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Visite de Fatou Bensouda en Guinée : les leçons à tirer

Alsény Fadiga   Mardi, 07 Juillet 2015 18:19

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BENSOUDA_Fatou_2_01La visite de la procureure de la CPI en Guinée a été marquée par des échanges avec les autorités guinéennes et les victimes des événements du 28 septembre 2009. Fatou Bensouda a quitté Conakry samedi dernier après avoir donné une conférence de presse, au cours de laquelle elle est revenue sur les objectifs de son séjour en Guinée.


« Je suis venue faire le point sur l’enquête judiciaire concernant les crimes du 28 septembre 2009 »

« Je tiens tout d’abord à remercier son Excellence, le président de la République de Guinée, Monsieur le prof Alpha Condé et le ministre de la Justice et garde des sceaux Cheick Sacko pour l’invitation qu’ils m’ont adressée depuis plusieurs mois déjà à me rendre de nouveau en Guinée », a introduit la procureure dans une déclaration faite lors de cette conférence de presse.

Puis d’ajouter : « Je voudrais souligner l’accueil et la qualité fournie à mon Bureau par les autorités guinéennes au cours des six dernières années. Depuis l’ouverture de l’examen préliminaire par le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), quelques semaines à peine après les événements horribles du 28 septembre 2009, mon Bureau a effectué onze visites en Guinée. La dernière datant du mois de mai de cette année. Cette visite est ma quatrième à titre personnel. »

Elle a ensuite situé le but de son voyage en Guinée. « Quel en est le but ? Tout d’abord, je suis venue faire le point sur l’enquête judiciaire concernant les crimes du 28 septembre 2009 menée par les autorités guinéennes conformément à leur obligation première de poursuivre et de juger les auteurs de crimes relevant de la compétence de la CPI. Je suis aussi venue m’informer de la possibilité de tenir un procès d’assises dans un délai raisonnable. »


Des progrès importants et encourageants dans l’enquête…

« A cet égard, j’ai rencontré hier et aujourd’hui (vendredi et samedi, NDLR) les autorités guinéennes, les magistrats en charge du dossier, des représentants de la communauté internationale, de la société civile, et les victimes. A l’issue de ces rencontres, j’ai constaté des progrès importants et encourageants dans l’enquête conduite par le pool des juges d’instruction. De nombreuses personnalités de haut rang ont été inculpées, des centaines de victimes ainsi que des témoins clés ont été auditionnés », reconnaît-elle.

Elle a ensuite poursuivi en disant « je tiens à rendre hommage à la persévérance et la dignité des victimes, et tout particulièrement des victimes de violences sexuelles, qui jouent un rôle déterminant dans l’avancement de ce dossier. Elles attendent depuis six longues années que justice soit faite, que justice soit rendue. »

Pour la procureure de la CPI, « dans ce processus, il faut reconnaître le soutien des autorités guinéennes, et du ministre de la Justice en particulier, au travail des juges d’instruction. Les juges ont reçu des moyens supplémentaires pour exécuter leur mandat en toute indépendance, malgré des défis majeurs comme la crise d’Ebola qui a touché le pays. »


Il faut absolument éviter que de nouveaux crimes soient commis

« Le deuxième objectif de ma visite découle du mandat préventif de mon Bureau. Il faut absolument éviter que de nouveaux crimes soient commis, quelles que soient la situation, les circonstances. Nous savons que la violence peut surgir à l’occasion d’élections. Comme je l’ai fait en 2010, j’appelle tous les acteurs politiques guinéens à s’assurer que les élections se déroulent dans le calme et que leurs partisans s’abstiennent de toute violence. J’ai confiance que ce message sera entendu par tous les Guinéens et je continuerai à suivre la situation de près. Dans les mois qui viennent, la Guinée, conformément à son statut d’Etat partie à la Cour pénale internationale, peut et doit démontrer sa volonté et sa capacité à lutter activement contre l’impunité et le recours à la violence », a conclu Mme Bensouda.


Le ministre Cheick Sacko se défend

 Le ministre Cheick Sacko a pour sa part indiqué que « dans n’importe quel pays, quand il y a un tel type d’événements qui se passent, il y a des responsabilités dont on ne peut pas se démarquer. Dans ce pays il faut qu’on ait le courage de dire certaines choses, selon lui. »

Sur la question de l’incapacité de la justice guinéenne à gérer le dossier du 28 septembre, le ministre a répondu en ces termes : « La Guinée est signataire du Traité de Rome. Donc on a un lien juridique avec la CPI. On aurait évité que la CPI vienne chez nous de temps en temps, si elle vient chez nous, c’est qu’à un moment donné dans l’histoire de ce pays, les Guinéens ont été capables de commettre des crimes aussi odieux, inacceptables, qu’on qualifie de crimes contre l’humanité. A partir de là quand on pose ce constat il faut assumer, il se trouve que dans l’histoire de ce pays, je suis ministre de la Justice actuellement après moi il y aura d’autres personnes, je suis là, je tombe sur la gestion d’un dossier de crime contre l’humanité, il faudrait donc l’assumer », a-t-il expliqué.


Un panel d’avocats a été consulté à New York

Dans son intervention lors de cette conférence de presse, le ministre de Justice a ensuite souligné ceci : « à côté du travail de la CPI, je profite pour rappeler qu’un communiqué conjoint a été signé entre les Nations Unies et le gouvernement guinéen où le gouvernement a demandé l’aide des Nations Unies pour résoudre ce problème de crime contre l’humanité qu’est ce dossier du 28 septembre 2009, et suite à ce communiqué un panel d’avocats a été consulté à New York. Les pays d’Afrique sont souvent incapables de gérer un pareil dossier, il ne faut pas avoir honte de le dire parce que c’est un dossier qui est lourd et qui touche la Guinée où il y a eu 157 personnes tuées. Après on dit qu’au ministère de la Justice il y a des ratés, ça c’est tout fait vrai. »


Le 28 septembre, un dossier gravissime pour notre pays

« Il était important que Madame Bensouda tienne cette conférence de presse pour répondre un certain nombre de questions concernant justement la particularité de ce dossier du 28 septembre 2009 qui est un dossier gravissime pour notre pays et sur lequel le Gouvernement guinéen par le biais du ministère de la Justice et les trois juges d’instructions ont travaillé pour essayer de mener à bien pour que la procédure d’instruction se termine le plutôt que possible et qu’on s’achemine vers un jugement que tous les Guinéens attendent, afin que ceux qui seraient retenus dans le lien de la culpabilité puissent répondre devant la loi et que les victimes soient également satisfaites du travail que la justice va faire », a conclu Cheick Sacko.

Ce voyage de la procureure a permis de comprendre les avancées enregistrées dans l’instruction du dossier relatif au massacre du 28 septembre. Avec l’engagement des autorités guinéennes de pouvoir tenir le procès dans un délai raisonnable, afin de faire la lumière sur cette affaire. A la grande satisfaction des proches des victimes et de tous les défenseurs des causes justes.


Alsény Fadiga
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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