Mamady Kéita Vendredi, 21 Août 2015 23:26
Moussa Dadis Camara n’avait toujours pas quitté la capitale burkinabè, pour Conakry, au moment où nous allions sous presse. Toutes les tentatives opérées par l’ex-chef de la junte pour regagner le bercail s’étant soldées par un échec. Derrière ces tentatives avortées, ses proches voient la main du pouvoir, qui essaierait d’empêcher Dadis de rentrer coûte que coûte en Guinée, pour présenter sa candidature à la présidentielle du 11 octobre 2015.
Papa Koly Kourouma, ancien ministre de l’Energie et de l’Environnement, proche de Dadis Camara, a déclaré sur les antennes de la radio Espace FM lundi dernier, que c’est le palais Sékoutouréya qui aurait fait pression sur le département des Affaires étrangères, afin d’empêcher l’ex-chef de la junte de retourner au bercail. Pour des motifs inavoués. Papa Koly a néanmoins promis que Dadis allait rentrer inexorablement. L’ex-chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré, aurait aussi joué un rôle dans l’échec du retour de Dadis. C’est ce que révèle le site conakryactu.com. Une information confirmée par des proches de Dadis Camara. Diendéré aurait promis de faciliter le retour de Dadis en informant les autorités ivoiriennes pour des motifs de préséance. Avant de dire finalement que les autorités ivoiriennes auraient refusé que le capitaine transite par Abidjan, durant son voyage retour.
Le refus des autorités ivoiriennes a été cependant démenti par des sources proches du ministère ivoirien de l’Intérieur. Car en tant que citoyen ressortissant de la CEDEAO, Dadis est libre de circuler partout dans cet espace, comme le prescrivent les lois en la matière. Le FPDD de Moussa Dadis Camara et le clan familial ne semblent plus avoir de doute sur « la responsabilité » des autorités guinéennes dans l’échec du retour de l’ancien président du CNDD dans son pays. Dadis paie-t-il le fait d’avoir projeté une alliance avec l’UFDG de Cellou Dalein Diallo ? Certains observateurs pensent que cette hypothèse n’est pas à écarter. Ils soupçonnent le pouvoir de vouloir bloquer Dadis au Burkina Faso, jusqu’après la tenue de la présidentielle. Craignant sans doute que sa présence ne favorise un basculement d’une importante partie de l’électorat de la Guinée Forestière vers le futur allié du FPDD. Vu que cet allié semble pour le moment être l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, d’où l’empressement du pouvoir de tuer le projet dans l’œuf.
Des populations manifestent pour son retour
Après la mobilisation de ses partisans qui s’est déroulée vendredi dernier devant les installations de l’aéroport de Conakry, où ils étaient venus accueillir selon eux, leur leader, qui ne viendra pas finalement, des populations se sont mobilisées à leur tour le dimanche 16 août, pour faire un sit-in devant le bureau de l’UNICEF. Cette foule était composée en majorité de femmes, les hommes ayant été dissuadés par la traque lancée par les forces de sécurité contre les partisans de Dadis. Madame Hélène Zogbélemou, présidente du mouvement de femmes, très actif pour le retour de Dadis Camara au pays, a expliqué à la presse que ce sit-in qui s’est poursuivi jusqu’au moment où nous mettions sous presse, est une façon pour elles d’exprimer leur colère à l’opinion nationale et internationale. Face au refus des autorités de laisser leur « fils » regagner le bercail.
Pendant que ces femmes faisaient leur sit-in à N’Zérékoré, des militaires étaient accusés de vouloir faire des intrusions dans des localités situées dans la périphérie de la ville. Il s’agit de Kerema et Taewon, où des camions militaires transportant des hommes en armes avaient été localisés par les villageois. Aucune explication officielle n’a été donnée sur la présence de ces militaires dans les environs de ces localités. Ce qui a donné lieu à toutes sortes de conjectures. Il y en a qui ont vite d’établir un lien entre ce déploiement militaire et les déclarations faites par le chef de l’Etat lors de sa visite à N’Zérékoré, il y a environ deux mois. Visite lors de laquelle, Alpha Condé avait fait mention de la présence de « rebelles » dans la forêt de Kéréma. Cette déclaration du président sera suivie de l’interpellation de quelques villageois, dont deux seront convoyés à Conakry, où ils furent détenus au PM3. Avant d’être libérés, suite à la pression des défenseurs des droits humains, et de l’emballement médiatique que cela avait entrainé.
L’affaire Dadis se corse, notamment pour ce qui concerne son retour au pays. Le pouvoir a désormais un choix cornélien à faire. Il s’agit soit d’empêcher l’ex-chef putschiste de retourner au bercail, et de s’aliéner ses partisans. Où laisser Dadis retourner au pays, quitte à ce qu’il s’allie avec le parti qu’il voudra. Concernant la rumeur qui a couru sur son interpellation et sa détention dans la garnison des commandos de Pô, Dadis a apporté un démenti à ces allégations, qui selon lui viseraient à ternir son image.
Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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