Cabinets de soins médicaux : une menace pour la santé publique ?

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laboratoire_medical_Guinee_01Les cabinets de soins médicaux poussent de terre comme des champignons à Conakry et à l’intérieur du pays. Tous ou presque sont flanqués de pancartes indiquant souvent en rouge entre autres : petite chirurgie, gynécologie obstétrique, laboratoire biomédical. Ou encore, une simple croix rouge, du reste volée. Bien de ces cabinets ou de ce qui y ressemble donnent le tournis aux spécialistes qui aiment vraiment la médecine. Pour l’essentiel, ils constituent une réelle menace pour la santé publique. Immersion dans un secteur où la blouse blanche, orange ou verte est littéralement souillée par des pratiquants à la formation académique somme toute sommaire.

Aucun périmètre de la capitale Conakry n’échappe à la floraison de ces cabinets, parfois bien contagieux, souvent rétrécis, crasseux, obscurs et noyés dans la poussière. Les poubelles, s’il y en a, ne reflètent que ceux qui se font passer comme des vertueux de la blouse blanche, des chantres du serment d’Hippocrate.

Un petit tour de Kagbélin à Hamdallaye rond-point nous a permis de nous rendre compte que nombreux cabinets de soins médicaux ne sont qu’un réceptacle du laisser-faire. Le tout facilité par le libéralisme sauvage mis en route depuis le discours programme du 22 décembre 1985. Ce n’est quand même pas une raison pour n’importe qui de faire du n’importe quoi, surtout en matière de santé publique. Or, la randonnée qu’on s’est amusé de faire mercredi et jeudi derniers nous a confortés dans notre conviction : notre système de santé est malade, bien malade. De ses hommes et de ses structures. Ni le cadre de la pratique du métier de médecin, ni la vertu qui devrait être reconnue à celui-ci, encore moins la qualité des pratiquants n’assurent le moindre novice du métier.

On a rencontré des jeunes étudiants de la 3e année de Médecine de l’Université de Conakry, des stagiaires en fin de cycle de l’école de santé primaire, des étudiants en pharmacie, des ingénieurs agronomes qui se réclament laborantins, sans labo. Des pharmaciens par accident. Et plus curieusement, des pratiquants de la médecine sans jamais être passés dans une école. Les faits et gestes parlent d’eux-mêmes. De manière éhontée. La main sur le palpitant, on savait qu’il y a vraiment du laisser-faire dans le système de santé en Guinée mais pas avec autant de désordre. Certains justifient cette cohue médicale par le taux élevé du chômage en Guinée et la désespérance des diplômés sans… formation qualifiante donc sans emploi. De l’avis d’une assistante dentaire rencontrée sur les hauteurs de Symbaya, « nous jeunes n’avons pas trop de choix. Quand on est en classe, on ne pense que comment faire le stage. Une fois celui-ci trouvé, on rêve comment trouver une chute dans les lieux où on a effectué le stage. Il se trouve que certains propriétaires de cabinet s’en foutent de nous, pas d’orientations, pas de travail confié. On est abandonnés au gré de l’humeur des patrons. C’est pourquoi, parmi nous, hélas, la formation est loin de répondre au besoin… Â»

Cet aveu d’impuissance en dit long sur le reste de l’autre meute de pratiquants de la médecine au sein de certains cabinets dits de soins médicaux. Selon des indiscrétions, il arrive très souvent que des fautes médicales soient commises dans ses réceptacles du laisser-faire. Et, témoigne un jeune pharmacien, « on prend attache avec nos patrons qui sont à Donka ou à Ignace Deen pour qu’ils nous aident à réparer l’erreur commise Â». C’est souvent avec les petites chirurgies ou de la gynécologie obstétricale. Les témoignages donnent la chair de poule. « On plaint ceux qui viennent dans des cabinets de fortune Â», peste un accompagnateur d’un patient qui subissait une perfusion au balcon d’un cabinet insalubre infesté de mouches.

