Aliou Sow Mercredi, 26 Août 2015 15:03
Il aura fallu deux mois de travaux sur fond de tractations pour parvenir à un accord, dans le cadre du dialogue inter guinéen. Cet accord arraché au forceps, et destiné à baliser le terrain pour la tenue d’une élection présidentielle juste et transparente, sera-t-il enfin respecter par le pouvoir ? Il y a fort à craindre que ce ne soit pas le cas, vu les précédents qu’il y a déjà eus en termes d’accords, avec ce gouvernement qui a toujours roulé son opposition dans la farine.
C’est tard dans la nuit du jeudi 20 août que la mouvance présidentielle et l’opposition sont parvenues à la signature d’un accord global au terme d’un dialogue, qui avait pris à moment donné l’allure d’un monologue. Une situation de blocage qui avait amené la communauté internationale à privilégier les consultations des acteurs de manière isolée, au lieu d’un regroupement au palais du peuple qui ne contribuait qu’à envenimer les tensions.
L’effet de la rencontre entre Alpha et Sidya
C’est la rencontre entre Sidya Touré et le président de la République qui a servi de catalyseur à la signature de cet accord. C’est le moins qu’on puisse dire. Car le dialogue était bloqué. Et l’opposition avait décidé de reprendre ses manifestations de rue. Le président de l’Union des forces républicaines a réussi à travers son compte rendu de son entrevue avec Alpha Condé, à convaincre ses pairs de la nécessité de retourner autour de la table de dialogue. Au sortir de la plénière qui avait permis à Sidya Touré, mercredi dernier, de rendre compte de sa visite au palais Sékoutouréya, le porte-parole de l’opposition, Aboubacar Sylla s’était confié à la presse en ces termes : « c’est une plénière qui a commencé par le compte rendu que le président de l’UFR, Monsieur Sidya Touré, a fait de son audience avec le président de la République. Une audience au cours de laquelle ont été débattues toutes les questions d’intérêt national et particulièrement les questions liées au processus électoral et au dialogue politique ». Avant de poursuivre en disant : « nous avons tous pris bonne note des entretiens qui ont eu lieu. Nous avons enregistré les avancées intervenues, notamment en ce qui concerne les délégations spéciales et les conseils communaux. L’opposition a examiné également les différents points qui restent en suspens en ce qui concerne la conclusion éventuelle de ce dialogue. Nous avons discuté des questions liées notamment au fichier électoral. Nous avons tous relevé que ce fichier est aujourd’hui un fichier totalement corrompu. L’enrôlement de centaines de milliers de mineurs en fait un fichier taillé sur mesure qui ne peut pas servir à l’organisation d’une élection transparente aux résultats acceptables par tous les compétiteurs électoraux. Nous avons décidé de proposer des dispositions à prendre pour que ce fichier connaisse un minimum d’assainissement afin qu’il soit consolidé. Nous allons demander à ce qu’un audit de ce fichier soit réalisé pour faire en sorte que les termes de référence qui vont impliquer le comité paritaire à mettre en place pour que ce fichier reflète effectivement les réalités du terrain. »
L’opposition avait durant cette plénière insisté sur la nécessité de recomposer la CENI, dont « la neutralité et l’impartialité reposent sur l’équité de sa composition », selon Aboubacar Sylla.
Au final, l’opposition a cru en la bonne foi de la communauté internationale, à travers Ibn Chambas, le représentant spécial de Ban Ki-moon en Afrique de l’Ouest et l’implication des ambassadeurs des pays du G8, ainsi que de l’OIF, pour signer cet accord, censé sauver le pays de la dérive.
Le contenu de l’accord
Les parties prenantes au dialogue ont poursuivi les négociations tard dans la nuit du jeudi pour parvenir à cet accord qui porte sur trois points portant sur le fichier électoral, les élections communales et la CENI.
Les signataires de l’accord sont convenus de la mise en place d’une commission, sous la coordination d’experts internationaux, qui procédera à l’assainissement du fichier. Il s’agira d’extirper du fichier, les personnes indument recensées, dont les mineurs, auxquels l’opposition a fait allusion, notamment en Haute Guinée.
Le second point de l’accord porte sur les élections communales. A ce niveau, il est question de restructurer les délégations communales au prorata des résultats obtenus durant les élections législatives. En attendant les élections locales prévues en 2016. Les 128 communes dont les 38 communes urbaines et 90 communes rurales, ayant plus de 10 mille électeurs sont concernées par cette recomposition.
Sur le troisième point relatif à la refonte de la CENI, le remplacement des deux commissaires de l’institution décédés récemment échoit à l’opposition. Une maigre consolation pour l’opposition, qui ne cesse de désavouer la CENI, qu’elle considère comme étant acquise à la cause du pouvoir.
Maintenant que cet accord est signé, le plus difficile va porter sur son applicabilité. Car il existe un précédent en termes de « non-respect » des engagements pris par le pouvoir, dans le cadre de pourparlers inter guinéens. C’est le cas notamment de l’accord du 3 juillet 2013. Cet accord qui avait permis de sortir de l’impasse, dans la perspective des législatives de septembre de la même année. La mouvance présidentielle avait nié en bloc d’avoir signé un tel accord avec l’opposition. Une fuite en avant qui avait refroidi les rapports entre le pouvoir et l’opposition, et provoqué de violentes manifestations dans la cité. Malgré ce fâcheux précédent, Cellou Dalein Diallo et ses pairs ont tenu quand même à se fier une nouvelle fois aux engagements de la mouvance présidentielle. En tout état de cause, rien ne garantit que le pouvoir fera des efforts dans le cadre du respect de cet autre accord. C’est plutôt le contraire qui surprendra. Une entourloupe de la part du pouvoir ne serait que dans l’ordre normal des choses, susurre-t-on dans la cité.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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