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Papa Koly Kourouma : le candidat du GRUP fait-il les yeux doux à Alpha ?

Alpha Amadou Diallo   Samedi, 31 Octobre 2015 00:39

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KOUROUMA_Papa_Koly_3_01Le candidat du parti GRUP, Papa Koly Kourouma, s’est exprimé sur les griefs qu’il a portés au niveau de la Cour constitutionnelle, suite à la tenue du scrutin du 11 octobre dernier. Lors d’une conférence de presse organisée le mardi dernier au siège de son parti, à Nongo, dans la banlieue de Conakry, Papa Koly Kourouma n’a pas écarté la possibilité de collaborer avec le président Alpha Condé, malgré les foudres qu’il ne cesse d’asséner contre le parti au pouvoir.

Elhadj Papa Koly Kourouma a décidé de ne pas reconnaître les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), à cause des dysfonctionnements enregistrés lors du scrutin du 11 octobre dernier. Lors de la conférence de presse qu’il a organisée mardi dernier, il a pointé du doigt « la machine de fraude », qui a été mise en place par le parti au pouvoir.


Une machine de fraude

« Dans tout scrutin, il y a ce qu’on appelle la machine de la fraude. Nous avons enseigné à nos jeunes militants, comment cette machine fonctionne. Comme je vous avais dit, notre parti est une école. On leur a fait la description de cette machine que nous avons appelée "la nouvelle technologie électorale". Cela a permis de déceler toutes les anomalies et autres », a révélé le candidat du parti GRUP.

Sur la présence d’observateurs internationaux et leurs conclusions, Papa Koly indique : « vous savez, cette histoire d’observateurs, de ceci, de cela, de X, de Y, tout ça fait partie du système. C’est pour crédibiliser le vote quand on sait qu’à l’avance, on va tricher, pour porter du crédit à ce qu’on va faire. Et souvent dans beaucoup de nos pays, c’est du simulacre au lieu de mascarade de vote, on fait appel à des gens comme si c’étaient des saints. Ils ne sont pas saints. D’abord la plupart de ces missionnaires passent leur temps dans les hôtels au lieu de sillonner les bureaux de vote », déplore-t-il. 

Puis d’ajouter : « ils n’ont même pas le temps de connaître exactement tout ce qui se passe dans les bureaux de vote, et même s’ils arrivent à relever tout ce qui se passe dans un bureau de vote, ils n’ont pas le courage de dénoncer. Ils disent souvent ceci "malgré les dysfonctionnements que nous avons constatés, cela n’entache pas la crédibilité du scrutin".’ Ça c’est un langage diplomatique et en politique, on ne fait pas la diplomatie même si cela peut permettre à quelqu’un de justifier sa victoire. Personnellement je pense que nous devons pouvoir nous rendre sérieux. Mais est-ce que dans les autres pays, quand ils vont aux élections, est-ce qu’on parle des Guinéens observateurs ? Nous devons être sérieux, même ces histoires de machin et CENI politique, tout ça c’est des histoires, nous ne sommes pas outillés. L’administration du territoire est là c’est le département le plus outillé pour organiser les élections dans les structures déconcentrés, non ! C’est le sous-préfet, c’est le préfet, c’est le gouverneur, c’est eux qui ont les ressources humaines nécessaires », a-t-il souligné.

Il a ensuite indiqué qu’à N’Zérékoré, des bulletins de vote de son parti ont été extirpés des bureaux de vote et enterrés, et d’autres ont été brulés.

Mamadou Moustapha Baldé, le chargé des relations avec les médias du parti GRUP a pour sa part révélé que « plusieurs dysfonctionnements ont été constatés lors de ce scrutin, et que les partisans de l’esprit simpliste aiment à chaque fois qu’ont fait mention de ces dysfonctionnements mettre cela au compte du caractère "imparfait" de l’homme. Dire que si la CENI a rencontré des difficultés, c’est parce qu’au bout du compte, toute opération humaine est imparfaite. » M. Baldé a ensuite mis en évidence que ces dysfonctionnements peuvent être mis au compte de la mauvaise foi de certaines personnes de l’administration. Des problèmes qui avaient sciemment été créés selon lui, pour favoriser un camp, et pour défavoriser un autre. »

Puis d’ajouter « au-delà de notre position partisane, que nous assumons parce qu’en fait, nous sommes un parti politique, nous voudrions exprimer ici notre indignation citoyenne, celle que ressentent la majorité de nos compatriotes, qui sont indignés à l’idée de savoir que leur vote de toutes les façons n’a pas eu de sens, et au bout du compte quel que soit ce qu’ils font, une petite élite de politiciens est toujours là pour dévoyer le sens de leur vote. La même élite qui a servi le général Conté est la même d’une certaine manière qui est en train de servir le régime actuel », a-t-il martelé.