Comme si cela ne suffisait pas, là-bas, tout le monde prescrit des ordonnances. Et parfois le patient débouté est contraint de s’approvisionner en produits sur les mêmes lieux. C’est-à-dire que c’est le prescripteur lui-même qui fait le pharmacien. Le reste c’est entre les mains de Dieu, quoi ! Loin de vouloir restreindre la liberté d’entreprendre, il y a pour autant lieu de bien revoir ce qui se passe dans certains cabinets dits de soins médicaux. Car, après tout, des chambres à coucher sont parfois muées de jour et une partie de la nuit en hôpital de fortune pour certaines personnes se réclamant de la corporation de la médecine. Allez-y le savoir, là-bas, l’avortement des jeunes filles, des femmes au foyer ayant piqué une grossesse extra conjugales, femmes et filles mères interrompent leurs grossesses comme bon leur semble. Une véritable menace de santé publique. Du n’importe quoi en somme qui devrait interpeller, on l’a dit, le gouvernement dans son ensemble afin de sauver la population des risques de menace qui guettent la santé publique. Le président Alpha Condé, lui, a donné le ton lors des états généraux de la Santé. Mais ceci est une autre histoire. Aujourd’hui on attend des actes et des mesures pour vraiment mettre sous perfusion un système de santé suffisamment malade, cancérisé et disons-le tout net, en phase terminale.

C’est maintenant ou jamais, en attendant d’éplucher, dans nos prochaines éditions, le cadre juridique et réglementaire qui régit les cabinets de soins médicaux !


Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu


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Commentaires  

 
0 #7 Africain 04-01-2015 23:27

Citation en provenance du commentaire précédent de Auteur:
. .. en attendant d’éplucher, dans nos prochaines éditions, le cadre juridique et réglementaire qui régit les cabinets de soins médicaux !
.

Je piaffe d’impatience de lire la suite en espérant que d’autres facettes de la problématique seront abordées.
C’est un papier intéressant, mais l’auteur n’aborde qu’une partie de la problématique sanitaire (pas la plus importante à mon avis) liée au foisonnement de ses cliniques ou cabinets de soins médicaux légaux ou illégaux. Aucun cadre juridique réglementaire même aussi ficelé ne peut freiner ce problème et aucune réforme du système de santé dans laquelle est flouée celle de l’hôpital comme il est de pratique chez nous, ne peut mettre fait à ce problème.
Aujourd’hui, les cabinets de soins médicaux qui pullulent dans nos quartiers ne font que remplacer ou du moins grignoter une part de marché de la médecine traditionnelle dans un contexte URBAIN avec ses problématiques sanitaires. L’Etat doit donc pouvoir répondre à la demande croissante de soins en matière clinique avec une meilleure qualité de prise en charge à travers une vraie REFORME HOSPITALIÈRE (à différencier d’une réforme du système de santé et la nuance est de taille) qui n’a jamais été la préoccupation des partenaires étrangers. Cette réforme hospitalière doit aboutir à la mise en place ou à la construction des infrastructures sanitaires notamment des hôpitaux. Un cadre juridique et réglementaire sans infrastructures ou structures (hôpitaux publics ou cliniques ou centre de santé) équipées et modernes, ne sert à rien ou ne servira pas à grand-chose face à cette problématique.
Bref c’est la demande croissante de soins que l’Etat n’arrive pas à faire face qui crée cette problématique comme dans le cas des écoles privées.
En outre la gestion ou la politique de prise en charge des patients en matière de soins clinique dans nos hôpitaux contribuent à cette situation. En effet, l’hôpital public guinéen n’assure pas une équité en matière de prise en charge des patients ou d’accès aux soins ; les pauvres sont moins « regardés » qui finissent par se diriger vers ses cabinets médicaux « mal foutus » et les catégories sociales favorisées (ou qui ont les moyens) font recours souvent aux cliniques privées les plus "performantes" en matière de qualité de soins (où on trouve les Chefs de service des hôpitaux publics) ou se font soigner à l’étranger.
Par ailleurs, ce que l’article ne dit pas, la représentation que les quelques patients ont de ses cabinets de soins médicaux est la même (avec toute proportion gardée) que la population en général a de l’hôpital public c’est-à-dire un «mouroir» ou des lieux où on « chope » toutes sortes de maladies.
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+4 #6 amadudialamba 01-01-2015 00:58

