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Affaire BSGR : ce qu’il faut retenir du séjour des enquêteurs suisses en Guinée

Mamady I Condé  Mercredi, 29 Juillet 2015 23:35

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MASCOTTO_Claudio_01La Guinée n’a pourtant pas de convention judiciaire avec la Suisse, pour qu’un magistrat suisse puisse venir interroger des personnalités du pays qui ont géré la Guinée de 2005 en 2010. Mais, il est vrai, les faits sont têtus.

L’équipe dirigée par le procureur suisse Claudio Mascotto, a séjourné durant la semaine du 6 au 12 juillet à Conakry. L’homme veut s’assurer des conditions d’octroi des permis à BSGR sur le Simandou. En clair, il s’agissait pour lui de voir si les commis de l’État guinéen qui sont les ministres et Premiers ministres, secrétaires généraux et directeurs nationaux n’ont pas été soudoyés par la société BSGR lors de l’attribution des permis sur les blocs 1 et 2 de Simandou.

 Comme le procureur suisse avait déjà entendu la version de M. Steinmetz, le patron de BSGR, en octobre 2013, son avocat genevois Me Marc Bonnant estime donc qu’il n’y a rien à craindre. D’ailleurs, BSGR a publié un communiqué dans lequel on lit : « la société est heureuse que l’enquête suisse progresse après un long retard, et que le processus juridique internationalement reconnu est la transparence », avant de mentionner que « les actifs miniers de BSGR en Guinée, ont été expropriés illégalement ».

 
L’enquête proprement dite

En entamant l’enquête suisse à Conakry, le procureur veut savoir s’il y a eu corruption d’agents étrangers et comment tout cela a été concocté. Donc, sur le terrain, il a pu recueillir des témoignages écrits et oraux pouvant l’aider à comprendre de fond en comble la réalité afin de contribuer à la manifestation de la vérité sur cette affaire.

Selon nos informations, le séjour du procureur suisse n’a pas été de tout repos. Il a notamment pu entendre Dr Ahmed Tidiane Souaré, ministre des Mines et de la Géologie en 2006 et Premier ministre en 2008, Jean Marie Doré, Premier ministre en 2010, des anciens ministres des Mines et de la Géologie dont Dr Lounceiny Nabé, actuel gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), ainsi que plusieurs secrétaires généraux du ministère des Mines et des cadres du comité interministériel ayant assisté aux travaux de l’élaboration de la convention de base de BSGR sur Zogota. Au finish, à en croire nos sources, l’on est très loin de l’infraction dite de corruption dans ce dossier BSGR, où certains cadres n’ont fait que condamner la façon dont BSGR a fait sa joint-venture avec la brésilienne Vale.

C’est donc connu, la Guinée n’avait aucun intérêt d’aller contre BSGR sur cette qualification de corruption. Ce procès qu’ils font à BSGR n’est pas nouveau pour les observateurs avertis de l’actualité minière guinéenne. Mais comme tout finit par se savoir, tous ces actes sont à mettre dans le registre de la « collaboration » voire de la calomnie dont le seul but est d’être en parfaite harmonie avec le discours officiel du moment. Ou bien d’éviter de s’attirer la colère de la hiérarchie administrative.

En tout cas, ce show de Conakry aura aussi permis au procureur suisse de connaitre l’histoire de Simandou au point que certains observateurs s’accordent à soutenir que s’il y a procès, Rio Tinto sera beaucoup plus embêtée que BSGR dans ce dossier Simandou. Bien que les médias étrangers, pour la plupart, aient toujours fait croire à l’opinion publique que si Rio Tinto a perdu ces blocs avant l’avènement du régime d’Alpha Condé, c’est par usage de corruption.

Mais, si aucune des personnes interrogées n’affirme avoir été corrompue, la marge de manœuvres du procureur sera orientée directement sur les détails contre dame Mamadie, qui se fait passer pour l’épouse de l’ancien président, le général Lansana Conté.


Après la Guinée, les États-Unis ?

Puisque celle-ci, dans sa démarche, avait reconnu avoir été corrompue et que le président Conté lui, n’a jamais bénéficié de quelques avantages que ce soit de la part de BSGR. L’enquête suisse pourrait étendre ses tentacules au pays de l’Oncle Sam. Là, le procureur aura la version de dame Mamadie sur sa confirmation de corruption. Et, toujours avec elle, il se procurerait la liste des ministres, Premiers ministres et cadres de l’administration publique avec lesquels dame Mamadie a eu à collaborer dans la corruption, avant qu’elle ne passe en confrontation en procès correctionnel.


Le mode opératoire des enquêteurs

Vous avez dit enquête judiciaire, voyons ! En mai 2013, des enquêteurs venus des États-Unis, autrement appelés agents du FBI, ont utilisé des voitures et les locaux de leur ambassade à Conakry. Comparaison n’est pas raison certes, mais il est à souligner que le mode opératoire suisse est étrangement différent de celui des Yankees.

Les faits sont têtus. Durant leur séjour en terre guinéenne entre les 6 et 12 juillet 2015, les enquêteurs suisses se déplaçaient à bord de voitures Toyota de couleur noire de la présidence de la République de Guinée. A l’hôtel de l’Indépendance de Conakry, c’est le ministre de la Justice Cheick Sacko et certains de ses collaborateurs qui étaient présents avec eux au dîner de ce jeudi 9 juillet.

Oui, donc ! Les observateurs se demandent bien l’opportunité d’une telle façon de procéder quand bien même il n’y a pas de convention judiciaire connue entre la Guinée et la Suisse. Le ministre Cheick Sacko, s’est bien exprimé en peu de mots sur ce sujet dans la presse en ligne. Il a notamment affirmé que le procureur suisse n’a pas été invité par la Guinée et qu’il appréciera les résultats de son enquête à Conakry.

Et puis, actualité oblige, pour quelle raison évidente, Sékoutouréya tient-il à tout prix à cette manière pour mieux maquiller la vente aux enchères des blocs de BSGR à quelques mois de la présidentielle du 11 octobre ? Pour quelle urgence, actionne-t-il la machine judiciaire de la sorte si son empressement ne trouvait pas un fondement dans sa volonté de mettre en vente les blocs 1 et 2 de Simandou sans qu’aucune infraction reprochée à BSGR ne soit prouvée ? Naturellement, sans aucune décision judiciaire indépendante, tout marché conclu sera vicié et risqué.


Mamady I Condé

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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