Aliou Sow Mercredi, 02 Septembre 2015 21:33
L’accord relatif à une gestion concertée du processus électoral, signé le 20 août dernier entre le pouvoir et l’opposition ne serait qu’un vaste écran de fumée, aux yeux de certains observateurs, en ce sens que rien ne garantit son application, à moins de deux mois du scrutin. Quand on sait que la Commission électorale nationale indépendante entend lancer l’impression des cartes d’électeurs à compter de ce mardi, sans attendre que le fichier ne soit assaini, conformément à l’accord.
La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé le démarrage de l’impression des cartes d’électeurs pour ce 2 septembre. Une démarche qui, aux yeux de l’opposition serait contraire à l’esprit de l’accord du 20 août censé garantir la tenue d’une présidentielle juste et transparente. Les opposants ont profité d’une plénière qui s’est déroulée le jeudi dernier pour dénoncer cette fuite en avant de la CENI. Une institution qui doit elle-même être recomposée, selon les termes de cet accord signé entre les parties prenantes au processus électoral. Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition ne cesse de le répéter au gré de ses sorties médiatiques, aucun point de l’accord politique n’a été pour le moment appliqué.
« La CENI n’est pas encore recomposée et est toujours partiale, le fichier électoral n’est pas assaini alors que l’édition des cartes d’électeurs doit débuter le 02 septembre », a déclaré Aboubacar Sylla, dans un entretien accordé à la BBC vendredi dernier. L’opposant a fait mention du point relatif à la recomposition des 128 conseils communaux, qui n’a toujours pas aussi été traduit en acte, selon lui. Cela signifierait simplement que l’opposition républicaine pourrait ne pas prendre part aux élections du 11 octobre dans de pareilles conditions, a souligné Aboubacar Sylla.
Il conviendrait de rappeler qu’au sortir de la signature de l’accord du 20 août dernier, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, l’un des ténors de l’opposition avait émis l’espoir tout comme le chef de file de cette opposition, Cellou Dalein Diallo, que cet accord soit respecté. Sidya Touré avait ensuite donné des détails portant sur les conclusions de ce fameux dialogue censé taire les divergences entre le pouvoir et l’opposition. « Sur les trois sujets de négociation que nous avons entamés depuis deux mois à savoir la question de la CENI, le fichier électoral et le problème des élections locales avant l’élection présidentielle, on est arrivé à un accord que nous venons de parapher. Et j’espère qu’il sera respecté par nos amis d’en face », avait estimé le président de l’UFR, juste après que cette convention eut été paraphée.
L’accord permet en effet à l’opposition de bénéficier de 128 communes sur la base des résultats des élections législatives de 2013, dans sa partie proportionnelle. L’opposition se voit aussi offrir deux postes vacants au sein de la CENI, à la faveur de cette signature. Pour le remplacement de deux commissaires de l’institution décédés récemment. Pour finir, les parties signataires s’accordent à assainir le fichier électoral, pour en expurger les électeurs ne remplissent pas les normes. Il s’agit notamment de mineurs enrôlés en haute Guinée, un fief du parti au pouvoir, lors de l’opération de révision des listes électorales.
Cheick Sacko, ministre de la Justice et garde des sceaux, président du cadre de dialogue inter guinéen avait juré pour sa part que cet accord serait respecté par le gouvernement. Car selon lui, il s’agit « d’un accord historique, pour un pays fragile comme la Guinée. Qui n’a certes pas connu de guerre mais qui a été confronté à des soubresauts sociopolitiques inacceptables », a-t-il rappelé. Promesse qu’il a réitérée lors d’une rencontre qu’il a eue avec les acteurs politiques le vendredi 28 août au palais du peuple, autour de l’application dudit accord.
Malgré cette promesse de Cheick Sacko, l’opposition commence à douter de la possibilité de l’application de cet accord, vu que le temps matériel semble quasiment insuffisant pour cela. Sans oublier que la CENI ne tiendrait pas compte des recommandations issues de ce dialogue. Elle qui va lancer l’impression des cartes dès ce mercredi, ce, conformément au chronogramme qu’elle s’est fixé, au grand dam de l’opposition. De quoi donner raison aux observateurs qui qualifient l’accord du 20 août comme étant une sorte d’écran de fumée destinée à occulter les manœuvres dilatoires du gouvernement, dont le but serait d’organiser un scrutin taillé à la mesure du président Condé.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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