Thierno Fodé Sow Lundi, 29 Décembre 2014 17:22
Les cabinets de soins médicaux poussent de terre comme des champignons à Conakry et à l’intérieur du pays. Tous ou presque sont flanqués de pancartes indiquant souvent en rouge entre autres : petite chirurgie, gynécologie obstétrique, laboratoire biomédical. Ou encore, une simple croix rouge, du reste volée. Bien de ces cabinets ou de ce qui y ressemble donnent le tournis aux spécialistes qui aiment vraiment la médecine. Pour l’essentiel, ils constituent une réelle menace pour la santé publique. Immersion dans un secteur où la blouse blanche, orange ou verte est littéralement souillée par des pratiquants à la formation académique somme toute sommaire.
Aucun périmètre de la capitale Conakry n’échappe à la floraison de ces cabinets, parfois bien contagieux, souvent rétrécis, crasseux, obscurs et noyés dans la poussière. Les poubelles, s’il y en a, ne reflètent que ceux qui se font passer comme des vertueux de la blouse blanche, des chantres du serment d’Hippocrate.
Un petit tour de Kagbélin à Hamdallaye rond-point nous a permis de nous rendre compte que nombreux cabinets de soins médicaux ne sont qu’un réceptacle du laisser-faire. Le tout facilité par le libéralisme sauvage mis en route depuis le discours programme du 22 décembre 1985. Ce n’est quand même pas une raison pour n’importe qui de faire du n’importe quoi, surtout en matière de santé publique. Or, la randonnée qu’on s’est amusé de faire mercredi et jeudi derniers nous a confortés dans notre conviction : notre système de santé est malade, bien malade. De ses hommes et de ses structures. Ni le cadre de la pratique du métier de médecin, ni la vertu qui devrait être reconnue à celui-ci, encore moins la qualité des pratiquants n’assurent le moindre novice du métier.
On a rencontré des jeunes étudiants de la 3e année de Médecine de l’Université de Conakry, des stagiaires en fin de cycle de l’école de santé primaire, des étudiants en pharmacie, des ingénieurs agronomes qui se réclament laborantins, sans labo. Des pharmaciens par accident. Et plus curieusement, des pratiquants de la médecine sans jamais être passés dans une école. Les faits et gestes parlent d’eux-mêmes. De manière éhontée. La main sur le palpitant, on savait qu’il y a vraiment du laisser-faire dans le système de santé en Guinée mais pas avec autant de désordre. Certains justifient cette cohue médicale par le taux élevé du chômage en Guinée et la désespérance des diplômés sans… formation qualifiante donc sans emploi. De l’avis d’une assistante dentaire rencontrée sur les hauteurs de Symbaya, « nous jeunes n’avons pas trop de choix. Quand on est en classe, on ne pense que comment faire le stage. Une fois celui-ci trouvé, on rêve comment trouver une chute dans les lieux où on a effectué le stage. Il se trouve que certains propriétaires de cabinet s’en foutent de nous, pas d’orientations, pas de travail confié. On est abandonnés au gré de l’humeur des patrons. C’est pourquoi, parmi nous, hélas, la formation est loin de répondre au besoin… »
Cet aveu d’impuissance en dit long sur le reste de l’autre meute de pratiquants de la médecine au sein de certains cabinets dits de soins médicaux. Selon des indiscrétions, il arrive très souvent que des fautes médicales soient commises dans ses réceptacles du laisser-faire. Et, témoigne un jeune pharmacien, « on prend attache avec nos patrons qui sont à Donka ou à Ignace Deen pour qu’ils nous aident à réparer l’erreur commise ». C’est souvent avec les petites chirurgies ou de la gynécologie obstétricale. Les témoignages donnent la chair de poule. « On plaint ceux qui viennent dans des cabinets de fortune », peste un accompagnateur d’un patient qui subissait une perfusion au balcon d’un cabinet insalubre infesté de mouches.
Comme si cela ne suffisait pas, là-bas, tout le monde prescrit des ordonnances. Et parfois le patient débouté est contraint de s’approvisionner en produits sur les mêmes lieux. C’est-à-dire que c’est le prescripteur lui-même qui fait le pharmacien. Le reste c’est entre les mains de Dieu, quoi ! Loin de vouloir restreindre la liberté d’entreprendre, il y a pour autant lieu de bien revoir ce qui se passe dans certains cabinets dits de soins médicaux. Car, après tout, des chambres à coucher sont parfois muées de jour et une partie de la nuit en hôpital de fortune pour certaines personnes se réclamant de la corporation de la médecine. Allez-y le savoir, là-bas, l’avortement des jeunes filles, des femmes au foyer ayant piqué une grossesse extra conjugales, femmes et filles mères interrompent leurs grossesses comme bon leur semble. Une véritable menace de santé publique. Du n’importe quoi en somme qui devrait interpeller, on l’a dit, le gouvernement dans son ensemble afin de sauver la population des risques de menace qui guettent la santé publique. Le président Alpha Condé, lui, a donné le ton lors des états généraux de la Santé. Mais ceci est une autre histoire. Aujourd’hui on attend des actes et des mesures pour vraiment mettre sous perfusion un système de santé suffisamment malade, cancérisé et disons-le tout net, en phase terminale.
C’est maintenant ou jamais, en attendant d’éplucher, dans nos prochaines éditions, le cadre juridique et réglementaire qui régit les cabinets de soins médicaux !
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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