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Menace de mort : pourquoi veut-on en finir avec Ousmane Gaoual ?

Thierno Fodé Sow  Dimanche, 22 Février 2015 15:18

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DIALLO_Ousmane_UFDG_2_01On a fini de régler le compte au chef de la section motard de l’UFDG. La Justice n’a pas bronché. On a enchainé avec Thierno Aliou Diaouné. On s’attend aux résultats de l’enquête. Aujourd’hui, on appelle au suivant. Et c’est un député du parti de Dalein Diallo qui est visé. Il a pour nom : Ousmane Gaoual Diallo. Connu et reconnu pour ses sorties rigides qui dérangent le pouvoir, l’homme est aujourd’hui pris pour cible par les snipers du moment. Voici pourquoi on veut en finir avec Ousmane Gaoual Diallo.


Il y a peu en effet, suite à l’assassinat de Thierno Aliou Diaouné, alors qu’il rentrait chez lui, Ousmane Gaoual Diallo dénonce une « insécurité entretenue » par le pouvoir. Il appelle de fait à une révolte contre cette insécurité qui n’épargne visiblement personne. « Les Guinéens doivent impérativement se révolter contre cette insécurité volontairement entretenue dans notre pays. Révoltez-vous contre l'assassinat de Mme Boiro, d’Amadou Oury, de Diaouné et des 60 victimes de l'opposition. »

Quelques jours plus tôt, dans une tribune, le député tançait Alpha Condé : « Rappelez-vous, c'est lui qui contestait l'existence d'Ebola, qui tapait sur les ONG. Finalement, il est devenu porte-parole dans la lutte anti-Ebola. Il dit une chose le matin et fait le contraire le soir. Il a habitué les Guinéens à ces prouesses, c'est malheureux. Quand il avait annoncé son intention de financer entièrement les élections, nous étions à l'Assemblée nationale mais nous savions qu'on avait un gap financier à combler de plus de quatre mille milliards de francs. Donc, entendre le président dire qu'il va financer les élections, on savait que c'était intenable surtout que nos Etats sont sous surveillance du FMI et de la Banque mondiale. » Pour conclure, Ousmane Gaoual Diallo tranche : « C'est un effet d'annonce. » Ousmane Gaoual ne se limite pas à ça. Il a évoqué les promesses non tenues du président : « Le président avait promis le sac de riz à 25 mille GNF, il avait promis le courant et l'eau, il avait promis des routes bitumées et la baisse du coût de la vie, il avait promis de rajeunir et de féminiser son gouvernement, il avait promis la gratuité de la césarienne, il avait promis un ordinateur par étudiant, il avait promis de rattraper le retard de la Guinée en cinquante ans, il avait promis d'être à la fois Mandela et Obama. »

Avec la même fougue, il a toujours répondu à ses envahisseurs. Comme Alhassane Condé, ministre de la Décentralisation, à propos notamment de la nomination tribaliste qui prévaut dans cet autre département. « Alhassane Condé représente exactement la pensée négative du président de la République. Il s’est montré abject, incompétent et incongru. Il y a un ministère qu’il faut absolument contrôler. C’est le ministère de l’Administration du territoire. A bon escient, nous allons y penser. Vous savez que ce ministère est composé de neuf cadres importants. Mais sept sont des Condé issus de la région du ministre de l’Administration du territoire. S’il n’y a que dans sa région, dans sa préfecture qu’on peut trouver sept cadres et les aligner, c’est une véritable condécratie. »

