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Terminal containers : vérités et mensonges

L'oeil de GuineeActu  Vendredi, 14 Novembre 2014 15:42

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BOLLORE_Vincent_2_01On ne sait pas jusqu'à quand vont durer les frictions entre le concessionnaire du Port autonome de Conakry, Bolloré et les autres acteurs portuaires, malgré l'implication personnelle d'Alpha Condé, l'autre grand acteur de cette « fameuse transaction » manifestement controversée.

On sait maintenant que le sort de Getma Guinée, Afrimarine et Transco, employant plus d'un millier de travailleurs, avait été étudié le soir même de la présidentielle de 2010, avec l'arrivée d'Alpha Condé. Le 3 février 2011, en effet, celui-ci reçoit Vincent Bolloré et visite en sa compagnie le Port autonome de Conakry. Cinq semaines plus tard, il résilie par décret la convention de l’Etat avec Getma-Necotrans, ordonnant même la réquisition manu militari des bureaux de ladite société, et ce, deux jours avant de confier à l'ami breton d’Alpha Condé, un jackpot élargi à la totalité des activités portuaires, par la signature d’une convention de concession du port élaborée par le groupe Bolloré avec des cadres guinéens, dirigés techniquement par B. Touré.

Argument avancé : la défaillance de Getma-Necotrans, coupable de n'avoir engagé que le dixième des 30 millions d'euros d'investissements promis. La suite on la connaît, aux batailles judiciaires succèdent d'autres batailles judiciaires, Conakry assistant en témoin.

Pendant ce temps, l'emploi de nombreux Guinéens est quasiment compromis. Le syndicat se lève et retrousse les manches, consulte, demande audience, menace, etc.

L'épée de Damoclès reste suspendue. Pourtant, dans la convention de concession, il est clairement indiqué que le concédant (la Guinée) « exercera sur le concessionnaire (Bolloré) les prérogatives de contrôle s'étendant sur l'ensemble des obligations à sa charge ». Si on a pu constater le respect des charges liées à « l'égalité de traitement des usagers et la prohibition de pratiques anticoncurrentielles », en revanche, on n'a pas pu avoir une idée réelle sur l’embauche des travailleurs, car il est d'usage que le « repreneur » (Bolloré en l’occurrence) reprenne 100% des travailleurs…

De même, réalisé par la société chinoise China Harbour Engineering Company (CHEC), après avoir écarté le groupe français Vinci malgré une offre équivalente (mais avec l'objectif de récupérer la gestion du port minier en construction pour Rio-Tinto, par la même société), ce « joyau » a été entièrement financé par les revenus du terminal containers existant et par la population guinéenne (plus de 200% d'augmentation des tarifs du terminal containers). En effet, cet ouvrage a coûté quelque 47 millions d'euros pour la réalisation d'un linéaire de quai de 338 mètres de long, en complément des 270 mètres existants, ainsi que d'un terre-plein de 12 hectares gagné sur la mer et équipé d'une voie ferrée, et pour porter le tirant d'eau à une profondeur de 13 mètres.

D'autres sources indiquent que ce montant représente les revenus de moins de deux ans d'exploitation du terminal containers (environ 35 millions d'euros par an, volume du trafic actuel). Cela revient à dire que ce n'est pas Bolloré qui a financé le port sur ses fonds propres, ce qu'on attend pourtant d'un investisseur, mais que ce sont les produits d'exploitation du port. Les Guinéens payent donc deux fois, d'une part par l'augmentation des taxes au port (qu'ils sont seuls à payer), d'autre part en permettant à Bolloré de faire des bénéfices, qui devraient revenir aux seuls Guinéens. En effet, alors que la présence de Bolloré n'avait de justification que pour rentabiliser le port par son investissement, on constate en effet que ce sont en réalité les Guinéens qui « investissent ». On imagine volontiers que ces bénéfices ne sont pas perdus pour tout le monde !!!

À ce jour, rapporte la même source, « nous remercions le groupe Bolloré qui aura réinvesti en 3 ans et demi plus de 50% des revenus du terminal containers, et prélevé plus de 400 milliards de FG de TVA et taxes sur les marchandises conteneurisées, importées au terminal containers, payés par les importateurs à l'État. Avec une concession d'exclusivité des marchandises conteneurisées au port de Conakry, le groupe Bolloré a réalisé l'extension du terminal à containers, que les différents gouvernements et le port de Conakry n'ont pas pu effectuer en 15 ans. Ce groupe va pendant 25 ans pouvoir prélever plus de 15 000 milliards de GNF à l'économie nationale et à sa population » (environ 65 millions d'€/an ou 1,6 milliard d'€ sur la période).

Le trafic Roro a déjà commencé et chez Bolloré, on s'en félicite. Au même moment, le directeur général du Port autonome de Conakry informe que le président Condé demande aux 2 centrales syndicales de se rapprocher du Port avec le ministère des Transports, pour discuter de la situation de crise qui prévaut au niveau de Bolloré et des trois autres opérateurs portuaires que sont Getma Guinée, Transco et Afrimarine.

Comme d'habitude, on ne va pas respecter les accords pourtant très clairs, et on va demander de nouveaux sacrifices aux Guinéens, mais pas à Bolloré, du fait de la baisse de chiffre d'affaires du port due à Ebola.

En effet, on se rappelle (vraiment ??), que selon l'article 12 de la convention de concession avec Bolloré, ce dernier devait verser 15 millions d'euros à l'État au titre d'un droit d'entrée (qui en a vu trace dans les différents budgets passés ?), ainsi que des redevances payables d'avance.

Mais en fait, dans la même convention (article 32), il était indiqué que c’était au port de Conakry (et non à Bolloré), de contribuer au financement de son chenal d'accès, avec un abandon de 10 millions d'euros du ticket d'entrée (sur les 15 millions d'euros prévus au contrat) et le financement du coût complémentaire de dragage.

Il faudra donc revisiter un jour la convention de concession avec Bolloré, qui présente ce dernier comme un investisseur, alors qu'il ne fait qu'investir l'argent des Guinéens (et non le sien). Certes on voit ce qu'apporte Bolloré ‒ une rigueur dans la gestion de l'argent (qui s'évapore sans doute moins) et des réalisations concrètes sur le port ‒, mais la possibilité de montages financiers extérieurs hors la vue des Guinéens et le fait que ce soit finalement avec l'argent quasi exclusif des Guinéens que tout se réalise, montrent qu'il y a lieu d'améliorer les recettes guinéennes au détriment des bénéfices de … Bolloré.


L’œil de GuineeActu


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