Lanciné Dramé Dimanche, 22 Novembre 2015 22:09
La situation est loin d’être nouvelle en Guinée. Elle a, cependant, beau avoir été plusieurs fois dénoncée par le passé dans les médias, rien n’y fait, visiblement. Qu’à cela ne tienne, parce qu’il y va aussi de ses prérogatives, le directeur général de la CBK, Gennady Vlassov, et Pavel Vassiliev, représentant de Rusal, ont décidé de repartir à la charge, dans l’espoir de conduire les autorités compétentes à davantage de circonspection face à un double impératif : concilier les nécessités de sécurité publique avec l’intérêt économique de l’Etat et des entreprises…
Il convient, pour commencer, de rappeler que la situation dont il s’agit part d’un ensemble de constats plutôt alarmants. Tout au moins pour quiconque se préoccuperait aujourd’hui de l’insécurité engendrée par certaines pratiques observées tout le long du chemin de fer dans notre capitale. Au cœur desdites pratiques, surtout la difficile cohabitation entre le train minéralier et nombre d’activités humaines. Il suffirait pour ce faire de jeter un coup d’œil, ne serait-ce que furtif, le long des rails dans certaines communes de Conakry pour s’apercevoir que des riverains et autres marchands de bétail ne respectent nullement la distance règlementaire en matière de sécurité, s’ils ne s’ y établissent simplement pas parfois. Pire, ce sont souvent des usagers de la route, piétons comme automobilistes, qui n’observent aucune précaution particulière au niveau des passages à niveau avec barrières. Comble de paradoxe, de téméraires étalagistes ne sont parfois pas bien loin à l’approche de certains marchés. Et comme si tout cela ne suffisait pas, pendant certaines manifestations de rue, des vandales n’hésitent aucunement à s’en prendre aux guérites dressées à des points plus ou moins critiques du chemin de fer ou de la chaussée. Tout cela n’est évidemment pas sans incidences fâcheuses, voire dommageables à la fois pour l’Etat et les citoyens eux-mêmes, qui en attendent de nombreuses interventions en matière de bien-être social.
En guise de petit rappel, en 2010, la situation sécuritaire au niveau de nos rails est devenue plus que préoccupante. Seize cas d’accidents graves, mortels par moments, ont été enregistrés contre deux en 2014. En cette année 2015, aucun cas d’accident n’a fort heureusement été enregistré sur nos rails. Mais à quel prix, devrait-on toutefois s’empresser de se demander. Ce qu’il faudrait savoir, c’est que faute de mesures préventives dissuasives et efficaces, on en est arrivé à limiter sensiblement la vitesse du train minéralier (c’est surtout le cas de celui affrété par RUSAL) qui est de l’ordre aujourd’hui de 30 kilomètres à l’heure. Il est certes aisé de comprendre que le résultat « zéro accident » tient pour l’essentiel de la sécurité de nos concitoyens par rapport à une certaine peur bleue de nos rails. Mais a-t-on seulement songé dans le même temps aux conséquences économiques d’une telle mesure ? Rien n’est moins sûr à ce niveau. En attendant, la vérité sur le terrain, c’est qu’au bout de cette mesure, il y a la baisse drastique de la production au niveau des exploitations minières. A quoi bon de produire plus si l’on est en mesure de faire évacuer aussitôt le produit ou la marchandise ! Cela n’est naturellement pas sans impacter les revenus et de la principale société d’exploitation de notre bauxite et de l’Etat guinéen, par ricochet les dividendes pouvant être justement récoltés de part et d’autre.
Bien entendu qu’il faille œuvrer inlassablement à ce que les choses n’en restent pas là. Il conviendrait donc alors ici comme ailleurs pour l’Etat guinéen de trouver un juste milieu, une harmonie entre les mesures sécuritaires et celles liées aux impératifs de rentabilité en ces temps de vaches maigres dans le monde. Il faudrait absolument éviter de revivre la fermeture de nouvelles usines du fait, surtout, des habitudes répréhensibles de certaines personnes. L’Etat guinéen, autrement dit, doit faire en sorte de développer les facteurs susceptibles de promouvoir l’économie nationale dans toute sa diversité. A titre illustratif, il pourrait en appeler davantage au sens de civisme et de patriotisme des populations, pourquoi pas même au changement radical de certaines mentalités. Plus encore, s’il y a lieu, sévir contre les contrevenants aux mesures de sécurité prises généralement dans le domaine du trafic ferroviaire parce que la Guinée est appelée, au-delà de ses gisements de bauxite, à ouvrir d’autres champs d’exploitations de la richesse de son sous-sol.
Vivement que la direction de la CBK et le représentant de Rusal accentuent leurs œuvres de salut public.
Lanciné Dramé
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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