Mamady Kéita Jeudi, 04 Septembre 2014 21:06
Les épreuves se multiplient pour le gouvernement qui, après la résurgence de l’épidémie d’Ebola qu’il a du mal à circonscrire, doit dorénavant faire face à un concert de critiques portant sur le dossier des fonds interceptés à l’aéroport de Dakar, dont la presse s’est fait l’écho. A cela s’ajoute le voyage « agité » du président de la République à Tunis, qu’il a dû certainement écourter pour faire taire les rumeurs les plus farfelues distillées sur son état de santé.
La crise sanitaire à laquelle la Guinée est confrontée avec l’apparition de l’épidémie d’Ebola dans le sud-est du pays, avant de se propager à d’autres localités, a émoussé les ardeurs des investisseurs. Le pays risque de s’arrêter, à l’allure où vont les choses, car même les compagnies aériennes ont boudé le pays, avec la fréquence des rotations en direction de Conakry qui est passée d’une cinquantaine à 17. Une situation qui affecte les projets de développement initiés par le gouvernement. Celui-ci est d’ailleurs l’objet de critiques de la part de l’opinion internationale et de certains observateurs au niveau national, pour sa gestion laxiste de l’épidémie de fièvre Ebola. Comme si cela ne suffisait pas, une affaire de fonds interceptés à l’aéroport international de Dakar, qui a fuité dans la presse la semaine dernière, a failli ternir l’image du pouvoir aux yeux de l’opinion.
La BCRG a certes pris les devants pour indiquer que « les fonds qui ont fait l’objet d’investigations de la part des douanes sénégalaises, sont et demeurent la propriété de la Banque centrale de la République de Guinée. Et que comme toutes les banques centrales, la BCRG procède de temps en temps, en fonction des demandes des banques primaires, à des expéditions de valeurs auprès de ses correspondants étrangers. Et qu’actuellement un contrat lie dans ce cadre la BCRG à la Société MSS LLC, une filiale de la société de transport international de valeurs Brink’s. « Mais cela n’a pas empêché l’opposition de crier au scandale et d’exiger la mise en place d’une commission parlementaire, afin de faire la lumière sur cette affaire.
Parmi les opposants qui ont fait des observations suite à ce « scandale », il y a Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition qui, lors d’une conférence de presse organisée à cet effet, a exigé la mise en place d’une enquête parlementaire ainsi qu’un audit interne de la BCRG.
« Nous avons été choqués d’entendre le président de la République, Pr Alpha Condé, lorsqu’il a rencontré récemment les représentants de la communauté internationale, au palais Sékoutouréya, tenir un discours misérabiliste en priant les uns et les autres de l’aider à voir des ambulances, à créer quelques centres de traitement, alors que dans le même temps, on est en train de transférer dans les banques étrangères des montants colossaux en espèces par des voies et des procédures qui n’ont absolument rien de licite. N’en déplaise aux déclarations du gouverneur de la Banque Centrale », a déploré le président de l’Union des forces du changement.
Puis d’ajouter dans son intervention faite devant les journalistes : « ce scandale financier qui fait aujourd’hui la Une de tous les journaux dans le monde, révèle des méthodes mafieuses. Ce scandale met en lumière la mal gouvernance dans notre pays. Pendant que la Guinée souffre de la maladie Ebola, pendant que l’Etat est incapable de mettre à la disposition des malades et des infirmiers, les moyens nécessaires pour faire face à cette maladie, l’Etat signe des contrats pour transférer des montants faramineux comme 58 millions de dollars et 20 millions d’euros, qui dorment, soi-disant, dans les caisses de la Banque centrale, dans des paradis fiscaux. Nous trouvons cela extrêmement grave. Et l’opposition dénonce vigoureusement cette pratique d’un autre âge », a tenu à marteler le porte-parole de l’opposition.
Alors que le chapitre des fonds interceptés est loin d’être clos, la nouvelle relative au voyage du président à Tunis a été relayée par un site de la place. Car si d’ordinaire le Bureau de presse de la présidence de la République fait tout un tintamarre sur le moindre déplacement du chef de l’Etat, cette fois-ci tel ne fut pas le cas. Alpha Condé aurait voyagé sans même que ne soient informés certains membres de son gouvernement. Et comme il fallait s’y attendre en pareilles circonstances, les rumeurs les plus farfelues ont commencé à enfler sur l’état de santé du président. On l’a dit « malade et hospitalisé, voire mort ».
Provoquant ainsi un début de psychose dans la cité. Pour couper court à ces rumeurs, Alpha Condé est rentré lundi dernier au bercail. Une fois à Conakry, le chef de l’Etat a effectué une promenade de santé dans les quartiers de la cité. Histoire de « donner la preuve qu’il se porte bien », a clamé le Bureau de presse. Précisant que la promenade a été faite à la « demande des populations de Conakry qui étaient pressées de le voir ». Et que c’est « pour répondre à cette demande que le chef de l’Etat a effectué une marche à pied dans 3 des 5 communes de Conakry à savoir Matam, Dixinn et Kaloum.
Le président de la République a remis ça, mardi, du côté de Sangoyah, où il fut ovationné, à la sortie du domicile du général Sory Doumbouya, décédé la semaine dernière.
Alpha Condé, aux yeux de maints observateurs, chercherait ainsi à sauver les apparences, à travers ces bains de foule perçus comme un coup de com, après avoir vécu une semaine assez « agitée », entre Conakry et Tunis.
Mamady Kéita
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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