Thierno Fodé Sow Jeudi, 30 Octobre 2014 17:09
Les cinq préfectures qui composent la région de Kankan doivent se répartir les 43 milliards GNF au compte de la loi rectificative du budget 2014. Ce magot en fait jaser plus d’un à cause peut-être de son énormité par rapport aux autres régions – pas moins agricoles – de Guinée.
Selon les chiffres disponibles, le budget alloué à la seule région administrative de Kankan, destiné entre autres à l’aménagement des plaines de Koundian, est à s’y méprendre deux fois supérieur au budget totalisé de toutes les autres régions du pays (19 milliards 880 millions GNF) : Labé 2 milliards GNF plus Mamou 880 millions GNF est inférieur au budget de la région de Faranah, 3 milliards GNF. Certains estiment que la répartition est mal faite d’autant plus que la région de Kankan est loin d’être celle qui produit le plus par rapport à la Forêt et à la Basse Côte, et dans une moindre mesure à Mamou (Timbi Madina avec la pomme de terre).
On ne sait pas ce qui justifie cette allocation budgétaire. Et c’est ce qui alimente justement les débats. En attendant que de questions : faut-il encourager les agriculteurs ayant déjà la main dans la pâte en augmentant leur production et en facilitant le stockage des produits et par ailleurs leur écoulement sur les marchés locaux ? Ou faut-il se limiter aux aménagements de domaines dans une perspective de développement ? Dans l’un ou l’autre cas, bien des plaines agricoles attendent en Basse Côte, en Forêt et une partie du Fouta (notamment à Tougué sur les berges du fleuve Koloun), et ailleurs. « Les denrées de première nécessité pourrissent en région forestière, au sud de la Guinée, faute d’ouvrages de franchissement pour les acheminer à temps, notamment sur les marchés de Conakry, nous dit-on. La pomme de terre cultivée en Moyenne Guinée n’est presque pas vendue – le kilogramme était descendu jusqu’à 2000 GNF – dans une préfecture aussi aride qu’improductive qu’est Tougué. On voit la même pomme de terre sur tout l’axe Dalaba, Mamou, Pita, à telle enseigne qu’on se demande ce qu’il faut en faire. Les plaines de Koundian ont été aménagées avec plus de 43 milliards GNF. On aurait pu alors accorder au moins 20 milliards GNF aux autres régions à forte capacité agricole. » Il n y a pas de mal en soi.
Surtout que la plupart des leaders politiques ont inscrit dans leur campagne l’autosuffisance alimentaire. Une brèche dans laquelle Alpha Condé lui-même s’est engouffré. En effet, il a tenu une journée de réflexion avec l’ensemble des acteurs du monde paysan. A l’issue de laquelle des engagements réciproques ont été pris notamment en matière d’appuis à la paysannerie. Des aménagements hydro-agricoles à l’échelle de la petite paysannerie et des paysans moyens devraient être réalisés. Des équipements plus performants comme les charrues et la traction animale, les motoculteurs, ainsi que des intrants fertilisants et des semences améliorées devraient être fournies aux agriculteurs. Tout ce programme devra s’appuyer sur le renforcement de la vulgarisation et de l’encadrement des paysans.
Partant, « le gouvernement mettra aussi un accent particulier sur l’aménagement agricole à travers la coopération internationale », avait fait savoir Saïd Fofana. Aujourd’hui, on attend toujours. Si les chiffres sont exacts, quelque 200 milliards GNF auraient été engloutis dans la campagne agricole de 2011. Les années suivantes, la même ferveur a accompagné la politique du chef de l’Etat. Et des loups tapis dans le gouvernement avaient fait la fête avec les intrants et d’autres surfacturations, ce que Condé lui-même avait dénoncé. Il avait menacé de faire tomber des têtes. Fausse alerte ! Juste pour dissuader. Or l’objectif était, selon une source, « de réduire de 100 mille tonnes par an l’importation du riz qui était à plus de 300 mille en 2010. Et en principe, l’importation des 300 mille tonne de riz devrait connaitre son épilogue au terme de la campagne agricole 2013. Seulement voilà, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. L’importation du riz malgré les trois campagnes agricoles de 2011, 2012 et 2013 n’a pas été freinée. »
Et certainement, ce n’est pas avec une allocation budgétaire qui fait actuellement jaser, que la Guinée pourra enfin connaître l’autosuffisance alimentaire. A moins qu’une baguette magique!...
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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