Nouveau gouvernement : un goût d’inachevé

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YOULA_Mamady_2_01En lieu et place d’un gouvernement « resserré Â», composé de cadres triés sur le volet, le président Alpha Condé a relooké son équipe en conservant plus de la moitié de ses ministres, dont les plus « décriés Â» comme Oyé Guilavogui ou Dr Ibrahima Kourouma. Encore une fois, certains observateurs estiment que ce gouvernement ne comble pas les attentes des Guinéens, d’autant qu’on y décèle des calculs politiques du chef de l’Etat. Pour ces observateurs, c’est comme si le Premier ministre, Mamady Youla avait été mis devant le fait accompli.

La liste du nouveau gouvernement a été rendue publique dans la soirée du lundi dernier. Surprise et déception sont les deux mots qui résument la réaction de nombreux citoyens, qui s’attendaient à des hommes neufs dans ce nouveau gouvernement. Il y en a certes, avec des nouveaux arrivants, constitués de quadra, bardés de diplômes, mais plus de la moitié de l’équipe sortante a été reconduite. Pour positiver les choses, du côté de la mouvance on fait cas « d’un savant dosage de compétence et d’expérience. Â»

Le pouvoir lui, s’est empressé de parler d’un gouvernement d’actions, dans lequel « la priorité est donnée à la compétence Â». Et que ce gouvernement se fixerait pour objectifs « la création d’emplois et le renforcement de la formation, notamment en faveur des jeunes et des femmes, l’amélioration du cadre d’investissements en Guinée, et le soutien aux entreprises locales, véritable moteur de l’économie Â».

Une de ses surprises, est le fait que sur les seize nouveaux ministres qui font leur entrée, on retrouve Makalé Camara, qui a déjà occupé les fonctions de ministre sous la deuxième République. Cette dame n’avait pas laissé que de bons souvenirs du côté du département de l’Agriculture où elle avait été accusée d’avoir mis sur la touche les meilleurs cadres que comptait ce ministère pour des raisons subjectives. Makalé Camara qui, après des traversées du désert, avait pu rebondir, en entamant une carrière de diplomate, en tant qu’ambassadrice de Guinée au Sénégal, puis en France. Le refamp aidant… On attend de la voir à l’œuvre à la tête d’un département aussi stratégique que celui des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger.

Dans la nouvelle ossature gouvernementale, en plus de dame Makalé, six autres femmes accèdent à des ministères clés. Il s’agit de l’Economie et Finances, l’Agriculture, le Plan et la Coopération internationale, les Travaux publics, l’Environnement, les Eaux et Forêts, l’Action sociale, la Promotion féminine et l’Enfance.

A la tête du Plan et de la Coopération internationale, c’est l’ancienne épouse du chef de l’Etat, Madame Kanny Diallo, précédemment conseillère économique principale du président de la République, qui s’est vu confier ce portefeuille. Une nomination qui fait jaser dans les milieux de l’opposition, où on crie au « népotisme Â».

Dans ce gouvernement qu’on présente comme étant un gouvernement d’ouverture, on enregistre la nomination d’un cadre issu de l’opposition au poste de ministre de l’Elevage et des Productions animales. Il s’agit de Mohamed Tall, jusqu’alors chef de cabinet du leader de l’opposition Sidya Touré et porte-parole de l’Union des forces républicaines (UFR).

Parmi les ministres reconduits, on note quatre changements de portefeuille ministériel. C’est le cas avec Oyé Guilavogui, précédemment ministre d’Etat, ministre des Postes, Télécommunications et des Nouvelles technologies de l’Information, affecté au poste de ministre d’Etat, ministre des Transports. Thierno Ousmane Diallo, précédemment ministre de l’Elevage et des Productions animales, a aussi bénéficié des mêmes faveurs, en se retrouvant à la tête du ministère d’Etat, ministre de l’Hôtellerie, du Tourisme et de l’Artisanat.

D’autres membres de l’ancienne équipe qui ne bénéficiaient pas de préjugés favorables, tels que Dr Ibrahima Kourouma, Sékou Kourouma, Sanaba Camara, respectivement ministres de l’Enseignement pré-universitaire, de la Fonction publique et de la Réforme administrative et de l’Action sociale, ont été tout de même reconduits, à la grande déception de certains citoyens. Qui flairent des calculs politiques dans cette démarche du chef de l’Etat, qui selon eux, aurait encore besoin des services de ces cadres, pour les joutes électorales à venir.

