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Blocage politique : pouvoir et opposition se renvoient la balle

Moussa Traoré  Lundi, 25 Août 2014 19:56

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CENI_01L’opposition a juste répondu à l’appel de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) jeudi dernier, pour passer un message de désapprobation de la démarche de l’institution qui a annoncé avoir lancé un appel d’offres pour le recrutement d’un nouvel opérateur technique. Une démarche qualifiée d’unilatérale et de fuite en avant par l’opposition dont le porte-parole Aboubacar Sylla, a qualifié cette rencontre avec les partis politiques d’être « une simple assemblée de restitution des travaux déjà accomplis par la CENI à l’insu des partis ».

S’exprimant au sortir de cette réunion que l’opposition a, en réalité, boycottée, en quittant la salle au grand dam de la mouvance présidentielle, Aboubacar Sylla son porte-parole s’est confié à la presse en ces termes « nous sommes venus en grand nombre pour répondre à l’invitation de la CENI même si les formes requises n’ont pas été respectées. Nous sommes quand même venus à cette première concertation, la première depuis les législatives. Nous avons vu le programme de la journée. Deux thèmes simplement qui seront présentés par des commissaires de la CENI. Et le tout sera bouclé par un discours de clôture. En réponse, nous nous sommes réjouis de la tenue de ces types de rencontres mais nous déplorons leur démultiplication depuis les législatives de 2013. Pour nous, cet état de fait est extrêmement grave. En clair, nous avons déploré cette attitude de la CENI, qui continue sa fuite en avant en mettant en œuvre des opérations aussi importantes dans l’opacité la plus totale sans en débattre avec les partis politiques concernés. Ce qu’on nous propose aujourd’hui, c’est juste un compte-rendu d’activités, dont nous n’avons eu connaissance qu’à travers les ondes. Ceci est anormal. Par conséquent, nous ne participons pas à la rencontre d’aujourd’hui, qui est une réunion de compte-rendu, alors que nous aurions aimé être associés aux activités de la CENI. Nous n’avons jamais mis en cause l’indépendance de la CENI mais la Guinée étant sur la planète terre, les CENI collaborent constamment avec les partis politiques, qui sont les bénéficiaires de leur prestation. Donc, pour cette fois-ci, nous ne participons pas à une réunion de compte-rendu, nous voulons à l’avenir être intimement associés à toutes les étapes du processus. Si les appels d’offres ou les dossiers de candidatures nous avaient été présentés, ne serait-ce que pour le principe, on pouvait les enrichir ou les rendre beaucoup plus adaptés et conformes à la loi. Cela nous aurait permis d’être solidaires des actes de la CENI, de cultiver la confiance réciproque. C’est pour cette raison donc que nous quittons la salle sans présager des dispositions que la CENI pourrait prendre à l’avenir pour faire en sorte que ces types de réunion soient convoqués à date et à temps, en vue de permettre la tenue des échanges francs ».

