Jeudi, 25 Septembre 2014 15:10
Selon une source gouvernementale, les habitants de Womey ne sont ni de près, ni de loin mêlés à ces massacres ; ce serait des actes de l'ULIMO, groupe rebelle libérien créé en 1991 et dont des éléments sont encore basés en Guinée Forestière.
« On a des personnes qui font de la désinformation sur l'origine de cette maladie, donc l'Etat est en train de prendre des dispositions », annonçait le Dr Sakoba Keita, coordinateur de riposte contre Ebola, au lendemain des affrontements à N’Zérékoré, en août dernier, suite à la mise à sac des locaux de MSF dans la ville. Une semaine plus tard, les forces de l’ordre, sous-préfets, et autres autorités locales font la chasse à ceux qu’ils appellent négationnistes. Les arrestations commencent en Forêt, et notamment dans la préfecture de N’Zérékoré, à N’Zérékoré-Centre, Soulouta, Womey, Gouécké, Bounouma, Kobéla…
Le sous-préfet de Womey par excès de zèle procéda à des arrestations y compris de certaines notabilités sous prétexte que des membres de leurs familles seraient impliqués dans la diffusion des rumeurs remettant en cause l’existence d’Ebola.
Le 8 septembre, une délégation des familles des personnes interpellées se rend chez le sous-préfet de Womey, Moriba Touré, pour obtenir la libération de leurs proches. Au sortir des entretiens, ce dernier se serait engagé à examiner la question.
Toutefois, le 14 septembre au soir, les sages de Womey, informés de l’arrivée d’une délégation gouvernementale dans leur localité, le mardi 16 septembre 2014, pour une campagne d’information et de sensibilisation des populations sur le virus Ebola, réunissent les jeunes, et les informent qu’à cette occasion, le sous-préfet donnera une suite favorable à la libération de leurs proches.
Comme prévu, arrive le mardi 16 septembre 2014, une délégation conduite par le gouverneur de N’Zérékoré, Lancei Condé, le préfet de la ville, Aboubacar Mbop Camara, et le sous-préfet de Womey, Moriba Touré, en compagnie entre autres du directeur préfectoral de la Santé de N’Zérékoré, Dr Ibrahima Fernandez; du directeur général adjoint de l’hôpital régional de N’Zérékoré, Dr Ibrahima Saliou Barry, du chef du centre de santé de Womey, Pépé Kpogohomou, de Moïse Mamy, le pasteur évangéliste de N’Zao, de trois journalistes, et d’environ une dizaine de militaires armés.
Après le cérémonial d’accueil, et le discours en français du gouverneur Lancei Condé, un jeune se leva dans l’auditoire pour demander pourquoi dans l'objet de la mission, il n’y aucun mot sur le sort des personnes interpellées depuis plusieurs jours. Le sous-préfet de Womey, Moriba Touré lui ordonna de s’assoir, et subitement un autre jeune expliqua que la libération de leurs proches n’est pas négociable, puisqu’il paraîtrait qu’ils ne sont plus vivants. Soudain deux militaires s’approchèrent de lui, l’empoignèrent en se dirigeant vers un de leurs pickups ; d’autres jeunes leur coupèrent aussitôt la route ; trois militaires décidèrent à ce moment-là de faire évacuer le gouverneur Lancei Condé, et le préfet Aboubacar Mbop Camara, les autres se mirent d’abord à tirer en l’air, mais devant la détermination de la foule d’empêcher toute nouvelle arrestation, un militaire tira dans la foule, plusieurs personnes tombèrent. Puis ce fut le sauve-qui-peut.
Selon une source gouvernementale qui souhaite garder l’anonymat, les habitants de Womey ne sont ni de près, ni de loin mêlés à ces massacres. C’est pendant que le reste de la délégation s’empressait de monter dans leurs véhicules pour quitter les lieux que des éléments du Mouvement unifié pour la démocratie au Libéria (ULIMO-groupe rebelle libérien créé en 1991 et dont des éléments sont encore basés en Guinée Forestière), sortirent de la brousse pour engager un combat avec les militaires. Le bilan serait plus lourd que celui qui a été annoncé. Il y aurait en plus des huit victimes citées par le gouvernement guinéen, quatre militaires, ainsi qu’un peu plus de vingt civils originaires de Womey et environs assassinés. D’après cette source, le gouvernement ne veut pas rendre public les véritables enquêtes.
Le gouvernement guinéen cache la vérité, et le corps des victimes originaires de Womey, ceux qui sont présentés aujourd’hui comme responsables de cette tuerie, étaient déjà dans les mains des autorités depuis plusieurs jours, et bien avant les événements du 16 septembre 2014.
Un scenario finalement très proche de celui de 2011, qui a frappé Almamy Aguibou Diallo, et son ami Mamadou Alpha Diallo, présentés comme les cerveaux de l’attaque du 19 juillet 2011, alors qu’ils avaient été arrêtés avec les pickups qui auraient servi à l’attaque, avant le jour J.
Laye Junior Condé, membre du bureau exécutif du RPG déclarait il y a trois jours : « La culture de la barbarie est un problème de gènes chez les Forestiers », des mots qui ont soulevé une vague d’indignations en Guinée. Mais malheureusement, comme dans ce pays et dans de pareils cas, on est plus partisan que citoyen, au sein du parti au pouvoir le caractère choquant de ces déclarations visant à souiller la réputation d’une communauté ayant payé le plus lourd tribut depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, n’a ému personne. Mais, ce n’est pas nouveau dans la mouvance ; en 2010, Alpha Condé avait révélé que ce sont « les jeunes Forestiers qui se vantent de boire le sang et manger le cœur de leurs adversaires qui ont commis les massacres du 28 septembre 2009 ».
Source : GUINEEINFORMATION
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