Heinan Goba Mercredi, 15 Octobre 2014 18:45
Le 4 octobre, des membres de l’organisation de défense des droits humains, Avocats sans frontières accompagnés d’une équipe de journalistes se rendaient au village de Womey pour des enquêtes suite au meurtre de huit membres d’une équipe de sensibilisation sur Ebola. Peu importe de revenir sur le mauvais traitement que les forces basées dans cette bourgade de Nzérékoré ont réservé à ces défenseurs des droits humains.
Comme si cela ne suffisait pas, le ministre de la Justice Garde des Sceaux, Cheick Sacko se disant au regret d’apprendre que des membres de cette ONG se sont rendus sur place, vient d’écrire au bâtonnier de l’ordre national des avocats pour des « explications ». Pour lui, après l’ouverture d’une enquête judiciaire sur le drame de Womey, aucun déplacement sur les lieux ne devait se faire sans l’autorisation du juge d’instruction en charge du dossier.
Contacté par nos services, Maître Aimé Christophe, un des membres de la délégation d’ASF parti à Womey, a dit que : « c’est un faux débat ». Pour couper court.
Mais face à notre insistance, il dira : « Ce que le ministre ne sait pas est que nous ne sommes pas allés à Womey en tant qu’avocats mais en défenseurs des droits humains. De toutes les façons, le bâtonnier m’a parlé de la lettre que le ministre lui a adressée à ce propos. Il ne s’est pas gêné de me dire que la procédure n’a pas été respectée. Car si des avocats violent quoi que ce soit, c’est au procureur général et non au ministre d’écrire au Conseil de l’ordre des avocats. »
S’exprimant le mardi 14 octobre sur la façon dont les autorités du pays sont en train de gérer le drame de Womey, Maître Thierno Souleymane Baldé, de l’Institut de recherche en démocratie et Etat de droit (IRDED) a dit que la réaction du ministre de la Justice par rapport à la démarche d’ASF n’est que de la « diversion ».
« Nous n’avons pas de leçon à recevoir du ministère de la Justice. En tant qu’avocat, c’est notre devoir d’aller s’enquérir des réalités sur terrain. Nous ne comprenons donc pas pour quelle raison, le ministre fait une telle déclaration. S’il estime qu’il y a une violation de la loi, il n’a qu’à nous traduire en justice », a réagi l’activiste des droits de l’homme.
« C’est une entrave au libre exercice de l’activité des ONG », selon Nouhan Traoré de la RADHO (Rencontre africaine des droits de l’homme) qui demande au ministre Sacko de retirer ses mots à défaut de citer le texte de loi qui demande aux ONG d’obtenir une autorisation bien qu’elles soient agréées pour procéder à des enquêtes.
« C’est une erreur de la part du ministre », a ajouté Maître Emmanuel Bamba de la LIGUIDHO (Ligue guinéenne des droits de l’homme) pour qui, « les enquêtes des ONG de défense des droits de l’homme n’entravent en rien les enquêtes judiciaires ». « Pour que tout soit clair, le gouvernement même a intérêt à ce que les ONG mènent leurs enquêtes », estime-t-il.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu
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