Mamady Kéita Jeudi, 23 Avril 2015 20:25
L’opposition est dans la rue ce jeudi, comme prévu, et cette fois la manifestation pourrait s’étendre à tout le pays. Les esprits avaient commencé à s’échauffer dans les deux camps la veille, et le pire est à craindre dans ce cycle infernal de manifestations suivies de répression, qui est en train de devenir le quotidien des Guinéens.
La manifestation prévue ce jeudi est une suite logique des actes de désobéissance civile que l’opposition a décidé de lancer pour se faire entendre. Face au refus du gouvernement d’entendre raison, Cellou Dalein Diallo et ses pairs voudraient mettre ainsi la pression sur le pouvoir, afin qu’il puisse lâcher du lest. Ce jeudi les choses pourraient prendre une nouvelle forme, avec l’extension de la manifestation à toutes les provinces intérieures. Pour ce qui est de la marche du lundi dernier, la mobilisation était au rendez-vous dans certains quartiers de la capitale. Et comme en pareils cas, les forces de maintien d’ordre étaient là elles aussi, pour mater les manifestants. Le président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, était très amer lundi dernier, après la tentative d’incursion d’individus qui seraient à la solde de la mouvance présidentielle dans l’enceinte du siège de son parti situé à Matam. Ces gens qui étaient protégés par des services de police avaient pris à partie des militants de l’UFR, selon le parti. Néanmoins, Sidya Touré se dit satisfait de la marche qui visait à marquer le désaveu de l’opposition avec la Commission électorale nationale indépendante (CENI). « La manifestation s’est bien passée parce que la ville a été complètement paralysée. Nous nous rendons compte qu’au-delà des manifestants, les Guinéens eux-mêmes ont adhéré à ce mot d’ordre. Et cela nous permettra, le jeudi prochain, d’avoir des résultats plus spectaculaires parce que l’intérieur du pays sera concerné », a déclaré le leader de l’UFR à la presse.
L’opposant a aussi profité de l’occasion pour dénoncer les manœuvres des services de police qui se seraient attaqués au siège de son parti. Il parle « de propagande ». Et dit sans détour que « ce sont les agents de la police qui sont venus jeter des gaz lacrymogènes à l’intérieur du siège. Cela était fait le lundi passé (le 13 avril, (NDLR) et ils l’ont fait ce lundi (20 avril, NDLR) encore.»
Le président de l’UFR menace de saisir les autorités judiciaires contre la police et l’Etat guinéen.
Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a regretté le comportement des services de sécurité lors de la manifestation de lundi dernier. Vu que ceux-ci ont empêché l’opposition de marcher sur la CENI, comme le prévoyait le programme fixé par Dalein et ses pairs.
« Vous avez vu l’arsenal qui a été dressé sur le chemin du président de l’UFDG, accompagné de certains leaders. Parce que les uns voulaient tirer sur notre cortège, les autres ont dit que ce n’est pas possible. De tout ça vous avez été les témoins oculaires », a-t-il fait remarquer.
Le ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques, Kalifa Gassama Diaby a sillonné à son tour quelques quartiers de la capitale, pour tenter d’apaiser les esprits. Il a rappelé à cette occasion que « toute victime doit être respectée sans parti-pris. Qu’elle soit du côté des manifestants tout comme parmi les forces de l’ordre. » Pour le ministre des Libertés publiques, le jour où on parviendra à respecter les familles des victimes, personne ne parlera plus de manifestation pacifique.
Il a ensuite indiqué qu’il est temps que les Guinéens se retrouvent entre frères et sœurs, malgré nos désaccords, pour que le pays aille de l’avant.
Gassama a par ailleurs déploré que la situation sur le terrain soit assez inquiétante. « Les populations ont peur. Elles sont terrées chez elles et les voies publiques sont abandonnées à la violence. C’est vraiment préoccupant pour le pays », a d’emblée déploré le ministre des Droits humains. Puis d’inviter la classe politique à privilégier la voie d’un dialogue constructif.
Le ministre a prévenu que si l’on y prend garde, « un jour, nous nous retrouverons au Palais du peuple, pour signer un accord, alors que la société d’en bas est profondément divisée.» Pour lui, il est temps d’éviter que « les fractures sociales s’agrandissent ».
Ce cri du cœur de Kalifa Gassama Diaby est partagé par certains observateurs conscients du danger qui guette la Guinée. Un pays que l’autisme des dirigeants pourrait conduire tout droit vers le précipice. A moins que la communauté internationale ne se porte de nouveau au chevet de notre pays. Comme elle l’avait fait durant la période de l’entre deux tours de la présidentielle de 2010. Et dans le cadre des préparatifs des élections législatives. Vu que la classe politique n’est d’accord que sur son désaccord.
Il y a à se demander d’ailleurs à qui profiterait cette chienlit dans laquelle la Guinée est plongée. Car si le pouvoir condamne les manifestations et accuse l’opposition de velléités de déstabilisation, dans son discours qui prend parfois des allures de « chantage au coup d’Etat », rien n’est fait pour éviter de telles situations dramatiques.
Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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