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Accord inter guinéen : quand l’opposition tombe de Charybde en Scylla

Aliou Sow  Mardi, 08 Septembre 2015 15:56

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DIALLO_Cellou_Dalein_37_01L’opposition multiplie les critiques sur l’accord du 20 août qu’elle a pourtant paraphé, sans en avoir cerné les contours. Les critiques portent sur le retard mis dans l’application dudit accord, à environ 5 semaines du vote. C’est comme si les opposants n’avaient pas tiré suffisamment les leçons de l’accord de juillet 2013, qui constitue pourtant un précédent dans le « non-respect » des engagements du pouvoir.

Dans une de nos précédentes éditions au lendemain de la signature de l’accord du 20 août dernier, nous nous posions la question de savoir « s’il ne fallait pas craindre une entourloupe du pouvoir », dans la mise en application de cet accord. Cela semble être le cas, à mesure qu’on s’achemine vers le 11 octobre, date prévue pour la présidentielle, et à en juger par les accusations formulées par l’opposition, sur la « mauvaise foi » du pouvoir, qui trainerait les pieds dans la recomposition des délégations spéciales et l’assainissement du fichier de la CENI. Pire, cette institution chargée d’organiser les élections en Guinée, avait prévu de lancer l’impression des cartes d’électeurs au moment où nous allions sous presse. Sans donc attendre que les experts désignés pour analyser ledit fichier, en vue d’en expurger d’éventuels « faux électeurs », ne commencent leur travail. Tous les candidats de l’opposition à cette élection sont unanimes aujourd’hui qu’à l’allure où vont les choses, ils n’ont aucune assurance quant à la transparence du scrutin.

Le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo a d’ailleurs déclaré récemment, lors d’un meeting qui s’est déroulé au siège de son parti à Commandaya, que « Monsieur Alpha Condé n’a aucun égard pour les dispositions des accords politiques. Nous sommes dans une situation où le combat est extrêmement difficile. Lorsque vous êtes en face d’un président qui viole au quotidien son serment de respecter la constitution et de la faire respecter ». Disant compter sur ses militants, pour « obliger le gouvernement à appliquer les accords. »

Le président de l’UFDG a reconnu que « c’est un accord politique qui n’est pas particulièrement favorable, mais s’il est tripatouillé et corrompu comme le gouvernement veut le faire actuellement, naturellement nous n’accepterons pas », a-t-il tempêté.

Bano Sow, vice-président de l’UFDG, a reconnu lui aussi qu’il y a blocage, à l’issue de l’assemblée générale du samedi dernier. « Nous avons signé ces accords avec beaucoup de scepticisme parce que nous connaissions avec qui nous allions signer. C’est vrai que la mouvance a signé, mais Alpha Condé ne facilitera pas l’application de l’accord. Pour le moment, c’est le blocage total parce qu’ils ne veulent pas qu’on se comprenne», a-t-il déploré.

Lansana Kouyaté, président du PEDN, n’est pas non plus rassuré par cet accord dont la signature à ses yeux, n’aurait pas un grand impact sur l’amélioration des conditions électorales. Ainsi, l’ancien Premier ministre a déclaré la semaine dernière, sur les antennes de nos confrères d’Espace FM, que des bureaux fictifs sont déjà identifiés dans la commune de Dixinn. De quoi mettre en doute l’indépendance et l’impartialité de la CENI, dans ce jeu électoral.

Après avoir été floués dans le cadre des accords du 3 juillet 2013, qui avaient permis d’aller aux législatives, après de nombreuses manifestations qui se sont soldées par des victimes, les opposants sont de nouveau tombés dans le traquenard du pouvoir, à travers l’accord du 20 août, dont la signature aurait dû en principe conduire à une présidentielle apaisée. Mais tel ne semble pas être pour le moment cas. Pour maints observateurs, l’opposition serait simplement tombée de Charybde en Scylla.

 

Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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