Mamady Kéita Jeudi, 26 Mars 2015 18:42
Trois des principaux leaders de l’opposition, à savoir Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, ont signé une déclaration dans laquelle ils affirment clairement que le président « Alpha Condé perd toute légitimité pour présider encore aux destinées de la Guinée. Et que son maintien au pouvoir constituerait une grave menace pour la paix et l’unité de la Guinée et la stabilité de la sous-région ». Face à cette posture de contestation de l’autorité d’Alpha Condé adoptée par l’opposition, qui dit s’atteler dès maintenant « à l’élaboration d’un programme commun de gouvernement », peut-on s’attendre à ce que le chef de l’Etat lâche du lest ?
La réunion qui a regroupé trois des ténors de l’opposition à Paris le week-end dernier s’est achevée par une déclaration au contenu très corsé. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté rappellent pour commencer que dans une déclaration du 6 mars 2015, l’opposition républicaine avait mis en garde les autorités gouvernementales et la CENI contre l’organisation de l’élection présidentielle avant les élections communales et communautaires. Relevant le fait qu’agir ainsi serait « contraire aux dispositions de la loi et de l’accord politique du 03 juillet ». Mais vu l’entêtement de la CENI à publier un chronogramme électoral fixant l’élection présidentielle pour le 11 octobre 2015 et les élections communales à la fin du premier trimestre 2016, l’opposition républicaine a décidé de « la suspension de la participation des députés de l’opposition aux activités de l’Assemblée Nationale et la non-reconnaissance de la CENI ». Les autres mesures prises sur le vif par l’opposition concernent « la contestation ouverte des délégations spéciales et autres chefs de quartier illégalement installés par le pouvoir et la reprise des manifestations citoyennes pour exiger la satisfaction des revendications légitimes de l’opposition républicaine ».
C’est dans cette foulée que s’est tenue la réunion de Paris, dont les participants sont arrivés au constat selon lequel « la gouvernance d’Alpha Condé s’est illustrée depuis son installation comme Chef de l’État guinéen par un mépris total de l’autorité de la loi et une violation systématique des dispositifs de la Constitution fondant les principes de l’État de droit ». Ils se sont fondés pour ce faire sur les points suivants : « la déclaration de ses biens et patrimoines, la démission officielle de son poste de président du RPG, la délivrance du message annuel de l’Etat de la nation, l’installation de la Haute Cour de Justice et les mises en place de la Cour constitutionnelle et de la Cour des comptes ne sont pas effectives tout au long du mandat présidentiel ». L’opposition regrette que rien de tout celà n’ait été appliqué par le président Condé.
Cellou Dalein Diallo et ses pairs rappellent également que « les violations répétées du code électoral et le refus d’organiser, selon les dates et les périodes les scrutins à tous les niveaux tel que fixé par la Constitution ont abouti à une défiance totale de la population vis-à-vis des consultations électives ». Ils affirment que « l’État guinéen est à ce jour en butte à plusieurs contentieux juridiques devant des juridictions internationales du fait des violations de l’article 13 relatif au code foncier et domanial, notamment en ce qui concerne la protection du droit de la propriété foncière et la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique ». Ceci par la faute des gouvernants.
L’autre grief retenu contre le chef de l’État serait d’après les opposants « une grave forfaiture commise en modifiant, en violation des dispositions de la Constitution et du principe de la séparation des pouvoirs, la loi organique portant composition, organisation et fonctionnement de l’Institution nationale indépendante des droits humains (INIDH). Au regard de la loi, ceci constitue un acte de haute trahison. »
Last but not least, l’opposition pointe du doigt « des violations récurrentes des droits de l’homme sur l’ensemble du territoire avec les assassinats de manifestants pacifiques et les tueries massives en Guinée Forestière qui ont créé un climat d’insécurité généralisé. Vu que des cadres de l’administration, de la société civile et des responsables politiques sont lâchement assassinés sans qu’aucune lumière ne soit faite sur ces crimes. Et que tous les responsables de ces crimes bénéficient d’une impunité totale. »
Au regard de ce qui précède, les trois opposants déclarent dans des termes assez clairs qu’Alpha Condé « perd toute légitimité pour présider encore aux destinées de la Guinée. Son maintien au pouvoir constituerait une grave menace pour la paix et l’unité de la Guinée et la stabilité de la sous-région. »
L’opposition précise qu’elle va « s’atteler dès maintenant à l’élaboration d’un programme commun de gouvernement ».
Après la sortie musclée de ces trois leaders politiques qui s’est faite à partir des rives de la Seine, l’opinion attend la réaction du président Alpha Condé. Quand on sait qu’il lui revient d’entériner le chronogramme électoral proposé par la CENI. Même si le chef de l’Etat aime souvent se défausser sur cette institution, qui a été à la base de nombreuses tensions sociopolitiques depuis 2010. La CENI étant une institution dont l’indépendance est sujette à des doutes aux yeux de bien des gens, y compris au sein de la classe politique.
Le président Alpha Condé est perçu par ses adversaires politiques comme étant le véritable maître du jeu, voire le marionnettiste qui, en sous-main, tire les ficelles dans le fonctionnement de la CENI. Vrai ou faux ? De toute évidence, il revient au président de trouver un terrain d’entente avec son opposition afin d’éviter que le pays ne bascule dans de nouvelles violences.
Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu