Aliou Sow Mardi, 04 Novembre 2014 23:56
Le fait pour le président Alpha Condé d’avoir invité la Cour pénale internationale (CPI) à « abandonner » le dossier relatif aux massacres du 28 septembre 2009 ne serait pas du goût des victimes et des ONG de défense des droits humains. C’est comme si, pour elles, le pouvoir avait l’intention d’étouffer cette affaire que la justice nationale a du mal à tirer au clair.
Asmaou Diallo, présidente de l’Association des victimes et amis du 28 septembre (AVIPA), interrogée par africaguinee dit sa surprise concernant « les propos » du président Alpha Condé. Selon elle, cela démontre « le manque de volonté politique de la part des autorités dans le traitement de ce dossier ». « On peut donc en déduire que c’est par manque de volonté de la part du président que ce procès dure depuis cinq ans. Je suis surprise par cette attitude du Professeur », dit-elle.
Tout en ajoutant que le président de la République ne doit pas « oublier que c’est parce qu’il y a eu le 28 septembre qu’on parle de démocratie en Guinée ». Asmaou Diallo a dans cette réaction recueillie par nos confrères, indiqué qu’il y a « une contradiction entre le président de la République et son ministre de la Justice concernant ce dossier ». Car ce dernier est en train de faire « montre de sa détermination à faire la lumière sur ce massacre qui a coûté la vie à plus de 150 personnes ». Asmaou Diallo regrette que le chef de l’Etat, qui était partie prenante des forces vives, à travers son parti le RPG, n’ait pas l’air de vouloir soutenir les victimes de cette tragédie.
A noter que la Guinée s’est engagée à gérer le dossier sur les crimes commis le 28 septembre. Dans la foulée, un pool de juges a été mis en place, qui a entendu plusieurs dizaines de victimes et témoins de l’affaire. A ce jour, les inculpations concernent seulement 8 personnes, dont Moussa Tiègboro Camara et Claude Pivi, deux officiers des services de sécurité travaillant à la présidence de la République.
Malgré cet engagement de la Guinée, la CPI continue toutefois de veiller sur l’évolution du dossier. Des visites sont effectuées régulièrement sur le terrain par Fatou Ben Souda, la procureure en personne, pour constater de visu le travail abattu par ce pool. Au cas où l’Etat guinéen montrerait cependant des signes de faiblesse dans le traitement de l’affaire, la CPI promet de s’autosaisir. Et cela, le président Alpha Condé ne pourra pas l’en empêcher. Car ce serait faire obstruction à la justice.
Au moment où nous mettions sous presse, le gouvernement, à travers son porte-parole Albert Damantang Camara, a réitéré l’engagement de la Guinée de rendre justice dans cette affaire. Ce qui vient réconforter les victimes qui avaient vu rouge après le discours attribué au président, lors de sa visite sur l’île de Kassa, dans le cadre de la sensibilisation contre l’épidémie d’Ebola.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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