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Zogota : deux ans après le massacre, aucune responsabilité située !

Heinan Goba  Mardi, 05 Août 2014 21:26

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Zogota_4aout2012_2_01Deux ans après le massacre de six personnes par des éléments des forces de défense et de sécurité dans le village de Zogota, l’ONG les Mêmes droits pour tous (MDT) dénonce la lenteur qui caractérise l’instruction de la plainte qu’elle a déposée devant le tribunal de première instance de N’Zérékoré. Et parle de politique de deux poids, deux mesures de la part du régime d’Alpha Condé, prompt à juger les dossiers qui l’intéressent.

Au cours d’une rencontre avec la presse, rencontre marquant la commémoration de ce massacre dans la préfecture de N’Zérékoré, le président de MDT, Maître Foromo Frédérick Loua, est revenu sur les difficultés qu’ils rencontrent depuis qu’ils ont décidé de contourner l’inertie du parquet. Notamment le refus des mis en cause de répondre aux convocations du juge en charge du dossier avant l’avis de leur hiérarchie, et celui du parquet d’exécuter les mandats.

Au regard de la gravité des faits et au vu du manque de volonté des autorités guinéennes de faire la lumière, Maître Foromo Frédérick a fait part de leur décision d’attraire la Guinée devant les instances judiciaires internationales. Dans la mesure où le pouvoir public guinéen persiste dans sa « volonté d’étouffer à tout prix cette situation affreuse ». Dénonçant au passage le fait que la destruction des biens pour laquelle il y a eu le massacre connaît un jugement.

S’exprimant à cette conférence, Maître Pépé Antoine Lamah, avocat à la cour et membre de MDT, a expliqué en quoi le massacre Zogota « est scandaleux, horrible et macabre ». D’après lui, « Zogota a été transformé en un champ de guerre » pendant la nuit du massacre. Et de reprendre les propos de son président : « C’est une situation affreuse que l’Etat guinéen veut à tout prix étouffer ». Avant de dénoncer la politique du pouvoir en place en matière de justice.

Invité à cette rencontre, Maître Thierno Souleymane Baldé, de l’IRDED (Institut de recherche en démocratie et Etat de droit) a fait savoir que l’impunité dont jouissent les auteurs de crime en Guinée est à l’origine du massacre de Zogota. Comme illustration, il a dit que « si Zogota avait été jugé, N’Zérékoré et Koulé n’auraient pas eu lieu ». Allusion au massacre intercommunautaire de l’année dernière. Il a demandé aux autorités de prendre leur disposition.

D’après l’avocat, « ce qui se passe en République centrafricaine et dans d’autres pays en guerre n’est rien d’autre que la conséquence de l’accumulation des frustrations ». « Ce qui se passe dans ces pays doit servir de leçon », a conclu celui qui aurait saisi le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies par rapport à d’autres crimes commis en Guinée.

Nouhan Traoré du Mouvement africain pour la défense des droits de l’homme et de la bonne gouvernance (AFRIDHO) a lui aussi demandé à l’Etat guinéen de prendre ses responsabilités en accomplissant son devoir de protection et de promotion des droits humains. Pour lui également, il y a un lien de parenté entre les différentes tragédies en Guinée. Et ce lien d’après lui, « c’est l’impunité qui a atteint son âge d’or en Guinée ».

«L’impunité est devenue un système de gouvernance en Guinée », a affirmé Nouhan Traoré. Avant d’avertir les autorités en place que « le dossier de Zogota fait partie des préoccupations de la communauté internationale ».

Alors qu’ils se battent pour des valeurs universelles, Maître Labila Michel Sonomou, présent à cette conférence de presse, s’est dit « inquiet qu’ils soient confondus à des hommes politiques lorsqu’ils dénoncent l’impunité en Guinée ». « Quoi qu’il en soit, nous n’allons pas baisser les bras », a-t-il promis. Et en effet, pour lui, « c’est un paradoxe qu’au temps d’Alpha Condé qui s’est battu pour des valeurs comme la démocratie, le respect des droits de l’homme, on assiste à de graves violations des droits humains ».

A rappeler que le massacre de Zogota dans la nuit du 03 au 04 août 2012 est intervenu suite à la répression d’une manifestation de villageois qui s’étaient attaqués aux installations de la brésilienne Vale. Dénonçant le clientélisme de cette société minière dans le recrutement de ses travailleurs.


Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu


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