Prescriptions médicales par téléphone : patients et médecins, à cœur-joie !

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CHU_Donka_hopital_Conakry_2_01« Docteur, mon enfant fait des vomissements. Il ne mange pas du tout, depuis quelques jours » ; « Docteur, mes selles sont noires, mes urines rougeâtres Â» ; « Docteur, les produits que vous avez prescrits me donnent de la fièvre Â» ; « J’ai des vertiges depuis que j’ai pris … Â», etc. Les consultations et prescriptions médicales à travers le téléphone sont de plus en plus dans nos mÅ“urs. Patients, souffrant de tout, et médecins de tous acabits y compris les garçons de salle voire les techniciens de surface s’adonnent à ces pratiques. A cÅ“ur joie. Et en toute insouciance. Coup de projecteur !

Le diagnostic est posé selon les explications données par le patient. De l’autre côté. Au bout du fil. Parfois c’est un proche ou un parent qui décrit le malade. L’ordonnance suit juste après les explications. Oui, l’ordonnance. Le médecin prescripteur ne palpe pas le corps. Il ne prend pas la température du patient. Il ne connait rien des antécédents de santé du patient. Tant pis pour ceux qui souffrent de diabète, d’insuffisance rénale, d’hépatite, etc. Ici et là, on prescrit de l’eau glucosée, du paracétamol, etc. Souvent contre les maladies qui couvent chez certains patients. Des témoins expliquent que parfois le déplacement est très difficile quand on est malade ou quand on est avec un malade. « Mieux, les hôpitaux sont devenus des mouroirs autorisés. Ces structures sont insalubres et infestées de bruits Â», admet Néné Fatou, une sexagénaire qui sort à peine du service de Traumato d’un des CHU crasseux de Conakry. « Je préfère qu’on appelle Dr, comme cela, il va vous dire les produits à acheter Â», ajoute-t-elle en s’adressant sagement à son petit-fils, la tenant par le bras.

Du côté des médecins, on justifie les consultations et prescriptions médicales par téléphone, par le fait que « nous connaissons déjà les maladies dont souffrent certains patients qui nous sont fidèles Â», témoigne un pédiatre de l’INSE de Donka. Et un jeune médecin-stagiaire d’ajouter : « cette pratique est très risquée surtout quand on ne connait vraiment pas ce dont souffre habituellement le patient Â». Quoi qu’il en soit, après consultation au téléphone, c’est des crédits qui atterrissent dans le portable du prescripteur, « pour services rendus Â». C’est en réalité, la loi de la négligence sur toute la ligne. Des sérums glucosés administrés à des diabétiques, des opérations approximatives qui emportent patients et proches, de fausses ordonnances, de faux résultats de laboratoires, de faux diagnostics pour patients, etc., nos hôpitaux sont manifestement malades de leurs hommes en blouse blanche. Aujourd’hui, le tableau qu’ils présentent est plutôt lamentable et chaotique pour les patients.

Tous les jours que Dieu fait, sous l’effet des erreurs médicales, des familles entières enregistrent des décès ou des séquelles incurables. Finalement, plus personne ne sait de quoi est mort le sien. Entre hommes de la médecine – on ne sait pas top si c’est le serment d’Hippocrate qui le dit – on se couvre pour masquer les erreurs monumentales qui ont hélas encore pignon sur rue dans nos hôpitaux et CHU. C’est pourquoi, en présidant la cérémonie d'ouverture des États généraux de la Santé à Conakry, Alpha Condé n’a pas du tout été tendre avec les médecins. D’un côté, il les prend comme cupides, de l’autre de « tueurs en séries Â». Pour cette estampille-là, Condé est formel, car, selon lui, « 50% des morts dans les hôpitaux sont dus à des erreurs médicales Â».

Erreurs médicales ? Le chef de l’Etat veut en finir. Avec quelle recette ? Porter plainte contre les spécialistes imprudents. « Si les populations avaient l’habitude de porter plainte en cas de décès, on aurait beaucoup moins de morts Â», a estimé Condé avant de noter : « Ils ne respectent pas les malades. Même s’il y a des médicaments, ils réclament de l’argent aux malades. Il faut avoir le courage de mettre le couteau dans la plaie comme vous avez l’habitude de le faire mais cette fois, il ne s’agit pas de mettre le couteau dans la plaie du malade mais celle les médecins. C’est le système qui est malade. Â»


Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu


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Commentaires  

 
+4 #3 DIAN BAH 27-07-2014 00:26

Juste vous relater la médiocrité qui gangrène nos milieux hospitaliers comme l’ont mentionné les précédents commentaires: Ma belle-sœur a failli faire une crise cardiaque lorsque les considérés comme meilleurs pédiatres en Guinée lui déclarent que son nouveau-né de 3 semaines souffre d’une maladie qu’on ne peut traiter en Afrique et que les chances sont très limitées si c’est en Europe puisque le foie, la rate et autres organes vitaux sont irrémédiablement atteints. Conseillée par des proches et disposant d’un minimum, elle s’envole avec l’enfant au Maroc en compagnie de son mari. C’est là qu’on décèle un palu congénital qui fut traitée en une semaine – l’enfant et ses parents se portent bien aujourd’hui à Conakry. Existe-t-il encore un espoir pour ce pauvre pays qui prend une allure inquiétante de chute libre ?
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+4 #2 Gandhi 26-07-2014 19:37

AC critique la santé en Guinée, et les pratiques décrites ici sont scandaleuses, mais que fait-il pour améliorer le secteur ?
Lui-même se fait-il soigner au pays ?
Il faut balayer devant sa porte.
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+5 #1 A.O.T. Diallo 25-07-2014 20:05

TSF tu décris la juste une "nouvelle technique" apportée avec les NTIC-cellulaires. Avant cela en notre temps c’était les ordonnances "a la fenêtre' du médecin pour ses proches car son bureau était plein...
Maintenant sans vouloir justifier ces actes je te conseille de faire un tour sans te boucher le nez et les yeux a Donka et Ignace Deen. Toute personne consciente a 3 choix selon sa bourse pour survivre a cette expérience:
1) Appeler son médecin habituel par téléphone pour ne pas se rajouter 2-3 maladies complémentaires et plus graves qui y résident en permanence (y compris ebola maintenant).
2) aller le voir dans le petit cabinet medical semi-clandestin mais mile fois plus propre dans son quartier.
3) le faire venir a domicile pour une consultation et l'ordonnance: inutile de dire que ceux qui font cela sont malgré tout ce que l'on croit assez nombreux a Conakry aujourd'hui.
C'est comme les chantiers de villas a Conakry - tout le monde pleure de sa misère tous les jours mais te raconte quelques minutes après ses déboires de la semaine sur son chantier...
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