Mamady Kéita Mardi, 03 Mars 2015 17:07
La réunion de crise tenue par l’opposition républicaine vendredi dernier a été une occasion pour insister sur le respect de l’ordre préétabli du chronogramme électoral, qui voudrait que les communales et communautaires se déroulent avant la présidentielle. Ce que le pouvoir a voulu intervertir au grand dam de l’opposition.
La question du chronogramme électoral est en train de raviver les tensions entre le pouvoir et l’opposition républicaine. C’est le moins qu’on puisse écrire suite aux révélations de l’opposition selon lesquelles, le pouvoir aurait l’intention de modifier le chronogramme électoral, en contraignant la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à organiser la présidentielle avant les communales et les communautaires. A l’issue de cette réunion qui s’est déroulée au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition, a déclaré à la presse le motif de cette rencontre en ces termes : « l’opposition s’est retrouvée pour réagir par rapport aux informations crédibles qui nous sont parvenues comme quoi le président de la République a enjoint à la CENI de faire l’impasse sur les élections communales pour préparer directement les élections présidentielles. Donc, nous avons tenu à réaffirmer notre opposition totale à un tel chronogramme », a indiqué l’opposant. Avant de poursuivre en ces termes « par conséquent, nous exigerons par tous les moyens la tenue des élections communales avant l’élection présidentielle. Nous l’exigerons par tous les moyens légaux dont nous disposons. Nous allons prendre des mesures la semaine à venir. Nous vous dirons la ligne de conduite à tenir pour exiger les deux élections. Nous nous opposerons au maintien des délégations spéciales, à la nomination des élus locaux. Le pouvoir veut maintenir ces agents pour faciliter les élections truquées et la mascarade électorale. »
Dans ce bras de fer qui tend à se durcir, Cellou Dalein Diallo et ses pairs viennent de lancer une motion de défiance vis-à-vis des délégations communales. Ces délégations ayant dépassé le délai légal requis dans leur fonctionnement. Sans oublier le fait qu’elles soient composées essentiellement de militants du parti au pouvoir. Ce qui est loin de rassurer l’opposition, qui y voit de potentiels éléments dont la mission sera de favoriser la fraude électorale.
L’opposition a invité la CENI à publier au plus tôt le calendrier des élections, ce avant le 15 mars.
L’un de ceux qui se fait prévaloir du titre de porte-parole de la mouvance présidentielle, Dr Saliou Bella Diallo, a réagi à ces révélations de l’opposition : « Au lieu de menacer, j’invite l’opposition à fournir les preuves dont elle dispose. Personnellement, au sein de la mouvance présidentielle, nous n’avons pas eu de telles informations. Nous ne l’avons pas appris par voie officielle. Et mieux, nous n’avons pas été saisis par un communiqué…», a-t-il indiqué. Puis d’ajouter « nous n’avons aucun scenario envisagé. Nous savons que les élections sont convoquées par un décret présidentiel, qu’elles soient communales ou présidentielles. Jusqu’à date, je n’ai appris la publication d’un décret fixant la date des élections. Et avant ce décret, la Commission électorale doit saisir les partis politiques pour faire le point de la situation. C’est après ces discussions que nous tombons d’accord sur le calendrier des élections. Tout ce que la mouvance sait est que 2015 est une grande année électorale. Les élections communales sont attendues et les présidentielles aussi. »
Tout porte à croire que l’opposition n’a pas tort de penser que le pouvoir voudrait bien se passer des élections locales au profit de la présidentielle, à l’allure où vont les choses. Cette volonté de faire une impasse sur les locales s’expliquerait par le fait que le gouvernement n’a pas la possibilité d’organiser les deux scrutins pour cette année 2015. Il pourrait y avoir aussi le dessein de tenir la présidentielle avant, pour qu’une fois que le professeur Alpha Condé aura rempilé, les communales et communautaires ne constituent pour lui qu’un bonus. Des velléités que l’opposition entend étouffer, pendant qu’il est temps.
Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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