Détention provisoire : le conseil de l’Ordre des avocats dénonce

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BEAVOGUI_Salifou_01Les membres du Barreau guinéen ont haussé le ton, par rapport au sort des détenus dans le milieu carcéral, lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée le 17 novembre dernier, à la Cour constitutionnelle.

D’entrée de jeu, le porte-parole des membres de l’Ordre des avocats, Me Salifou Béavogui, a expliqué qu’en matière correctionnelle la loi est claire : « lorsque l’emprisonnement n’excède pas six (6) mois vous ne pouvez pas rester en prison pendant cinq jours sans être jugé Â», a-t-il d’emblée signifié. Puis il a invité les hommes de média à faire un tour dans les maisons centrales du pays. « Vous verrez des personnes qui sont là depuis plus de cinq ans alors qu’elles ne devaient même pas être là plus de cinq jours Â», a déclaré Me Béavogui. Avant d’expliciter qu’en matière criminelle la détention préventive ne peut excéder six (6) mois. « Sauf cas de crime organisé : atteinte à la sureté de l’Etat Â», a précisé le porte-parole du Barreau guinéen.

De son côté, l’un des membres du conseil de l’Ordre des avocats, Me Mohamed Traoré, a indiqué que la liberté du citoyen est devenue une sorte de marchandisation, au sein de l’appareil judiciaire du pays. Selon Me Traoré, en Guinée, lorsqu’une personne est en détention, c’est toute sa famille qui se déplace pour venir voir le juge. « Finalement, il faut négocier la mise en liberté et cette négociation se fait à bout d’argent Â», dit-il. Autrement dit, il faut payer de l’argent pour que cette personne-là puisse recouvrer sa liberté, dit-il. A l’en croire, dans ce pays, on envoie les citoyens en prison même quand ce n’est pas nécessaire, « dans le seul objectif de pouvoir après, négocier leur mise en liberté Â», a laissé entendre Me Traoré.

Selon les hommes en robe noire, le non-respect des procédures pénales amène à la surpopulation dans les établissements pénitentiaires du pays, notamment à Conakry. « Quand vous allez à la maison centrale aujourd’hui, vous verrez que plus de la moitié des détenus est composée des personnes en attente de leur jugement Â», a indiqué Me Traoré. Voilà une des causes aussi de la surpopulation carcérale, précise-t-il. Avant de poursuivre que dans les différentes maisons d’arrêt du pays, il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui attendent leur jugement depuis un à deux ans, voire même plus. « Le record d’ailleurs a été battu par un certain Boubacar Barry qui a été détenu pendant 16 ans à la prison centrale de Conakry, sans avoir été présenté à un juge Â», a souligné Me Mohamed Traoré.

A la question de savoir qu’est-ce que les membres du barreau guinéen feront, pour palier à cet état de fait, le porte-parole de l’ordre des avocats de Guinée, Me Salifou Béavogui, a indiqué que malgré les obstacles, ils vont se battre pour que le citoyen guinéen ne soit pas souvent arbitrairement gardé dans le gnouf sans être jugé. « Mais nous sommes très loin du bout du tunnel. Tous les jours, l’on ne fait que foutre nos concitoyens en prison et on les oublie là-bas ; pour les juger ce sont des problèmes», a conclu Me Salifou Béavogui, avocat à la cour, porte-parole du conseil de l’Ordre des avocats de Guinée.


Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+4 #4 lodia 27-11-2015 16:27

Tout est gangrené dans ce pays depuis si longtemps. Et nous manquons de couilles et d'intelligence, c'est l'inertie et les lamentations. Nous n'irons nulle part, à ce rythme.
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+7 #3 Gandhi 26-11-2015 22:15

Des incapables ces avocats. Ils ne font que chanter des réalités, mais ne font STRICTEMENT rien pour changer ce système. A croire qu'ils en profitent...
J'ai HONTE pour eux.
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+4 #2 I. MB. Sow 26-11-2015 02:06

Et pendant ce temps, on nous vante sur tous les toits le bilan de 5 ans de gouvernance soi-disant positif d'un chef d'Etat prétendu "Professeur de droit" qui a utilisé les services successifs de 2 ministres de la justice qui sont tous deux des avocats de profession expérimentés.
Le jour que toute la lumière sera faite autour des sommes faramineuses qui ont été englouties dans le seul domaine sensible de l'énergie depuis 2010, même le Guinéen lambda se rendra plus aisément compte que le pouvoir RPGiste n'était rien d'autre qu'une vaste "entreprise" de pillage de nos ressources, avec l'objectif suprême de réduction de nos maigres acquis de liberté et de démocratie à néant: un peu comme "là où le sinistre AST avait laissé le pays", en avril 1984 (...)
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+5 #1 amadudialamba 26-11-2015 01:54

AH, le guinéen souffre ! Encore un autre exemple de honte nationale parmi tant d’autres. Encore du burlesque dans nos oreilles. Comment peut-on nous parler du cas d’un détenu de plus de 16 ans sans aucune forme de procès ? Seize longues et douloureuses années, sans rencontrer un juge même une seule fois et la vie continue à l’extérieur de la prison, pardon du mouroir, comme si de rien n’était. Et puis on nous raconte le cas nonchalamment. Dans un pays normal, le montant que cet abusé du système judiciaire pourrait réclamer à l’Etat pour réparation allait couvrir la dépense annuelle de l’ensemble des citoyens du pays. Malheureusement pour ce pauvre et légendaire prisonnier, le droit n’a jamais existé dans ce pays qui l’abuse. ‘’Monè Warataa !!! Dhoo kadi komo amen’’. Juges, avocats défenseurs de je ne sais quoi, la Guinée n’est qu’une simple merde nationale. Parfois je me demande si une seule fois un avocat a pu remporter dans une affaire contre un juge dans ce pays du plus fort et de non droit. Une fois j’ai rendu visite à un beau frère à la maison central, tellement qu’il est déshumanisé par la mauvaise condition de détention, je n’ai pas pu retenir mes larmes. Même libéré aujourd’hui, il ne pourra plus nous servir à quelque chose. Car il est plus proche de la mort que de la survie (tenez-vous bien en 7 mois de détention seulement, alors avec 16 ans ?). Le marchandage des pauvres accusés qui s’opère entre les acteurs du système judiciaire guinéen est plus opaque que les marchés des stupéfiants. Dieu sauve les enfants de ce foutu pays. Car tu es le seul à pouvoir le faire.
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