Richard Tamone Mercredi, 25 Novembre 2015 23:17
Les membres du Barreau guinéen ont haussé le ton, par rapport au sort des détenus dans le milieu carcéral, lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée le 17 novembre dernier, à la Cour constitutionnelle.
D’entrée de jeu, le porte-parole des membres de l’Ordre des avocats, Me Salifou Béavogui, a expliqué qu’en matière correctionnelle la loi est claire : « lorsque l’emprisonnement n’excède pas six (6) mois vous ne pouvez pas rester en prison pendant cinq jours sans être jugé », a-t-il d’emblée signifié. Puis il a invité les hommes de média à faire un tour dans les maisons centrales du pays. « Vous verrez des personnes qui sont là depuis plus de cinq ans alors qu’elles ne devaient même pas être là plus de cinq jours », a déclaré Me Béavogui. Avant d’expliciter qu’en matière criminelle la détention préventive ne peut excéder six (6) mois. « Sauf cas de crime organisé : atteinte à la sureté de l’Etat », a précisé le porte-parole du Barreau guinéen.
De son côté, l’un des membres du conseil de l’Ordre des avocats, Me Mohamed Traoré, a indiqué que la liberté du citoyen est devenue une sorte de marchandisation, au sein de l’appareil judiciaire du pays. Selon Me Traoré, en Guinée, lorsqu’une personne est en détention, c’est toute sa famille qui se déplace pour venir voir le juge. « Finalement, il faut négocier la mise en liberté et cette négociation se fait à bout d’argent », dit-il. Autrement dit, il faut payer de l’argent pour que cette personne-là puisse recouvrer sa liberté, dit-il. A l’en croire, dans ce pays, on envoie les citoyens en prison même quand ce n’est pas nécessaire, « dans le seul objectif de pouvoir après, négocier leur mise en liberté », a laissé entendre Me Traoré.
Selon les hommes en robe noire, le non-respect des procédures pénales amène à la surpopulation dans les établissements pénitentiaires du pays, notamment à Conakry. « Quand vous allez à la maison centrale aujourd’hui, vous verrez que plus de la moitié des détenus est composée des personnes en attente de leur jugement », a indiqué Me Traoré. Voilà une des causes aussi de la surpopulation carcérale, précise-t-il. Avant de poursuivre que dans les différentes maisons d’arrêt du pays, il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui attendent leur jugement depuis un à deux ans, voire même plus. « Le record d’ailleurs a été battu par un certain Boubacar Barry qui a été détenu pendant 16 ans à la prison centrale de Conakry, sans avoir été présenté à un juge », a souligné Me Mohamed Traoré.
A la question de savoir qu’est-ce que les membres du barreau guinéen feront, pour palier à cet état de fait, le porte-parole de l’ordre des avocats de Guinée, Me Salifou Béavogui, a indiqué que malgré les obstacles, ils vont se battre pour que le citoyen guinéen ne soit pas souvent arbitrairement gardé dans le gnouf sans être jugé. « Mais nous sommes très loin du bout du tunnel. Tous les jours, l’on ne fait que foutre nos concitoyens en prison et on les oublie là-bas ; pour les juger ce sont des problèmes», a conclu Me Salifou Béavogui, avocat à la cour, porte-parole du conseil de l’Ordre des avocats de Guinée.
Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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