Aliou Sow Jeudi, 26 Mars 2015 19:04
Le fait d’avoir salué vivement la publication du chronogramme électoral lors de sa visite à Conakry en début de semaine, alors que celui-ci est l’objet de controverse, a amené certains opposants à émettre des doutes sur la partialité de Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie dans le processus électoral guinéen. Certains observateurs se demandent si Michaëlle Jean n’a pas procédé à une lecture décalée de la situation politique guinéenne, en réagissant ainsi, par simple méconnaissance du climat délétère qui règne en ce moment dans le pays autour de ce chronogramme.
Au sortir de l’audience que lui a accordée le président Alpha Condé lundi dernier, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie a réagi devant la presse présidentielle en ces termes : « il y a une vraie vision et je me réjouis du calendrier électoral qui permet au pays d’aller au scrutin dans un climat apaisé, l’OIF est partie prenante, c’est un enjeu qui nous tient à cœur ». Les médias d’Etat n’ont pas tardé à passer en boucle cette réaction sur fond de commentaire du genre Michaëlle Jean « salue le nouveau processus électoral depuis la fixation de la prochaine consultation électorale présidentielle proposée pour le 11 octobre 2015 ». Un tel soutien ne peut qu’être de taille vu le contexte dans lequel il intervient. Avec une opposition qui a carrément annoncé son retrait des institutions républicaines, comme l’Assemblée nationale et la CENI, en réaction à ce chronogramme électoral, qui selon elle a été dictée par le président Alpha Condé.
Il faut dire qu’au sein de l’opposition, cette sortie de Michaëlle Jean a été perçue comme du parti-pris de la part de la patronne de la Francophonie. C’est ainsi qu’un des responsables de l’Union des forces démocratiques (UFD), Dr Korsé Baldé, a profité d’une émission interactive sur une radio locale pour dénoncer ce qui ressemblerait à un coup de pouce au président Alpha Condé, dans ce bras de fer qui l’oppose à l’opposition autour du chronogramme électoral. Idem pour Bah Oury, vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) qui, à partir de la France où il vit en exil depuis les événements liés à l’attaque de la résidence du président Condé survenue en 2011, se demande si la Francophonie joue franc-jeu dans le processus électoral guinéen. Ou si la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie a été simplement piégée par le pouvoir, qui lui aurait fait miroiter que tout va pour le mieux en Guinée, en termes d’élection.
Si tel était le cas, il y a lieu de dire que Michaëlle Jean s’est laissé aller dans des appréciations, sans véritablement mieux cerner la question relative à ce chronogramme électoral, qui ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Elle a dû certainement apprendre la réalité des choses, avant de quitter la Guinée, vu qu’elle a pu rencontrer les acteurs politiques de la mouvance et ceux de l’opposition.
Selon Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition, qui était à cette réunion qui s’est déroulée mardi, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie « a dit que les Guinéens doivent se retrouver pour dialoguer. Elle a promis de nous accompagner mais il n’y a pas eu d’initiative prise de la part de l’OIF pour faciliter un dialogue quelconque, pour aussitôt venir nous aider dans le cadre de la mise en place de ce dialogue, ni de perspectives de sortie de crise. »
Il conviendrait de noter aussi que Michaëlle Jean a lors de son séjour en terre guinéenne tenu à souligner que sa visite avait pour but de « traduire leur engagement total pour le soutien à la démocratie en Afrique et en République de Guinée, à la promotion de la femme. Je suis ravie d’être ici après avoir souvent reçu nos frères guinéens à Paris ». Elle a fait preuve d’optimisme face à la riposte contre le virus Ebola dans la sous-région en ces termes : « Sur la crise Ebola, je salue toutes les actions conjointes entre les pays touchés par la crise, Sierra Leone, Liberia et Guinée, et l’engagement de la communauté internationale. Une fois la pandémie maitrisée, nous allons œuvrer ensemble pour une nouvelle stratégie économique en Guinée et renforcer l’intégration régionale africaine en cours. »
A propos des rapports de la Guinée avec la Francophonie, il faut rappeler que c’est un de ses cadres, en l’occurrence le Malien Toumany Sangaré, qui avait été porté à la tête de la CENI pour conduire le deuxième tour de la présidentielle de 2010. La crispation politique qui avait prévalu autour de la tenue de ce scrutin avait contraint les Guinéens à accepter cette proposition de la communauté internationale. Mais au final, le camp de Cellou Dalein Diallo, qui a été surpris de perdre le second tour, après une large victoire lors du premier tour du vote, avait émis des réserves sur le rôle de la Francophonie dans le processus électoral. Le tour de force réussit par son challenger Alpha Condé avait suscité des soupçons vu les accointances de ce dernier avec Abdou Diouf, Secrétaire général de l’OIF au moment des faits.
D’où ce manque de confiance de certains opposants à l’endroit de cette institution, soupçonnée de fausser parfois le jeu.
Aliou Sow
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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