Avant cette sortie, le député voulait trimbaler ce ministre devant les tribunaux pour avoir accusé l’UFDG de n’être pas en règle. Il n’en fallait pas plus pour s’attirer l’ire d’Ousmane qui qualifie au passage, le ministre « d’alcoolique invétéré ». Et de marteler « S’il nous insulte, on va l’insulter. Désormais, on va répondre au coup par coup. Je ne pense pas qu’il mérite quelque respect que ce soit. Si on n’était dans un pays de droit, on n’aurait pas eu besoin de répondre aux injures du ministre de l’Administration du territoire. Mais on a maintes fois déposé des plaintes au niveau de la justice, sans suite. » Ministres de la République dites-vous ? Ousmane sait les malmener. Kerfalla Yansané en sait quelque chose, lors d’un de ses passages au Parlement. Une occasion où Kerfalla Yansané a tenu à préciser qu’il accepte d’emblée que les députés l’accusent de « mauvaise gestion », mais, pas de « malversation ». De toute évidence, Ousmane Gaoual Diallo, qui a soulevé les questions qui fâchent, entend édifier les générations futures sur la gestion de nos vieux pères aujourd’hui en fonction. Il reste que, « c’est une accusation très grave. J’espère que l’honorable député qui a prononcé ce mot, pèse très bien l’impact de ce mot. La malversation, c’est pénal. Je pense qu’à mon âge, je n’ai plus rien à prouver pour ce pays. Je suis revenu travailler pour ce pays, pas parce que j’en ai besoin, mais parce qu’on me l’a demandé. J’ai accepté par devoir pour mon pays. J’ai été chargé, au départ, pour des questions de gouvernance pour l’ensemble du continent africain. Donc ce n’est pas un petit village qui peut me poser des problèmes. »

Cheickh Sacko, le Gardes des Sceaux a eu lui aussi sa dose. Aujourd’hui, c’est le tour du ministre de la Justice de se révéler RPGiste absolu. Ce ministre a en effet adressé un courrier au président de l'Assemblée nationale. L’objectif est tout simplement de corriger l’impénitent député de Gaoual pour avoir fait des déclarations dérangeantes. Pour Ousmane Gaoual Diallo, un ministre de la République n’a pas le pouvoir de donner des instructions à un président de l’Assemblée nationale. Tout ce que ce ministre peut, « c'est ouvrir une information judiciaire mais il n'a pas d'injonction à donner à l'Assemblée nationale. Les seules mesures disciplinaires, c'est pendant les séances plénières. Là, le président peut expulser un député, retirer la parole. Mais à part ça, il n'y a aucune mesure disciplinaire sur un député, il n'y a pas de subordination. Damaro m’en veut parce que je dénonce ses manigances. C'est lui qui négocie tout, les salaires, les marchés, il a dit que c'est lui a qui a négocié les marchés des véhicules, destinés aux députés. »

Inoxydable, pointu et sarcastique, Ousmane a eu maille à partir avec le vieux crocodile de l’UPG : « Jean-Marie Doré c’est quelqu’un qui n’a pas de respect. Je l’ai entendu dernièrement me traiter d’un vocabulaire animalier. Mais je pense qu’aujourd’hui, c’est lui qui se met à terre. Parce qu’il montre encore une fois qu’il n’a pas conscience des problèmes qui pèsent sur lui. Moi je connais ce bonhomme. Il faut le dire clairement, Jean-Marie Doré qui se vante d’être fils de ceci ou de cela, qui m’a traité d’être mal né, c’est lui quand même dont le père a été condamné à l’île de Fotoba par les colons pour acte d’anthropophagie, parce qu’il consommait des cadavres humains. C’est une histoire qui est connue. » Doré a eu la maladresse de dire que : « Les bœufs ne représentent aucune valeur dans l’économie de la région forestière. Il faut mettre en garde les éleveurs. » Cela suite à un conflit qui a éclaté entre éleveurs et agriculteurs dans la sous-préfecture de Kassadou, à Guéckédou. L’UFDG voit en cette déclaration, une façon de l’honorable Doré de vouloir dresser une communauté contre une autre. C’est pourquoi Ousmane Gaoual Diallo, élu uninominal de l’UFDG à Gaoual, qui crie à la « haine communautaire », a violemment réagi. « Je suis personnellement très choqué des propos de Jean-Marie Doré qui n’en est pas à sa première sortie haineuse contre une communauté. Et je pense qu’il fait partie des gens qui sont en train d’attiser dans notre pays la haine communautaire et de pousser les communautés les unes contre les autres. Mais c’est un coutumier des faits. Ses propos sont outrageants, condamnables, et méprisables pour quelqu’un qui veut être un homme d’Etat », a déclaré l’honorable Ousmane Gaoual Diallo.

