communales et éventuellement aux élections locales de conseils de quartiers, et de conseils de districts au cas où elles seraient organisées. Ce qui semble hypothétique à l’heure actuelle. Nous allons donc probablement participer à ces élections communales en faisant en sorte que nous ayons une représentation locale significative qui soit à la hauteur de nos ambitions», a-t-il indiqué.
Dans la même lancée, Aboubacar Sylla, dira que l’opposition fera tout pour que ces élections ne soient pas à l’image des élections législatives et les élections présidentielles que les Guinéens ont connues, qui ont été caractérisées par une « fraude massive ». Monsieur Sylla a promis devant ses militants et sympathisants que l’opposition républicaine fera tout pour que les élections communales connaissent plus de transparence, parce que « vous n’êtes pas sans savoir que nous avons aujourd’hui en Guinée un paysage politique qui est complètement dévasté par des ralliements contre nature, par des achats de conscience, par l’inféodation de toutes les institutions républicaines par un processus électoral, par une autocratie qui se manifeste à travers aussi la résurgence du népotisme dans l’affectation à des postes de responsabilité, presque nous sommes dans une démarche chaotique où il est difficile d’exprimer aujourd’hui une divergence politique susceptible d’avoir un impact politique réelle sur les mentalités, sur les réalités de notre pays (……) », a-t-il souligné.
Parlant de l’Assemblée nationale, le président de l’UFC n’a pas manqué de dénoncer la mauvaise répartition des allocations au niveau du budget 2016. « Vous allez comprendre que ce pouvoir, ce régime n’a aucun souci pour la précarité, pour le chômage des jeunes, pour l’insécurité, pour la pauvreté ambiante et le développement de notre pays. Nous avons vu au niveau de la répartition budgétaire, le budget comme celui du ministère de la Santé qui atteint à peine 4 pourcents du budget de l’Etat, c’est-à-dire que malgré le passage d’Ebola qui a complètement ravagé nos institutions sanitaires, malgré qu’on a un retard important à rattraper, malgré que tout le monde soit convaincu que si Ebola a pu pendant deux années décimer les Guinéens, c’est parce qu’il a trouvé un terrain favorable, qui était l’insuffisance des infrastructures sanitaires. Aujourd’hui on n’alloue que 4 pourcents dans le secteur de la santé. C’est ce qui est prévu en 2016, c’est le cas d’un secteur comme celui de l’agriculture, c’est le cas du secteur de la justice, c’est le cas du secteur de la sécurité qui ont tous des allocations qui sont inférieures à 5 pourcents du budget. Celui de la justice d’ailleurs fait à peine un pourcent du budget de l’Etat, et à contrario nous avons des budgets comme celui de la présidence surtout comme ceux de la défense nationale, qui sont à peu près au même niveau que le budget de toute l’éducation… C’est-à-dire qu’entre 10 et 11 pourcents des avoirs de l’Etat sont consacrés soit disant à la défense nationale. Nous, nous savons que cet argent n’arrivera pas dans les casernes, nous savons que les soldats et les militaires guinéens n’en bénéficient pas. Ce budget est devenu une caisse noire qui permet tout simplement aux dirigeants de ce pays d’épuiser les ressources et d’aller les investir ailleurs où de les investir dans leur patrimoine personnel. Nous avons mis 600 milliards de FG qui sont prévus pour le secteur de la défense, quand vous faites les calculs, ça représente autour de 200 millions de dollars us, que chaque année l’Etat sur ses fonds propres investit soit disant dans le secteur de la défense, si ce montant était effectivement investi dans ce secteur, on aurait vu des casernes en pleines rénovation. On aurait vu une armée mieux entretenue, des soldats mieux formés. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
Vous allez voir des secteurs qui sont complètement abandonnés et sont déclarés publiquement comme étant prioritaires. Mais qui reçoivent des allocations budgétaires qui ne leur permettront jamais de se relever de la situation de marasme », a-t-il révélé.
Avant de poursuivre en ces termes : « Nous sommes dans cette situation où le RPG Arc-en-ciel, je ne dirai même pas le RPG mais un clan qui est autour de la présidence, un clan qui est autour d’Alpha Condé, s’est accaparé de tout le pouvoir. Vous remarquerez que nos institutions sont inféodées au président de la République. Vous savez que la constitution prévoit 60 jours pour adopter le budget de l’Etat mais le président a suggéré que ce délai soit raccourci parce que tout simplement le gouvernement a déposé sur le tard la loi de finances 2016. »
Dans cette diatribe contre la mauvaise gouvernance, le leader de l’UFC ne va pas de main morte. C’est ainsi qu’il a déclaré : « le président de l’Assemblée, vous l’avez vu partout en train de faire campagne pour le RPG Arc-en-ciel. L’Assemblée nationale qui doit être le contrepouvoir par excellence, qui se doit, d’après les principes républicains partout dans le monde, de contrôler l’action gouvernementale, est devenue un supplétif de l’exécutif. Et c’est le cas de toutes les autres institutions. Que ce soit la Haute autorité de la communication (HAC), que ce soit au niveau de la Cour constitutionnelle, que ce soit la Cour suprême, toutes les institutions ont aujourd’hui renoncé à exercer leurs attributions, à exercer leurs principes d’indépendance.
La Cour des comptes vient d’être installée alors qu’elle aurait dû l’être depuis cinq ans. Pendant cinq années, le président de la République a refusé d’installer la Cour des comptes parce que c’est elle qui fait le contrôle a priori de la dépense publique. Il se décide enfin à le faire, en nommant à la tête de cette Cour, l’ordonnateur par excellence des dépenses de l’Etat, le gestionnaire public par excellence, l’ancien ministre des Finances.
Aujourd’hui on crée un conflit d’intérêt qui va l’amener lui-même à auditer sa propre gestion.
C’est pour dire que c’est le poisson qu’on cherche à noyer, c’est-à-dire qu’on ne verra jamais clair dans les énormes gabegies, dans le détournement, dans le pillage de ressources nationales, qui se sont accélérés, et qui ont pris une envergure extraordinaire ces cinq dernières années dans notre pays. Bref nous croyons à la victoire de l’opposition, parce que nous nous battons pour que les Guinéens soient les plus heureux, nous nous battons pour que le pouvoir d’achat des Guinéens s’élève, nous nous battons pour que le coût de la vie baisse. Nous voulons que les Guinéens se soignent mieux, qu’ils aient de l’emploi pour eux, pour leurs femmes, pour leurs enfants, nous voulons que les Guinéens vivent dans un environnement de sécurité, nous voulons que notre pays soit un pays où il fait bon vivre, nous nous battons pour cela (…..) », a-t-il conclu.
Avant d’ajouter qu’il y a une décantation qui se fait au niveau de l’opposition, qui va faire que ceux qui sont restés dans l’opposition soient de vrais opposants, plus efficaces, qui vont mener un combat, qui va permettre de sortir la Guinée de l’ornière.
Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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