Aliou Sow Lundi, 13 Juillet 2015 18:48
La soudaine accélération de l’instruction du dossier relatif au massacre du 28 septembre donnant lieu à l’inculpation de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara et de 15 autres personnes, prouve l’envie que nourrit désormais la justice guinéenne de boucler la procédure d’enquête, pour enfin organiser le procès. Une précipitation qui ne rassure pas certains observateurs qui craignent que tous les sacrifices consentis par les victimes ne débouchent finalement qu’àe sur un procès bâclé, dont le seul but serait de régler des comptes.
L’inculpation de l’ancien chef de la junte militaire Moussa Dadis Camara mercredi par une commission rogatoire au tribunal de Grande instance de Ouagadougou au Burkina Faso pour « complicité d’assassinats, de séquestration, de viols, de coups et blessures contre des manifestants le 28 septembre 2009 » continue de susciter des réactions chez les victimes et dans les milieux politiques guinéens, où la passion se le dispute parfois à la raison.
Comme il fallait s’y attendre au sein du parti des Forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD), cette mise en examen de son président constitue « un coup dur », alors que celui-ci entend briguer la présidence le 11 octobre prochain.
Maxime Monémou, porte-parole de cette formation politique s’est exprimé sur les antennes d’une radio locale au lendemain de cette mise en examen, et a affirmé qu’au sein des Forces patriotiques pour la démocratie et le développement c’est la « sérénité qui règne, ce malgré l’inculpation de Moussa Dadis Camara dans le dossier du 28 septembre ».
Maxime Monémou émet le souhait que son mentor va s’en sortir à l’issue d’un procès juste et équitable. Et que Moussa Dadis Camara « est prêt à se présenter devant des juridictions compétentes du pays ».
Une autre réaction et non des moindres est celle du chef de file de l’opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo, qui pense à une « instrumentalisation de la justice à des fins politiques », dans cette affaire.
Pour Dalein qui a confié ses impressions à RFI, « depuis que Dadis a décidé de s’engager en politique, et a décidé de nouer une alliance avec l‘UFDG, son parti, on assisterait à une instrumentalisation de la justice à des fins politiques ».
Tout en se disant avoir « toujours lutté contre l’impunité, l’opposant constate que les choses se sont accélérées curieusement et la mission des juges qui est partie à Ouagadougou a été envoyée par les autorités du pays pour inculper Dadis », selon lui.
Pour finir, Asmaou Diallo, président de l’Association des victimes du 28 septembre, qualifie cette inculpation « d’avancée majeure ». Cette femme qui se bat pour la manifestation de la vérité dans ce dossier depuis près de 6 ans affirme que « tous ceux qui ont appartenu au gouvernement du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), au moment des faits, devraient en principe répondre devant les juridictions compétentes dans ce dossier ».
A noter que les événements du 28 septembre s’étaient produits lors d’un meeting de l’opposition qui avait réuni ses militants dans le grand stade de Conakry pour protester contre une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle.
Maintenant que la machine judiciaire a atteint sa vitesse de croisière avec l’inculpation de Dadis Camara, il y a lieu de se demander qui sera le prochain sur la liste dans cette opération de mise en examen. Quand on sait qu’aussi bien des hommes en uniforme que des civils ont leur mot à dire sur ce qui s’est passé ce jour-là. La justice guinéenne a intérêt à ne pas brûler les étapes, pour ne pas se retrouver avec des gens dont les têtes ne plairaient pas au pouvoir en place à la barre, dans une affaire aussi délicate. Vu que de nombreuses voix commencent à s’élever pour accuser le président Alpha Condé en personne de tirer les ficelles dans le traitement de ce dossier. Ce qui fait craindre la tenue à court terme d’un procès bâclé. Même si Cheick Sacko rassure que la justice est suffisamment responsable pour ne pas se prêter à un tel jeu. Appelant les citoyens à faire confiance à leur justice, notamment au pool de juges chargés d’instruire cette affaire des tueries du 28 septembre.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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