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Face à Ban Ki-moon, Alpha promet les élections en 2015, mais…

Aliou Sow  Lundi, 22 Décembre 2014 18:03

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KI-MOON_Ban_CONDE_Alpha_01Le président Alpha Condé a profité de la visite éclair du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à Conakry samedi dernier, pour annoncer la tenue de la présidentielle pour 2015. Du coup, certains observateurs se demandent s’il s’agit là d’une réelle volonté de respecter le calendrier électoral exprimée par le chef de l’Etat ou d’un simple effet d’annonce, destiné à rassurer la communauté internationale, quand on sait que la question relative au chronogramme électoral avait jusque-là était traitée comme un tabou par le pouvoir.

Lors du passage du secrétaire général des Nations unies à Conakry samedi dernier, le président Alpha Condé a annoncé la tenue des élections en 2015, y compris la présidentielle. Une annonce qui a retenu l’attention de bien des gens, car la question avait été occultée jusque-là par le pouvoir, ce malgré la requête de l’opposition qui ne cesse de réclamer un chronogramme électoral bien défini à la CENI.

« J’ai aussi rassuré le secrétaire général que les élections prévues en 2015 auront lieu. L’Ebola n’est pas une raison pour ne pas faire les élections. Je lui ai dit que la CENI a déjà choisi un opérateur par suite d’appel d’offres », a indiqué Alpha Condé au sortir de son entrevue avec Ban Ki-moon. Le chef de l’Etat fera la même déclaration lors d’un entretien dimanche à la chaîne TV5 Monde. « Ebola ne va pas nous empêcher de faire des élections (...) Nous allons donner tous le moyens à la CENI pour l’organisation du scrutin dans le courant de l’année 2015 », selon Condé.

Ces propos du président ne semblent pas toutefois rassurer son opposition qui a besoin de gages, elle qui ne partage pas l’avis que l’opérateur enrôlé par la CENI (Gemalto France) fasse l’affaire pour les élections en vue. Contrairement à ce que le président Condé a déclaré à Ban Ki-moon.

Preuve de cette crispation, l’opposition a annoncé la tenue d’un meeting géant pour le 7 janvier 2015 sur l’esplanade du stade du 28 septembre de Conakry, comme entrée en matière des actions qu’elle compte entreprendre pour protester contre la « non prise en compte de ses revendications ».

La réunion des opposants s’est déroulée mercredi dernier au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo. Le chef de l’opposition qui vient de rentrer d’une tournée en Europe a pris part à ce conclave, au cours duquel ils ont décidé d’entreprendre des actions, après que l’ultimatum adressé au gouvernement pour la satisfaction de ses revendications est arrivé à terme le 15 décembre.

« Nous avons prévu un meeting de sensibilisation le mercredi 7 janvier prochain sur l’esplanade du stade du 28 septembre pour informer nos militants et sensibiliser nos populations sur les dérives de la gouvernance, sur les enjeux des élections et de la gouvernance », a indiqué le porte-parole de l’opposition à la presse, au sortir de cette réunion de crise.

Les opposants se disent toutefois disposés à prendre part au dialogue initié par le pouvoir. Un courrier leur a été adressés à cet effet par le ministre guinéen de la Justice garde des sceaux, Cheick Sacko, facilitateur de ces pourparlers en vue.

L’opposition entend cependant suggérer que les points suivants, à savoir l’évaluation des activités de la CENI, et la refonte cette institution chargée de l’organisation des élections en Guinée de la CENI ainsi que la reprise du recensement général de la population fassent partie de l’ordre du jour.

Elle tient aussi à ce que le chronogramme électoral soit dévoilé lors de ce dialogue inter guinéen. Sans oublier « la poursuite des auteurs des violences politiques et l’indemnisation des victimes ».

C’est dans ce contexte que le président vient d’annoncer le respect du calendrier électoral pour 2015.

Reste à savoir si le gouvernement parviendra à respecter ce chronogramme, à travers l’adhésion de toutes les parties prenantes au processus électoral. Pour le moment les deux camps se regardent en chiens de faïences.


Ce que Ban Ki-moon a dit aux Guinéens

Pour revenir à la visite de Ban Ki-moon dans notre pays, il faut noter que le secrétaire général de l’ONU s’est adressé aux Guinéens, après son entretien avec Alpha. « Je suis très heureux de me retrouver aujourd’hui auprès du président Condé. Nous sortons d’une réunion très fructueuse au cours de laquelle nous avons fait le point sur l’intervention contre Ebola. Personnellement, je suis très heureux de me retrouver dans votre pays en tant que secrétaire général des Nations unies. Je suis venu dans la région pour soutenir les populations et les gouvernements qui doivent faire face à l’épidémie. Hier, j’étais au Liberia et en Sierra Leone. Ce soir, je serai au Mali. C’est un message personnel qui s’adresse directement aux habitants de la Guinée », a déclaré Ban Ki-moon. Puis d’ajouter « L’Organisation des Nations unies vous soutiendra jusqu’à ce que l’épidémie soit enrayée et que les pays se soient remis de son effet dévastateur. Grâce à la détermination des autorités nationales, à la mobilisation des populations touchées et à leurs partenaires du monde entier, la propagation du virus a pu être sensiblement maitrisée dans certaines régions du pays. Ce progrès donne l’espoir de vaincre la maladie aux milliers de personnes (médecins, soignants bénévoles et populations touchées) qui la combattent », a-t-il indiqué.

Tout en mentionnant toutefois « qu’il reste néanmoins beaucoup à faire. L’Ebola continue de se répandre et constitue un risque sérieux pour tous les Guinéens. Le système des Nations unies, la mission des Nations unies pour l’action d’urgence contre Ebola et nos partenaires, sont là pour vous aider. Il n’a jamais été aussi important de travailler ensemble. Tous les Guinéens (responsables gouvernementaux, chefs des communautés, soigneurs traditionnels et populations locales) doivent s’impliquer activement dans la lutte contre la maladie pour mettre fin à l’épidémie. Je me suis entretenu avec le président Condé de la situation en Guinée Forestière où il est inquiétant de constater que le nombre de malades semble croitre. Nous avons également convenu qu’il fallait une collaboration transfrontalière solide, en particulier dans le cadre de l’Union du fleuve Mano, pour éviter que l’épidémie ne reparte de plus belle. Je remercie le président Condé pour son esprit d’initiative. Je tiens également à exprimer ma profonde admiration à l’endroit de tous ceux qui sont en première ligne, les milliers d’hommes et de femmes originaires de Guinée ou d’autres pays du monde qui se battent pour sauver des vies. J’ai eu tout à l’heure une réunion très émouvante avec quelques-uns d’entre eux qui m’ont fortement impressionné par leur professionnalisme et leur dévouement. A long terme, l’épidémie d’Ebola risque d’avoir des conséquences socio-économiques graves. Même si notre priorité immédiate est d’arrêter la propagation de la maladie, il n’est pas trop tôt pour commencer à penser au relèvement. Nous devons multiplier les activités visant à rétablir les services sociaux de base, renforcer les services de santé, soutenir l’économie et de façon générale accroître la résilience du pays. Les pays d’Afrique et du monde ont réagi de façon extraordinaire. J’invite la communauté internationale à rester mobilisée. Notre objectif commun est d’éradiquer complètement la maladie. M. le président, l’Organisation des Nations unies et moi-même, en tant que secrétaire général, nous nous engageons à continuer à faire le maximum pour aider la Guinée à sortie de la situation actuelle ».


Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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