Mamady Kéita Jeudi, 10 Septembre 2015 23:51
La campagne électorale va s’ouvrir officiellement ce jeudi, en prélude à la présidentielle du 11 octobre, sur fond de tensions. Des tensions nées du quiproquo qui entoure l’application de l’accord inter guinéen signé le 20 août dernier entre la mouvance présidentielle et l’opposition, en vue de taire les divergences autour du processus électoral.
Les états-majors des 8 candidats qui ont pris place dans les starting-blocks, vont débuter la campagne électorale, à partir de ce jeudi. Et ils en auront pour un mois, pour faire prévaloir leurs arguments de campagne auprès des citoyens guinéens. Cette pêche aux électeurs ne sera pas de tout repos pour les candidats. C’est le moins qu’on puisse dire, quand on sait que c’est un exercice qui consiste à se rapprocher des électeurs. Ce qui exige de se rendre sur le terrain, dans un pays qui compte 33 préfectures, en plus des 5 communes de la capitale. Des moyens financiers et humains, il en faut pour réussir une bonne campagne électorale. Il faut rappeler que la Commission électorale nationale indépendante a fixé le plafonnement des budgets de campagne à 20 milliards de francs guinéens. Vu le manque d’instrument de contrôle, la Cour des comptes n’étant pas encore fonctionnelle, tout porte à croire que certains candidats, notamment celui de la mouvance présidentielle, pourrait dépasser cette fourchette. Le président de la République est d’ailleurs accusé par ses adversaires d’avoir débuté la campagne avant la lettre. Alpha Condé poursuit en ce moment même une tournée en Moyenne Guinée, région considérée comme le fief de l’opposant Cellou Dalein Diallo. Il y a trois semaines, le chef de l’Etat avait sillonné les différentes localités de la Haute Guinée, où il avait invité les populations à lui accorder leurs suffrages. Durant ces tournées présidentielles, en harangueur de foule, Alpha multiplie les promesses à l’endroit des populations. Il faut relever le fait que le candidat sortant est quasiment le seul à disposer pour le moment de panneaux publicitaires à son effigie, le long des rues de la capitale. Signe que le parti au pouvoir est largement en avance dans cette opération de charme en direction des électeurs. A l’allure où vont les choses, certains observateurs pensent que cette campagne risque d’être houleuse vu l’enjeu qui entoure le scrutin. L’opposition voulant coûte que coûte parvenir à une alternance suite à ce vote, tandis que la mouvance présidentielle annonce déjà une victoire de son candidat Alpha Condé dès le premier tour. Et le malentendu qui entoure l’application de l’accord signé le 20 août dernier, risque de mener davantage à un raidissement des positions, qui pourrait se ressentir dans les discours de campagne. Les Guinéens ont encore en mémoire la présidentielle de 2010, dont la campagne avait été émaillée d’incidents, notamment au second tour.
Les défenseurs des droits humains sonnent le tocsin
Pour prévenir contre d’éventuels débordements lors de cette élection présidentielle, une mission de l’ONG de défense des droits humains Amnesty International, en séjour à Conakry, a publié jeudi dernier un rapport intitulé « Guinée : Empêcher le recours excessif à la force et respecter le droit à la liberté de réunion pacifique avant et après les élections de 2015 – Appel à l’action ».
.Dans ce rapport, l’ONG interpelle « les autorités guinéennes afin qu’elles puissent contrôler les forces de sécurité à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre et à veiller à ce qu’elles n’usent pas une nouvelle fois d’une force excessive lors d’affrontements avec les manifestants. » Amnesty International rappelle qu’aux mois d’avril et mai, six personnes sont mortes et plus d’une centaine ont été blessées dans le cadre de manifestations. L’organisation demande dans son rapport, « la mise en œuvre d’une réforme juridique après les élections, afin d’empêcher de nouvelles violences à l’avenir, de promouvoir le droit à la liberté de réunion pacifique et de garantir l’obligation de rendre des comptes pour toute violation commise. »
Dans cette foulée, Alioune Tine, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a tenu à indiquer que « le défi pour les autorités, les candidats et les forces de sécurité consiste à briser le cycle de la méfiance et de la violence. Il faut créer les conditions propices à ce que chaque citoyen en Guinée se sente en sécurité pour exercer ses droits à la liberté de réunion pacifique et d’expression et participer au processus électoral. »
Dans cette campagne de prévention de la violence en période électorale, l’Institution nationale indépendante des droits de l’homme (INIDH) n’est pas en reste. Cette institution dont le fonctionnement n’est toujours pas effectif, faute de moyens logistiques, s’est toutefois engagée à conduire le monitoring des droits humains avant, pendant et après les élections. La démarche selon son président Mamady Kaba, va consister « à recueillir l’ensemble des informations utiles pour l’amélioration des prochains scrutins en Guinée ».
Pour mener à bien cette mission, les commissaires de l’INDH ont bénéficié d’un séminaire qui s’est déroulé la semaine dernière, dont l’objectif portait sur le renforcement de leur capacité. En vue de mieux appréhender le rôle qui leur incombe durant ce scrutin présidentiel.
A noter que le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo a choisi de lancer sa campagne à partir de la capitale sénégalaise, où il animera un grand meeting ce jeudi. Les autres candidats y compris le président Alpha Condé, eux, sont présents à Conakry, où la ferveur commence à gagner les populations.
Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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