Mamady Kéita Mardi, 24 Mars 2015 11:24
Trois des principaux leaders de l’opposition sont réunis à Paris pour passer en revue la situation sociopolitique du pays, après la publication du chronogramme électoral controversé par la Commission électorale nationale indépendante. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, respectivement président de l’UFDG, du PEDN et de l’UFR vont profiter de ce conclave pour décider sans doute de l’attitude à adopter vis-à-vis du pouvoir, sur les questions clés relatives à l’alternance, à la candidature unique et au chronogramme électoral.
Après la publication du chronogramme électoral fixant la présidentielle avant les élections communales et communautaires, l’opposition a vu rouge. Et a du coup pris des mesures de rétorsion, qui sont entre autres la suspension de sa participation aux travaux de l’Assemblée nationale, la non reconnaissance des délégations spéciales et le retrait de sa confiance à la CENI. Une série de décisions qui sera suivie de l’organisation prochaine de manifestations de rue, pour protester contre cette inversion de l’ordre des élections qu’elle impute au pouvoir. C’est dans cette foulée, que Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, respectivement président de l’UFDG, du PEDN et de l’UFR ont décidé de se retrouver à Paris, pour examiner ensemble cette situation qui risque de déboucher sur des violences interethniques.
Cette réunion qui a débuté au moment où nous mettions sous presse va certainement s’articuler sur des points dont l’alternance politique, la candidature unique et le chronogramme électoral. Concernant le dernier point, l’opposition est unanime à s’opposer à la tenue de la présidentielle avant les locales, et parle d’un processus électoral « biaisé ». Lansana Kouyaté, président du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), qui séjourne à Paris depuis des semaines, n’y est pas allé du dos de la cuillère dans sa réaction portant sur ce calendrier électoral. Répondant à nos confrères de guineenews, Kouyaté a dit que « tout vient de là-haut et je dirais même du haut du haut… », pour ce qui est des décisions prises au niveau de la CENI. « C’est l’injonction du président de la République, comme il sait le faire dans toutes les institutions. Ce n’est en rien différent des ordres qu’il donne à l’Assemblée ou encore à la Cour suprême », selon Kouyaté. Qui ajoute que « c’est le pouvoir unique. C’est la pensée unique, si pensée il y a d’ailleurs. La CENI vient de donner un chronogramme qui n’a d’autre objectif que répondre aux désidératas du président qui a fait injonction et qui a renversé l’ordre initialement prévu par la CENI. C’est cela la vérité », a soutenu l’opposant.
Pour ce qui est de l’alternance politique, l’opposition pense qu’il est temps que ce régime, accusé de nombreuses dérives tant sur le plan électoral que sur la gestion des deniers publics, avec la gabegie financière dont la plupart de ses cadres se sont rendus coupables, sans que le président Condé ne daigne les inquiéter, en usant de la procédure en la matière, prenne fin. Pour cela, elle compte sur des élections justes et crédibles, en étant une opposition « responsable », comme elle aime le clamer sur tous les toits. Raison de plus pour Cellou Dalein Diallo et ses pairs d’insister sur la bonne tenue des différents scrutins prévus cette année en Guinée. Car la CENI chargée de cette mission ne semble plus inspirer confiance aux acteurs politiques.
Last but not least, à Paris, la candidature unique de l’opposition sera abordée par le trio. Une question qui divise déjà les deux principaux ténors de l’opposition, à savoir Dalein et Sidya. Tant que persistera cette guerre des égos au sein de l’opposition, le pouvoir aura une longueur d’avance sur l’opposition, dans la course à la présidentielle.
Ceci est un avis partagé par certains observateurs, qui pensent qu’une opposition divisée ne pourrait que servir les intérêts du président Alpha Condé.
En tout état de cause, on peut dire sans risque de se tromper que des conclusions qui seront issues du conclave de Paris, dépendra l’avenir politique de la Guinée.
Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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