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Alpha-Sidya : le rapprochement se dessine-il ?

Moussa Traoré  Jeudi, 20 Août 2015 20:54

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TOURE_Sidya_CONDE_Alpha_17Aou2015_01Le président de l’Union des forces républicaines (UFR) Sidya Touré a été reçu au palais Sékoutouréya lundi dernier, où il a pu échanger avec le président Alpha Condé sur la crise qui entoure le processus électoral, dans l’espoir d’un dénouement heureux. Cette rencontre entre ces deux personnalités à moins de deux mois de la présidentielle, est perçue par bien des gens comme un début de rapprochement entre l’UFR et le RPG Arc-en-ciel. Cela ne saurait guère surprendre, quand on sait que Sidya Touré a pris ses distances avec Cellou Dalein Diallo, tout en se disant disposé à nouer une alliance avec le parti qui serait le mieux disant.

La rencontre entre le chef de l’Etat et le président de l’UFR aura porté officiellement sur des discussions autour des points d’achoppement entre le pouvoir et l’opposition.

Les échanges ont porté sur les questions qui divisent dans le cadre du dialogue qui a été suspendu, faute d’accord. Il s’agit de la refonte de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), de l’assainissement du fichier électoral et de la restructuration des communes.

A sa sortie d’audience, le leader de l’UFR a confié ses impressions à la presse en ces termes : « Nous avons souhaité dans le cadre du dialogue qui est en cours, échanger avec le chef de l’Etat sur les questions concernant ce dialogue-là, notamment les trois questions qui opposaient la mouvance à l’opposition. Après la visite de M. Ibn Chambas qui est en cours d’ailleurs et celle de M. le ministre Sokona de l’OIF, il y avait encore certains points de discussion qu’on souhaitait éclaircir avec le président de la République. Ce ne sont pas ces points de détail qui représentent en réalité un problème aujourd’hui. Quel que soit celui qui viendra comme chef de l’Etat à ces élections du 11 octobre, notre souhait à tous, notre vœu est que la Guinée connaisse un peu plus de stabilité et que s’établisse un consensus national qui permette de relancer le pays pour le profit de tous nos compatriotes », a déclaré le leader de l’UFR. Sidya Touré a ensuite poursuivi sa narration en disant : « donc, on peut s’accrocher à des points, à des élections qui peuvent être discutées et qui aboutiront à des résultats peut-être certes, mais qui resteront des résultats contestés. Si nous n’arrivons pas à cela, je pense que nous tous, nous aurons failli à notre devoir », a-t-il précisé.

 « L’objectif était que sur ces 3 points, nous puissions avancer. Je pense que la mouvance a fini par rallier la dernière proposition que nous avons faite sur les 128 Communes. C’était un point. Vous savez que nous avons exigé la recomposition des Communes dans les 332 circonscriptions, 38 Communes urbaines et 334 Communes rurales. Dans la mesure où nous n’avions pas d’accord par rapport à la proposition de la mouvance qui parlait de 28 Délégations spéciales, il a fallu trouver un moyen terme. Ce moyen terme est que les 38 Communes urbaines telles que proposées par l’opposition et les 90 Communes rurales, peuvent être recomposées », a-t-il indiqué.

Selon Sidya Touré, il reste maintenant « les modalités pratiques de nomination des maires que nous définirons. Ensuite nous avons parlé de la CENI, des propositions ont été faites à ce niveau aussi et des problèmes de fichier électoral qui est un problème nodal et il y a des nouvelles propositions. » Il a conclu en promettant de retourner rencontrer l’opposition pour « expliquer les avancées que nous avons notamment sur les Communes et que les possibilités sont ouvertes sur les fichiers. J’espère que s’il y a un consensus ou s’il n’y en a pas, le ministre d’Etat est là et nous aurons l’occasion de continuer à avancer. Mais c’est déjà un point en avant que nous avons obtenu et j’estime que ça valait la peine que je sois là », s’est-t-il réjoui.

Naby Youssouf Kiridi Bangoura a pour sa part rappelé qu’une telle rencontre répond au souci du chef de l’Etat d’organiser des élections transparentes et crédibles. C’est du moins ce que rapporte le gouvernement. « Je voudrais, au nom du président de la République, féliciter et remercier M. le Premier ministre Sidya Touré, président de l’UFR, qui est un homme clé, fondamental de notre vie politique depuis une quinzaine d’années et qui a bien voulu répondre à l’invitation de son frère, M. le président de la République pour ensemble évoquer les points qui restent en suspens dans le cadre du dialogue politique préparatoire de l’élection présidentielle du 11 octobre 2015 dans notre pays », a souligné Kiridi Bangoura.

Qui a ensuite ajouté que « comme il l’a si bien dit, il y a trois points qui restaient. Je crois que et l’UFR et les autres partis de l’opposition ont fait preuve de capacité de propositions. La majorité aussi a examiné ces propositions. L’équipe gouvernementale que nous sommes, sur proposition de M. le président de la République, a veillé à ce que les points de vue de plus en plus, se rapprochent. Nous ne sommes pas loin d’un accord global et définitif. Et M. le Premier ministre a parfaitement raison. Ce qui est bon dans une élection, ce n’est pas tant que ça les résultats que les uns et les autres obtiennent, c’est l’accord que nous avons sur le principe démocratique, sur la transparence et l’équité entre les acteurs politiques. »

Sidya Touré a tenu à répondre à ceux qui s’étonnent d’entendre qu’il partait à la rencontre du chef de l’Etat. C’est ainsi qu’il dira : « Je suis dans l’opposition depuis quinze ans. Si j’ai bonne mémoire, avant que d’autres n’y arrivent. Le fait de rencontrer le chef de l’Etat dans un pays pour évoquer des questions qui nous sont communes, cela va dans le sens du débat politique que nous entretenons tous. Ce qui est malheureux, c’est que d’autres visites ont eu lieu là-bas, je n’ai pas entendu de reproches », a-t-il déploré.

Cette audience accordée à l’ancien Premier ministre, à la veille d’une manifestation de l’opposition, ne fait que nourrir les suspicions sur un éventuel rapprochement entre l’UFR et le parti au pouvoir. Et quand Sidya Touré sort du palais l’air quasiment joyeux, avec la promesse de rendre compte des « avancées » obtenues dans le cadre des revendications, il y a de quoi se demander si l’opposant n’a pas mordu à l’appât d’Alpha Condé. C’est du moins ce que disent ses détracteurs, qui soupçonnent le président de l’UFR de vouloir négocier un poste de Premier ministre, après la présidentielle. Comme s’il se rendait à l’évidence que le sort est déjà jeté. Mais tout ceci n’est à prendre qu’avec des pincettes pour le moment. Seul l’avenir pourra nous édifier sur les velléités de Sidya Touré.


Moussa Traoré

L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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