Samedi, 08 Octobre 2011 11:06
Décidément, s'il y a un pays africain qui doit bénéficier d'un trophée en matière de cacophonie institutionnelle, c'est bien la Guinée. La CENI nous a montré l'amère expérience à l'entre-deux-tours de la présidentielle, avec son président importé du Mali. C'était au lendemain du décès de Ben Sékou Sylla. Aujourd'hui, le même scénario se présente (malheureusement) à la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG). Là, deux patrons se disputent chaudement le fauteuil lâché par Hadja Rabiatou Serah Diallo, sur fond de guéguerre médiatique, de politisation du débat, de recours aux marabouts et de surenchère ethnique. D'un côté, le camarade Amadou Diallo clame haut et fort qu'il est le maître des lieux et refuse de céder les locaux de la Bourse du Travail, au motif qu'il est démocratiquement élu. De l'autre, le camarade Yamoussa Touré gouverne à partir du studio de la RTG. L'élection de l'un s'est faite le samedi 24 septembre au terme du congrès syndical à 20 heures. Celle de l'autre le lundi 26 après expiration du congrès. Mais c'est quoi le fond du problème ? En vérité, il faut dire que tout est problème d'interprétation, de légitimité et de légalité.
Le camp d'Amadou Diallo accuse son adversaire de rouler pour le pouvoir et d'avoir battu sa campagne électorale avec les moyens de l'Etat. Pour renforcer son argumentaire, il parle même d'ingérence du gouvernement dans les actions syndicales. Pour preuve ? Son élection n'a pas été diffusée par la RTG, alors que Yamoussa Touré en fait un outil de propagande. Pour Amadou Diallo, il est victime de son appartenance ethnique. Pis, il accuse Yamoussa Touré d'être élu en dehors des dates réglementaires (du 22 au 24 septembre 2011) : « En conséquence, toute autre élection organisée au nom de la CNTG, comme celle de Yamoussa Touré et son équipe en dehors des dates réglementaires, est pour la classe ouvrière guinéenne nulle et de nul effet », lit-on dans sa déclaration. Par contre, pour le camp de Yamoussa Touré, son challenger s'est fait élire en violation des textes. Parce que sa fonction d'inspecteur général du ministre des transports ne rime pas avec la fonction du secrétaire général de la CNTG. Pis, la relecture de tous les textes n'a pas été faite lors du congrès syndical. Le camp de Diallo a déjà informé le Bureau International du Travail de l'ingérence des autorités dans les affaires syndicales. Le pouvoir qui veut caporaliser toutes les institutions avait donné le ton, en demandant au mois de mai 2011 la fusion de toutes les centrales syndicales pour bénéficier de la subvention. La question est de savoir maintenant qui prendra le dessus.
Attention aux guerres des chefs à la Bourse de Travail !
Focus Observateur Guinée