Mory Diakité Samedi, 07 Février 2015 00:08
L’association fondée par Kerfalla Person Camara, KPC, PDG du groupe GuiCoPress, a remis l’autre semaine un don de vingt mille cahiers aux enfants orphelins d’Ebola. KPC dit répondre à l’appel de la nation pour une mobilisation générale contre Ebola. A son actif, cette association a également réuni une dizaine d’artistes internationaux pour la production d’œuvres musicales payantes, sans compter les dons en matériels. Tout cela aurait été bien, si l’argent engagé était bien celui de KPC.
Autrement dit, la Guinée a-t-elle besoin de ce genre de cadeaux empoisonnés, étant donné que le donateur s’est enrichi de manière illégale, très rapidement, en détroussant le contribuable guinéen ?
Pour rappel, KPC, l’homme qui avait été épinglé en 2010 par la liste « noire » de l’Union européenne, après les massacres du 28 septembre 2009, s’est rapidement enrichi pendant la Transition, en déjouant toutes les règles de transparence en matière d’affaires. Cloué au pilori par l’Union européenne, il lui a fallu se battre bec et ongles pour débloquer ses comptes au Luxembourg et en France, et aussi pour redorer son blason auprès de ses fournisseurs occidentaux.
A l’époque, Jeune Afrique, le magazine panafricain, avait estimé que l’ensemble des contrats, des marchés de gré à gré, des combines que KPC avait tissés avec la junte, dépassait largement 73 millions d’euros. Soit 500 milliards de francs guinéens, banalement ramassés par le quadragénaire pour la seule prétendue reconstruction des casernes. Un coup de poker inespéré pour un KPC qui n’était guère connu du public avant l’arrivée de cette junte au pouvoir.
On peut alors estimer qu’il en a profité pour se «gaver» des deux mains et pour garnir ses comptes en banque, en participant au pillage des deniers publics.
Jeune Afrique avait ironisé sur les ostensibles prises de parole de ce kleptocrate qui sort de l’ordinaire : « Mon chiffre d’affaires est estimé à des milliers de milliards de francs guinéens », s’est-il vanté, selon le journal panafricain. Or, selon l’opinion nationale et internationale, il ne connaît rien à la construction. Il ne doit son succès qu’à ses liens avec Sékouba Konaté, lequel lui donne les marchés et partage avec lui les bénéfices.
De nos jours, KPC continue sur cette lancée, toujours à la quête de marchés juteux, surfacturés à souhait, comme la route qu’il bitume du côté de Sonfonia, surévaluée à 6 millions de dollars le kilomètre, selon un député guinéen, contre seulement 1 million de dollars (prix officiel). Soit un taux de surfacturation de 500%. Quel culot !
Alors ! Qu’on annonce qu’un tel kleptocrate a donné 20 000 cahiers à des orphelins, alors que l’argent mal acquis qu’il gère aurait plutôt servi à construire toute une fabrique de papier, au bénéfice de tout le pays, c’est vraiment saisissant. Dans pareil cas, notre pays n’a pas besoin de cadeaux empoisonnés du genre de ceux offerts par KPC. Au lieu de donner des feuillets à ces orphelins, rends-leur leur argent.
Mory Diakité
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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