A défaut de pouvoir canaliser ce domaine sanitaire très sensible, il faut trouver une alternative pour diminuer au moins les risques. L’Etat peut par exemple obliger ces pratiquants à se soumettre obligatoirement à une formation intense d’un an dans des centres hospitaliers spécialisés avant l’ouverture de leurs centres de traitement. Ensuite exiger que chacun n’exerce que dans sa spécialité. Aujourd’hui le secteur de la santé et de l’hygiène publique est devenu comme celui de la sécurité. Sans matériel adéquat, sans formation, ces tueurs se permettent de tous traiter dans leurs cabinets. Ils sont à la fois dentistes, chirurgiens, ophtalmologues, neurologues… Dans le secteur de la sécurité aussi, on ne peut pas faire la différence entre un douanier, un policier, un gendarme, un militaire ou même un milicien. Chacun dresse son petit barrage là où il veut et se met à rançonner les pauvres guinéens comme il veut. Il peut aussi arrêter qui il veut sans même un mandat d’arrêt, bastonner violer des domiciles et de personnes sans être inquiété. Le récent exemple du haut gradé du BATA qui s’est permis de s’attaquer à un tribunal de la place illustre à suffisance les faits. C’est une anarchie généralisée dans tout le pays. En plus de ces domaines sanitaire et sécuritaire, il ne faut pas oublier nos routes nationales qui sont devenues des véritables écrase humain. Cette année le nombre d’accident s’est multiplié par deux. Même en plein marché public un camion, certes sans frein, est entré dans une foule ambulante et tuer à son maximum des étalagistes et des passants. Au lieu que le pouvoir nous fasse rêver par des projets d’autoroutes intercontinentale ou des voies ferroviaires inter-CEDEAO irréalisables, il aurait mieux fait d’entamer des chantiers de doublement de nos routes nationales. C’est-à-dire deux voies : Une pour l’aller et l’autre pour le retour. Car la radialisation des voies à sens unique diminuera substantiellement les accidents mortels au pays. Au vu du bilan des accidents mortels intervenus même dans Conakry cette année, il est temps d’interdire aux véhicules datant de millénaire de circuler en ville.
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+3 #5 Pokpa Holomo Lamah dit Patriote1 30-12-2014 19:58

Excellent commentaire mon cher Abdoul. H.
Des gens comme ce directeur régional de la santé que vous citez ne sont pas nombreux, et pire, on étouffe le peu qui existe.
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+5 #4 Abdoul.H 30-12-2014 08:44

Ce papier est res pertinent ! Il ne faut pas oublier aussi qu'on laisse impunément, en longueur de journée, les radios diffuser des communiques de faux guerisseurs et de charlatants, exposant ainsi une population ignorante.
Je me souviens encore, au début des années 2000, un directeur regional de la santé à Kankan, vraiment pas comme les autres, avait, avec fracas, fermé toutes les cliniques chinoises qui opraient dans les 5 préfectures de la région. Il avait arraché toutes leurs pancartes et disait avoir vérifié leurs documents et trouvé qu'il sont tout sauf agents de santé. En plus, il était révolté que nous autres ne pourrions jamais être permis d'aller faire chez eux ce qu'ils font chez nous. Hélas, c'était sans compter sur le systeme de gouvernance corrompu du pays ; Il avait tout simplement preché dans le desert. Alpha ne disait-il pas qu'en guinee un cadre intègre est un mouton blanc parmi des moutons noirs.
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0 #3 mamadou saliou bah 30-12-2014 02:50

Et on est " OUTRAGE " que Alpha Conde ne se soigne meme pas en TUNISIE !
En POULAR on dit
" BOBO MO WOURATA ON , YO MAAYOU , NENE BOBO HETTO " !
La Guinee , c'est pas pour demain !
Tant qu'il restera " UN QUI AIT CONNU AST " , ce sera CA ! Comme " BAGARATI " !( Pour ceux qui savent )
Pauvre GUINEE !
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+5 #2 A.O.T. Diallo 29-12-2014 20:23

Imaginez maintenant ces boutiques de santé commerciales dans le contexte d'Ebola actuel: pour pouvoir survivre elles ne peuvent pas ne pas propager et étendre cette maladie dans le pays.
Je vous le disais depuis janvier 2014: tant que l'on ne soigne pas par la force publique le système de santé on ne pourra rien contre Ebola et a ce rythme les 33 préfectures et 5 communes seront infectées en fin 2015.
Il n'y a aucun secret qui explique pourquoi le Sénégal, le Nigeria, le Mali et tous les pays occidentaux ont mis fin a l’épidémie après les premiers cas : cela s'appelle l'organisation et la gestion du système de gouvernance et la rigueur de la Loi.
Sans cela et en commençant par la Presidence nous allons tous couler - et avant cela certains voteront encore pour le PPAC...
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+8 #1 Tut 29-12-2014 18:52

Emouvant! En Guinee l'etat s'enfout! Bien qu'ils ont des copie-coller reglementaires de leur maitre francais.
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