A cette déception qui agite les esprits, s’ajoute le manque de « cohérence Â» entre la structure du gouvernement et sa composition, où on retrouve des ministères d’Etat qui n’étaient pas prévus auparavant. A vrai dire ce remaniement ministériel laisse un goût d’inachevé. C’est à se demander si Mamady Youla va trouver ses marques, dans un tel environnement. Il faut surtout craindre que de petits malins ne viennent tailler les croupières à cet homme qu’on qualifie de placide.


Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+5 #2 Gandhi 08-01-2016 09:26

Je ne me prononcerai pas sur les hommes, le PRG étant libre de nommer qui il veut, mais je n'y vois ni jeune (moins de 35 ans) et seulement 7 femmes. A défaut d'en avoir 16 (50%), une dizaine n'aurait pas été superflu. Là encore, entre les mots et la réalité...
De même ceux qui ont été reconduits, n'ont aucun bilan – notamment en matière d'éducation – et pourtant ils restent, sans doute pour prolonger la médiocrité ?
Enfin pour un gouvernement à finalité économique, on attend de voir le projet en la matière, ce d'autant que la plupart de ceux qui nous sont présentés comme nouveaux (alors qu'ils travaillaient dans l'ombre), ont eu le temps d'y penser.
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+4 #1 amadudialamba 08-01-2016 05:27

Merci Monsieur Mamady Keita pour cette analyse. Seulement je dirais a tous ceux qui croient comme du fer a ces perpétuels changements de façade, d'oublier tous ces mots semi-outrageux comme ‘’gouvernements : de récompense, celui d’ouverture ou encore d’Action’’. Ces fréquents changements des noms frivoles et d’hommes de mains ne nous amèneront nulle part. ils changent tout le temps des hommes, se repartissent tout le temps des postes honorifiques et des biens public, pour ne rien produire. Ces dénominations sont ‘’du déjà’’ entendu a plusieurs reprises par ces mêmes acteurs du ‘’Coup KAO’’. Après le premier échec de Alpha 1er en 2010, avec son ‘’gouvernement dit de récompense’’, il n’a pas hésité un seul instant a faire porter l’entière responsabilité du revers a ces derniers. Plus humiliant pour eux, il ira jusqu'à les accuser, sans exception, d’incompétents. Puis sans embarras, les mêmes incompétents se feront reconduire pour son second ‘’gouvernement dit de mission’’. Malgré leur incompétence avérée et avouée par lui-même, la plupart d’entre eux continueront de gérer les affaires de la République jusqu'à l’élection présidentielle du 11 octobre. Comme on le voit encore avec cette nouvelle équipe, les indéboulonnables sont toujours là et en bonnes places. Ils continueront donc à porter la responsabilité des futurs échecs, jusqu'à la fin de son nouveau mandat. Par ailleurs, ces nouveaux venus devraient tout simplement comprendre que sans la mise en place et l’exécution de multiples projets d’envergure, aucun gouvernant ne pourra créer des emplois en Guinée. La simple amélioration du cadre d’investissement et le soutien aux entreprises locales ne pourront qu’atténuer, mais pas endiguer le chômage massif et chronique du pays. Ces deux éléments ne pourront jamais créer d’emplois massifs. Ils n’ont qu’à doter même leurs employés des maisons des diplômes de dernier degré, rien ne bougera sans la volonté du numéro un et l’envi de montrer des véritables résultats. Pour créer suffisamment d’emplois, il faudrait par exemple, envisager la construction de nouvelles villes modernisées avec toutes les infrastructures nécessaires. Ce qui procurera aux jeunes des retombées économiques profitables. La réalisation des ouvrages d’arts. Si les spécialistes me prêtent le terme, comme par exemple le doublement des axes routiers nationaux pour limiter les très nombreux accidents de circulation. Envisager même la réalisation des voies ferres avec des viaducs à certains endroits, etc. Pourquoi pas ? Surtout que le pays a suffisamment des ressources naturelles pour financer ses propres projets. En un mot avoir des grosses ambitions et la volonté de les réaliser. Il y a trop à faire chez nous. Tout est a commencer a zéro dans ce pays. Nous ne voulons plus du simple bruit pour se faire écouter. La seule chose qui marche bien c’est la pose des nombreuses premières pierres sans lendemain. Espérons que ce ‘’gouvernement d’Action’’, ne sera pas comme les deux précédents qui n’étaient en place que pour faire rêver les traînards.
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