Dr Faya Millimouno, le porte-parole de la coordination de l’opposition extra-parlementaire (COEP), qui était aussi à cette réunion a eu des mots très amers à l’endroit de la CENI. « Je ne souhaiterais pas que l’histoire retienne de la Guinée, après le précédent dialogue politique inter-guinéen, que nous n’ayons pas été capables de trouver des mots avec des virgules, des point virgules et des points à leur place pour traduire ce sur quoi nous nous sommes entendus autour de la table. Aujourd’hui, nous devons nous demander où nous en sommes. Lors du précédent dialogue, la CENI a fait son mea-culpa. Je ne crois pas que l’engagement qu’elle a pris autour de la table à l’époque était de venir nous faire le compte-rendu à l’occasion d’une assemblée générale comme celle-ci après avoir posé des actes à l’insu des acteurs politiques. Les propres termes du ministre d’Etat de la Justice étaient que la CENI est une institution indépendante mais indépendance ne veut pas dire travailler à l’insu des partis politiques, parce que l’existence de la CENI est liée à celle des partis politiques. Je le constate malheureusement, après que tout le monde eut constaté l’impasse et que les démarches soient en cours pour ramener les uns et les autres autour de ce cadre de concertation. » Puis l’opposant de poursuivre sa diatribe contre l’institution chargée d’organiser les élections en Guinée en disant : « lors du précédent dialogue, il a été convenu de mettre en place un comité de veille et un comité de suivi parce que les actes posés par la CENI n’ont pas été souvent responsables. On ne peut pas faire fi de tout cela pour s’engager dans une sorte de fuite en avant et considérer que nous sommes en train de consulter et d’impliquer les partis politiques en convoquant des assemblées générales comme celles-ci. Il n’y a rien de sérieux qui peut sortir d’ici. La relation entre les partis politiques et la CENI ne doit pas se réduire à venir nous dire ce qui a été fait à notre insu. Nous voulons être partie prenante à ce processus pour s’assurer que ce qui va sortir au bout soit consensuel et préserve la paix. Parce que quand on oublie la notion de la paix en Guinée, on s’aventure comme la CENI est en train de s’aventurer aujourd’hui. Il faut le rappeler et interpeler les uns et les autres que si certains dans cette salle sont aujourd’hui dans des bureaux climatisés, émargent à la fin du mois, c’est parce que le peuple qui se meurt vous a donné son mandat. Donc, on devait agir dans le sens de préserver la paix. Mais les actes que la CENI est en train de poser ne vont pas dans le sens de préserver la paix. Nous devons le déplorer. A la COEP, nous sommes ouverts au dialogue. » Pour finir Dr Faya lance « nous souhaiterions qu’il y ait un cadre. Et il y a un cadre qui n’a pas livré ses conclusions. Nous demandons humblement qu’au lieu de s’adonner à cet exercice, on revienne au cadre où nous étions pour que nous puissions, en tant qu’hommes et femmes mûrs, trouver des mots adéquats dans un français clairs pour conclure le dialogue qui a eu lieu au Palais du peuple. Lorsque cela sera fait, nous verrons ensemble devant le comité de suivi et le comité de veille comment conduire le reste des opérations. Pour l’instant, notre constat est malheureux. La CENI est en train de réunir les conditions pour compromettre la paix en Guinée. Tous les membres de la CENI, individuellement ou collectivement, seront face à l’histoire si les actes qui sont posés de façon unilatérale maintenant devaient entrainer la violence. Comme l’opposition parlementaire, nous disons très clairement que nous ne sommes pas d’accord avec les démarches de la CENI. Par conséquent, nous ne pouvons pas cautionner cette fuite en avant de la CENI. Nous sommes venus vous dire cela, et nous nous retirons. »

 Dans le camp de la mouvance présidentielle, l’on ne semble pas approuver cette attitude de l’opposition. Le secrétaire administratif du RPG Arc-en-ciel, Lansana Komara, a tenu à le faire savoir. Selon lui, « à travers le discours du porte-parole de l’opposition, nous voyons une volonté délibérée ici de bloquer le processus électoral. C’est pourquoi, au nom de toute la mouvance présidentielle, nous ne pouvons pas rester la bouche fermée devant certaines déclarations, qui ne font pas honneur à notre jeune démocratie. Quand ils disent que tout est fait à dessein et à leur insu, je pense que c’est refuser de comprendre l’historique et la composition de notre CENI. Encore une fois, l’opposition doit comprendre que la CENI guinéenne est composée des partis issus de la majorité et de l’opposition, et que la constitution donne le pouvoir à la CENI de gérer les élections en Guinée. Nous ne sommes pas là pour défendre la CENI. Nous devons quand même connaître la constitution qui régit la Guinée. Si la CENI pose aujourd’hui des actes allant dans le sens de l’organisation des élections, je crois que la CENI est dans son rôle. Personne ne doit nier ce rôle à la CENI. Par conséquent, il faut laisser la CENI faire son travail. Nous demandons à l’opposition d’avoir le sens de l’histoire. Car si la Guinée sombre dans le chaos, comme ils le disent, ils sont entièrement responsables mais le peuple de Guinée ne se laissera pas distraire. Et nous, au RPG-Arc-en-ciel, nous demandons au gouvernement de prendre toutes les dispositions utiles pour éviter que la Guinée sombre. »

Enfin, Komara indique que « le RPG-Arc-en-ciel, la mouvance, restent ouverts à la concertation, au dialogue pour une Guinée unie et prospère. Pour le moment, nous demandons de laisser la CENI faire son travail et le reste, nous passerons aux choses sérieuses », a-t-il conclu.

A l’allure où vont les choses, le pouvoir et l’opposition n’ont pas l’air de vouloir accorder leurs violons, pour parvenir à de meilleurs préparatifs des futures élections prévues en 2014 et en 2015 en Guinée. La CENI qui a toujours été accusée d’être « un facteur de division » de cette classe politique, vient de souffler sur la braise, en faisant recours au service de la société malienne ICB, pour remplacer Waymark, dans la mise à jour du fichier électoral. Encore une fois, l’opposition crie au scandale.


Moussa Traoré
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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