Aliou Sow Jeudi, 09 Avril 2015 20:11
Cellou Dalein Diallo commence à rêver d’une victoire lors de la prochaine présidentielle, s’inspirant de ce qui vient de se passer au Nigeria où Muhamadou Buhari a battu le président sortant Goodluck Jonathan dans un scrutin qui s’annonçait très serré. Dans un entretien accordé à des confrères, Dalein fait preuve d’assurance, quant à ses capacités à devenir le futur locataire du palais Sékoutouréya.
Sur sa réaction suite à l’élection de Muhamadou Buhari au poste de président du Nigéria en remplacement de Good Luck Jonathan, Cellou Dalein Diallo, l’opposant fait preuve de satisfaction. « D’abord je me réjouis de la victoire de Mahamadou Buhari qui est une victoire pour le Nigeria et pour l’Afrique parce que c’est un homme qui a la réputation d’être rigoureux pour son combat farouche contre la corruption et je pense qu’il pourra faire face aux défis auxquels est confronté le Nigéria. En plus, en tant que chef de file de l’opposition guinéenne, naturellement je me réjouis de la victoire de celui que l’on pourrait appeler mon collègue. Cela signifie pour les Guinéens que c’est possible d’obtenir l’alternance et de gagner contre le président sortant (Alpha Condé, Ndlr). Ce n’est pas la première fois, on en voit de nos jours un peu partout en Afrique, des précédents de cette nature, comme au Sénégal, en Côte-d’Ivoire et maintenant au Nigéria. Ce pays est l’une des puissances économiques sur le continent », a souligné Cellou Dalein Diallo. Avant d’ajouter : « cet exemple peut inspirer les autres pays. Si la lutte est menée dans les mêmes conditions et la même détermination dans l’opposition guinéenne, je pense qu’il n’y a aucun doute quant à la victoire de l’opposition lors de la prochaine élection présidentielle en 2015. »
Interrogé sur les facteurs qui auraient contribué à la victoire de l’opposition nigériane lors de cette élection présidentielle, le président de l’UFDG donne ses impressions. « Je pense qu’il y a tout d’abord la qualité de l’homme, et des circonstances particulières qui prévalent en ce moment au Nigéria. C’est un général, un militaire rigoureux, ferme, et ensuite il y a eu l’unité de l’opposition qui a été un facteur déterminant. Mais si l’unité s’est faite autour de lui c’est en raison d’abord de son poids électoral, mais aussi de ses qualités et de son leadership que les gens ont eu l’avantage de découvrir lorsqu’il est arrivé au pouvoir dans les années 80, même si c’est à la suite d’un putsch, il avait fait preuve de rigueur dans la gestion surtout contre la corruption. Aujourd’hui on estime que cette corruption mine le Nigéria, sans parler de l’insécurité. On pense aussi qu’il était le candidat le mieux placé. Ceci dit, s’il n’y avait pas eu cette unité de l’opposition les chances de la victoire auraient été minces », a justifié Dalein.
Sur la possibilité d’un tel scénario en Guinée lors du vote de 2015, l’opposant répond : « C’est souhaitable ! Si on veut l’alternance, on doit mener le combat pour réunir les conditions d’une élection transparente parce qu’il ne sert à rien d’aller unis ou désunis à une mascarade électorale comme celle qu’Alpha Condé veut organiser ». Avant de poursuivre son argumentaire en ces termes : « on doit s’organiser et se battre pour exiger que les conditions d’une élection libre et transparente soient réunies, ensuite cette unité doit continuer pour la conquête du pouvoir mais aussi pour la gestion du pays ».
Le leader de l’UFDG s’est aussi prononcé dans cet entretien sur la démarche de la société civile, qui l’aurait rencontré dans le cadre d’une médiation. « Ils étaient venus nous rencontrer pour que nous leur donnions lecture de la crise politique qui existe aujourd’hui en République de Guinée et surtout avoir des informations sur les positions de l’opposition par rapport au processus électoral afin, disent-il, de réunir les informations électorales et de voir éventuellement quelles positions prendre. Ils sont dans une série de consultations », explique Dalein.
Pour ce qui est de la possibilité d’une « unité d’actions » entre l’opposition et la société civile, Cellou Dalein Diallo rappelle que « nous sommes dans une situation où les fondements même de la République sont menacés. Lorsque la loi et la Constitution sont violées, l’insécurité est galopante, lorsque la misère s’est aggravée, il y a lieu que les forces vives de la Nation se retrouvent pour voir quelles solutions apporter à cette descente aux enfers et à cette remise en cause des acquis démocratiques et des fondements de l’Etat de droit», dit-il.
Les discours de plus en plus musclés du chef de file de l’opposition commencent à susciter diverses interprétations.
Et Dalein se défend : « lorsqu’Alpha Condé dit qu’il gagne au premier tour, vous ne dites rien, mais lorsqu’on dit qu’il partira en 2015 (…). Eh bien cette année c’est celle des élections (…). Si nous nous battons pour obtenir les conditions d’une bonne élection il n’y a pas de raison qu’Alpha Condé se maintienne au pouvoir. Vous savez bien que les Guinéens sont vraiment déçus de cette gouvernance, la majorité croupit dans une misère insoutenable, le chômage se fait du fait des politiques et des pratiques de ce gouvernement. Donc les gens sont décidés pour obtenir l’alternance. Nous constatons cela d’ailleurs dans les états-majors de nos partis politiques, dans les quartiers et un peu partout. Chaque fois nous enregistrons des adhérents venus du RPG (parti au pouvoir, Ndlr) dans l’enthousiasme de la victoire qui se disent être aujourd’hui déçus. »
L’opposant d’ajouter qu’ils iront dans leurs actions « jusqu’à la satisfaction de leurs revendications légitimes. »
Pour cela il exige « le respect des accords, de la constitution et des lois de la République. Ces lois ont été violées, les accords du 03 juillet 2013 l’ont aussi été, le consensus obtenu à l’issue du dialogue de juillet 2014 a été violé, le code des collectivités mis au déni. Ecoutez, l’on ne peut pas continuer à vivre comme ça alors que notre ambition est de bâtir un Etat de droit respectueux des principes et des règles démocratiques mais aussi des lois de la République », a-t-il lancé.
Sur la réouverture du dialogue comme souhaité par le ministre de la Justice Cheick Sacko, il prétend que « l’un des points d’accords de ce dialogue, c’était l’organisation des communales avant la fin de l’année 2014. Aujourd’hui si l’on signe cela, quelle pourrait être la valeur ou le sens d’une telle signature ? », se demande Dalein.
En guise de conclusion, le président de l’UFDG lance un appel à ses militants en ces termes : « je demande aux militants de l’UFDG, de l’opposition et de façon générale à tout le peuple de Guinée épris de paix, de démocratie et de justice, de se mobiliser pour exiger le respect de nos lois et des engagements pris pour que nous puissions obtenir une élection libre et transparente en 2015. Si toutes ces conditions sont réunies, je suis convaincu qu’on aura l’alternance et le changement souhaité par le peuple de Guinée. »
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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