Thierno Fodé Sow Mardi, 03 Février 2015 23:59
L’annonce d’Alpha Condé de vouloir organiser seul les élections présidentielles et locales sans aide extérieure avait provoqué une vive levée de boucliers de la part de l’opposition républicaine. Quelques semaines seulement après cette vraie-fausse annonce, c’est le rétropédalage du gouvernement. Mais que cache vraiment ce désistement ?
Le climat économique et politique ne se prêtait vraiment pas à l’option qu’a voulu prendre Alpha Condé, au nom nous dit-on d’une prétendue souveraineté. Les opposants coriaces, un à un, avaient dénoncé « le débat de façade » du gouvernement. Sidya Touré, lui part de la chose économique pour démonter le choix du président de la République : « N’oubliez pas que la Guinée a connu un taux de croissance en 2013 avant Ebola de 2% alors que dans l’environnement, le Libéria a eu 8%, la Côte d’Ivoire a eu près de 10% et la Sierra Léone a eu 14%. Nous en étions à 2%. Nous avons un déficit budgétaire qui est connu, je me demande quelle est la raison qui pourrait pousser à refuser une aide extérieure, si ce n’est pour organiser des élections à la soviétique où personne ne viendrait regarder ce qui s’y passe. »
Allez donc savoir comment la Guinée pourrait organiser ses propres élections. Avec un budget de 500 milliards GNF – soit plus de 300 milliards GNF pour la présidentielle contre 150 milliards GNF pour les locales – la CENI, entend ramer seule. Sans aides extérieures. Cette seule lecture suffisait pour dissuader Alpha Condé qui a « pris l’argent d’Ebola, a signé le onzième FED et il demande de l’aide pour construire des infrastructures, et maintenant il bombe le torse, brandit la souveraineté, il dit non à l’argent des élections, c’est même contradictoire et honteux », tance Fodé Oussou Fofana.
De l’avis d’Aboubacar Sylla, « le gouvernement parle des questions de souveraineté. Nous pensons que c’est un débat de façade. Car l’implication de la communauté internationale dans le processus électoral lui donne un droit de regard et c’est ce que le gouvernement ne veut pas. Nous sommes déjà à un budget qui est en déficit. Nous sommes en train de rechercher des compléments de financement pour mettre en œuvre d’autres programmes de développement dans ce pays. Comment on peut s’affranchir de l’aide de la communauté internationale surtout quand c’est elle qui nous la propose ? » La majorité n’est pas de cet avis. Amadou Damaro Camara, lui, estime que « la communauté internationale peut être à tous les niveaux, mais nous finançons nous-mêmes les élections. S’il s’agit d’avoir un regard, elle peut regarder. (…) la Guinée n’a pas refusé la supervision des élections par la communauté internationale. On peut envoyer des observateurs de Conakry à Yomou. »
Pendant ce temps, des négociations sous-marines étaient en cours. Elles accouchent des résultats : rétropédalage du gouvernement. Contre toute attente. Un communiqué de la Présidence de la République en fait foi. Nous vous en donnons un extrait : « Selon le principe de souveraineté, un Etat doit être capable de financer ses élections. Toutefois, étant donné les réalités financières, liées au coût de la lutte contre Ebola et au lourd impact de l’épidémie sur notre économie, la Guinée a d’ores et déjà adhéré, le 20 décembre 2014, au principe d’appui financier de l’Union européenne dans le cadre du processus électoral. La Guinée continue à étudier avec ses partenaires internationaux, tous les appuis financiers et techniques permettant d’assurer des élections libres et transparentes ».
Comme on le voit donc, en désespoir de cause, le gouvernement plie et ravale ses crachats. De quoi donner de l’eau aux moulins de l’opposition républicaine, à qui il revient de capitaliser cette marche arrière d’Alpha Condé dont les manœuvres sous-marines ne manquent point.
Thierno Fodé Sow
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