Mamady Kéita Mardi, 18 Août 2015 10:17
Moussa Dadis Camara a été empêché de regagner Conakry samedi dernier par un vol qui devait transiter par la capitale ivoirienne. Ses partisans fortement mobilisés devant la plateforme aéroportuaire de Gbessia, ont dû finalement quitter les lieux la mort dans l’âme. Son entourage soupçonne des manœuvres politiciennes destinées à le bloquer à Ouagadougou, où il a déjà passé 5 ans en convalescence.
Le samedi dernier, les partisans de Moussa Dadis Camara, président du Parti des forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD) s’étaient mobilisés, pour lui réserver un accueil digne de son rang. Ayant été informés de son retour au bercail, après 5 ans passés au pays des hommes intègres, les militants et sympathisants du parti FPDD étaient donc visibles devant l’aéroport international de Gbessia de Conakry, chantant et dansant. C’était la liesse populaire. Et parmi les slogans qui étaient scandés, on pouvait entendre ceux-ci : « Dadis. Tu veux, tu ne veux pas, c’est lui », « Moussa Dadis le sauveur, on t’attend ». Des slogans qui en disent long sur l’état d’esprit de cette foule de partisans, qui tient à son leader. Des banderoles et des pancartes frappées de son effigie, étaient brandies par certains manifestants, lors de ce « cérémonial accueil ». Mais Dadis Camara ne viendra pas finalement ce jour. Et la nouvelle bien que décevante, n’a pas émoussé l’ardeur des partisans de l’ancien chef de la junte.
Abidjan aurait refusé le transit de Dadis
Faute d’un vol direct desservant la ligne Ouagadougou-Conakry, Moussa Dadis Camara devait emprunter un vol vendredi, pour transiter par Abidjan, où il devait passer la nuit, avant de rallier son pays, le lendemain par un appareil d’Air Ivoire. Mais le capitaine n’a finalement pu embarquer à bord de l’avion. Sur les raisons de l’annulation du voyage, on a appris que c’est la Côte d’Ivoire qui aurait refusé son espace aérien à Dadis Camara. Des sources proches du président du FPDD révèlent que c’est Gilbert Diendéré, ex aide de camp de l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, qui aurait contacté les autorités ivoiriennes, afin qu’elles favorisent le transit de Dadis. Mais Abidjan aurait refusé cette demande faite par Diendéré pour des raisons qu’on ignore. Les partisans de Dadis ont aussitôt vu dans cette décision une manœuvre politicienne visant à empêcher leur leader de rentrer au pays, où il doit se porter candidat à la présidentielle du 11 octobre prochain. Ils n’entendent pas céder au découragement, et menacent de recourir à des actions de désobéissance civile, si jamais le capitaine ne rentrait dans les heures qui suivent.
Dadis pas fixé sur son futur allié politique
Moussa Dadis Camara a, dans un récent entretien accordé à nos confrères de la BBC, déclaré qu’il était libre de nouer des alliances dans la perspective de la future présidentielle avec qui il voudra. Affirmant ne faire l’objet d’aucune contrainte pour ça. « L’alliance avec Cellou Dalein est une alliance d’idées. Quand je vais rentrer au pays, je suis libre d’être avec qui je veux. S’il s’agit d’un Guinéen », a indiqué Moussa Dadis Camara.
Rappelant ne nourrir aucune rancœur contre les acteurs de la scène politique actuelle. « Je n’ai pas de rancune contre les leaders politiques. En 2010, j’étais l’un des éléments qui avaient contribué à l’élection de M. Alpha Condé. Cellou Dalein Diallo est venu me voir à Ouagadougou et il est guinéen. Si j’ai soutenu M. Alpha Condé en 2010 sans contraintes, il n’est pas exclu aujourd’hui que je soutienne tous les leaders que je respecte comme Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré ou Lansana Kouyaté. Car je suis un homme qui ne connaît pas l’exclusion », a-t-souligné.
Ces propos de Dadis Camara prouvent que rien n’est encore acquis dans son projet d’alliance avec l’UFDG de Cellou Dalein Diallo. De quoi ravir ceux qui rêvent d’un rapprochement avec le leader du FPDD, dans la perspective du scrutin présidentiel. Car l’ancien putschiste jouirait d’une certaine popularité chez les populations de la zone forestière. Une région qui constitue un vivier électoral. Avec cette sortie de Dadis, ceux qui le trouvent « imprévisible » n’ont pas tout à fait tort. A moins qu’il ne cherche à ménager les susceptibilités des uns et des autres, vu le tollé suscité par la révélation de son projet d’alliance avec Cellou Dalein Diallo. Une nouvelle qui a mis le pouvoir dans tous ses états. Et qui serait aujourd’hui sans doute la source de ses déboires, dans sa tentative de regagner le bercail.
Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
![]()