La vie au Parlement n’est pas laissée en compte par Ousmane Gaoual. Après la loi de finances rectificative 2014, il identifie un vote délictueux. De l’avis d’Ousmane Gaoual, « à l’entame, l’appel nominal a donné 84 députés présents. Mais, au vote, il a été dit que 57 députés ont voté Pour et 37 ont voté Contre ! Ce qui donne 94 voix sur les 84 députés présents, alors qu’il n’y a eu aucun vote par procuration annoncé. Ce ne sont pas les huissiers qui devraient compter qui l’ont fait ! Ce sont des militants du RPG qui ont compté. »

Militants et responsables du RPG. Ils connaissent le grand tribun de l’UFGD. Surtout Lansana Komara : « Avec leur aboyeur : le fameux « Pr » Lansana Komara. Ce personnage est resté égal à lui-même : pédant, vulgaire et foncièrement ethnocentriste. Qu'un « professeur » soit critique, c'est tout à fait normal. Mais que son vocabulaire soit si pauvre est impardonnable. Au-delà du pédantisme dont il fait preuve sans modération, c'est surtout la vacuité de ses propos qui étonne. Les injures dont il fait usage sans vergogne (excusez-moi de lui emprunter du vocabulaire) lui servent d’arguments ; ce qui ne permet pas de comprendre les motifs de son courroux. »

C’est l’entrée que sert Ousmane Gaoual Diallo, à Lansana Komara du RPG dont les récentes sorties étaient loin d’être tendres vis-à-vis de l’UFDG et de ceux qui la composent. Dans une tribune du reste très virulente, à travers laquelle on reconnait son auteur – Ousmane Gaoual Diallo – l’honorable du parti de Dalein s’occupe proprement de Lansana Komara. Le cloporte de Jean-Marie Doré grille : « M. Lansana Komara est un « professeur » qui en dehors de son impolitesse (encore des excuses) ne sait même pas construire un texte compréhensible. Je plains ses étudiants qui doivent l'écouter à longueur d'année et surtout ceux qui risquent de le prendre en exemple. »

Bref, la vie de la nation, la gestion d’Alpha Condé, agacent Ousmane Gaoual. C’est qui lui fait conclure : « Je me demande en quoi les électeurs vont donner un nouveau bail au président actuel. Tout son bilan est négatif et rejeté par la communauté nationale avec la déchirure du tissu social, sur fond de violences politiques qui se sont aggravées avec plus de 850 morts en quatre ans, dont soixante morts dans les manifestations à Conakry, 1 200 arrestations, 3 700 blessés et plus de 60 milliards de destructions de biens de privés. Pour toutes ces raisons, Alpha sera en retraite en octobre prochain. » 

Avec toutes ces sorties rigides, il y a bien lieu de trouver les réelles motivations des snipers à éliminer physiquement ce député remuant. Sauf qu’il précise que cette situation « ne va pas me distraire et me faire changer ma détermination à faire en sorte qu'Alpha Condé ne soit plus président de la République au soir des prochaines élections. Qu'ils me menacent ou me tuent, ça ne changera rien à la volonté du peuple de Guinée de prendre une autre direction ». Avant d’ajouter : « Les Guinéens sont fatigués de vivre sous la terreur, dans un régime autocratique. La Guinée doit changer de président car celui qui tient le gouvernail de la nation n'est pas à la hauteur de notre aspiration à la paix, à l'unité pour une Guinée fraternelle et prospère. » La bataille est engagée. Et Ousmane Gaoual prend très au sérieux les menaces dont il fait l’objet.


Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu


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