Thierno Fodé Sow Lundi, 15 Décembre 2014 17:50
« Nous n’accepterons plus que quelqu’un nous dicte la façon d’organiser nos élections. C’est pourquoi d’ailleurs nous finançons nous-mêmes nos élections, parce que lorsque vous recevez un financement de l’extérieur, il y a des contraintes auxquelles il faut impérativement faire face. »
Après neuf mois seulement passés au pouvoir, Alpha Condé exprimait sa désapprobation sur Sud FM, un média sénégalais, quant à l’implication de la communauté internationale dans l’organisation des élections en Guinée. Derrière ce nationalisme béat doit se cacher une réelle volonté de piper les dés. Un peu plus de trois ans après cette déclaration, avec la tenue des législatives, Alpha Condé a compris à ses dépens qu’il aura fallu l’aide de la communauté internationale pour compléter le trou financier demandé par la CENI afin d’aller aux joutes qui ont vu le RPG perdre toutes les Communes de Conakry. En désespoir de cause, le président Condé revient à la charge et veut toujours aller aux élections, seul, sans appuis financiers étrangers. Il a encore dans le cœur cet amer souvenir.
En effet, les experts de l’Union européenne avaient joué un rôle crucial pour éviter que le processus – les législatives – ne dérape alors que le recomptage des voix dans certaines circonscriptions donnait lieu à un vrai psychodrame. Pour l’opposition, c’est bel et bien la vigilance de l’Union européenne qui a permis d’apporter un peu de transparence. Et elle accuse aujourd’hui le président Condé de vouloir écarter l’UE afin de préparer des fraudes. A un an de l’élection présidentielle, le ton commence déjà à monter au sein de la classe politique. Pourquoi Condé dépoussière-t-il son ancien rêve, alors que le pays est sous perfusion suite à Ebola dont les retombées financières aident pourtant certains petits malins à s’en mettre plein les poches ?
Juste pour tenter la fraude, scande-t-on, car, pour organiser ses élections présidentielle et locale en 2015, la Guinée aurait besoin de 57 millions d’euros. Un objectif financier difficile à atteindre pour un pays dépendant déjà, disions-nous, de l’aide internationale pour lutter contre le virus Ebola. L’opposition sort ses dents non seulement à cause du couplage, mais aussi et surtout à cause de la réelle volonté du pouvoir à aller aux élections sans aides, donc sans arbitres. La suite ? Nul besoin d’être un géomancien pour écarter des anomalies qui pourraient affecter la paix sociale. Ce sont les conditions actuelles mêmes et le contexte sociopolitique du reste très tendu qui l’exigent.
Quoi qu’il en soit, estime Aboubacar Sylla, « notre problème, c’est qu’avant des élections majeures comme l'élection présidentielle de 2015, qu’on dispose de collectivités locales représentées par des personnes issues des suffrages librement exprimés par les citoyens. On ne veut pas que l'élection présidentielle survienne alors que des fonctionnaires, des militants zélés et autres activistes du RPG continuent, en toute illégalité et sans aucune légitimité, à occuper ces postes pour lesquels ils n'ont reçu aucun mandat des populations. Donc si l’on couple ces deux élections, ce résultat ne sera pas atteint. »
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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