Partant toujours de dysfonctionnements et d’anomalies, M. Baldé les a regroupés autour d’un certain nombre de points. D’abord, il a indexé le fichier électoral qui selon lui était un fichier électoral impropre, un fichier électoral qui ne contient que des doublons, des enfants qui sont mineurs en violation de toutes les dispositions légales, en ce sens-là et les partis politiques ne pouvaient pas être plus exigeants parce que d’après lui les partis politiques n’ont eu accès au fichier électoral que 7 jours avant le vote. Donc le 03 octobre cela ne leur permettaient pas évidemment de comprendre toutes les anomalies, toutes les difficultés que contient ce fichier électoral. La troisième des choses c’est que le délai qui est prévu par la loi, notamment de l’article 16 et 29 du code électoral, il y a un délai qui est inscrit pour l’établissement et la révision de la liste électorale qui est de 30 jours, avant le scrutin. Ce délai n’a pas été respecté », regrette-t-il.

 « Nous, nous avons aussi constaté sur la liste électorale une augmentation disproportionnée du nombre d’inscrits, alors que la moyenne nationale comparativement au fichier de 2010 est de 22%  d’augmentation. Vous avez dans une région donnée, notamment en Haute Guinée plus de 52% d’accroissement, en termes d’augmentation de taux d’inscrits. Alors qu’en moyenne nationale, ce taux est de 22%. Nous avons aussi constaté des anomalies sur la cartographie des bureaux de vote ainsi que dans la création des bureaux de vote, le délai de 30 jours qui est retenu par l’article 62 du code électoral avant le scrutin pour la publication de la liste des bureaux de vote n’a pas été respecté. On a publié simplement la liste des bureaux de vote quelques jours avant le scrutin, ce qui avait beaucoup empêché certains de vérifier bien avant le scrutin leur bureau de vote. Et nous avons aussi constaté de fortes disparités au niveau des circonscriptions électorales, alors que dans certaines zones, vous avez des citoyens qui devaient parcourir 50 à 60 km pour parvenir à leur bureau de vote, vous avez des régions où vous avez des gens qui se déplacent à des distances raisonnables. Certains de nos délégués aussi avaient été chassés dans certaines zones, les empêchant d’exercer leur liberté de contrôler le caractère parfait de ce processus électoral. Ce que nous sommes en train de vivre là c’est une crise de la démocratie», a-t-il conclu.

Quant à Aboubacar Sidiki Nabé, formateur en leadership, il dira qu’au regard d’une analyse minutieuse sur la conjoncture de la politique guinéenne, « par rapport au fichier électoral qui a servi pour les élections présidentielles de 2010 et de 2015, le nombre d’inscrits sur la liste électorale de 2010 est de 4 270 537 électeurs, alors qu’il est de 6 034 458 électeurs en 2015. Soit un taux de progression de 41.39%. Et cet effet de variation a été reconduit sans aucune excursion par toutes les régions administratives que compose notre pays. Et lorsqu’on fait une analyse sur la région de Conakry, on comprend là que le nombre d’inscrits en 2010 sur le fichier électoral en termes de pourcentage du total des électeurs inscrits, se monte à 21.77. Pour cette même région de Conakry en 2015, le nombre d’inscrits sur la liste électorale en termes de pourcentage s’est élevé à 16.65. Ce qui fait une progression à la baisse de 5,12%. Je dis bien une progression à la baisse », dit-il. Dans la région de Boké, là aussi le nombre d’inscrits sur la liste électorale en 2010 en termes de pourcentage s’est élevé à 6,42 et en 2015, le nombre d’inscrits sur la liste électorale s’est élevé à 9,18%. Ce qui fait une progression à la baisse aussi de 0,4 pour cent. Et lorsque vous prenez la Moyenne Guinée, vous faites la somme d’inscrits entre 2010 et 2015, de Mamou et de Labé, vous constatez que le nombre d’inscrits est à la baissé de 1.47 pour cent, alors qu’au même moment le taux a augmenté de 1.40 pour cent dans la région de Faranah. Donc à vous d’en tirer la conclusion», a-t-il indiqué.

A noter que lors de cette rencontre avec les médias, le leader du parti GRUP n’a pas écarté la possibilité de collaborer avec le président Condé, ce malgré les reproches faits par lui et son staff sur les manœuvres dont le pouvoir a usé pour faire gagner son candidat au scrutin du 11 octobre.


Alpha Amadou Diallo
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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