Thierno Fodé Sow Vendredi, 25 Juillet 2014 17:59
« Docteur, mon enfant fait des vomissements. Il ne mange pas du tout, depuis quelques jours » ; « Docteur, mes selles sont noires, mes urines rougeâtres » ; « Docteur, les produits que vous avez prescrits me donnent de la fièvre » ; « J’ai des vertiges depuis que j’ai pris … », etc. Les consultations et prescriptions médicales à travers le téléphone sont de plus en plus dans nos mœurs. Patients, souffrant de tout, et médecins de tous acabits y compris les garçons de salle voire les techniciens de surface s’adonnent à ces pratiques. A cœur joie. Et en toute insouciance. Coup de projecteur !
Le diagnostic est posé selon les explications données par le patient. De l’autre côté. Au bout du fil. Parfois c’est un proche ou un parent qui décrit le malade. L’ordonnance suit juste après les explications. Oui, l’ordonnance. Le médecin prescripteur ne palpe pas le corps. Il ne prend pas la température du patient. Il ne connait rien des antécédents de santé du patient. Tant pis pour ceux qui souffrent de diabète, d’insuffisance rénale, d’hépatite, etc. Ici et là, on prescrit de l’eau glucosée, du paracétamol, etc. Souvent contre les maladies qui couvent chez certains patients. Des témoins expliquent que parfois le déplacement est très difficile quand on est malade ou quand on est avec un malade. « Mieux, les hôpitaux sont devenus des mouroirs autorisés. Ces structures sont insalubres et infestées de bruits », admet Néné Fatou, une sexagénaire qui sort à peine du service de Traumato d’un des CHU crasseux de Conakry. « Je préfère qu’on appelle Dr, comme cela, il va vous dire les produits à acheter », ajoute-t-elle en s’adressant sagement à son petit-fils, la tenant par le bras.
Du côté des médecins, on justifie les consultations et prescriptions médicales par téléphone, par le fait que « nous connaissons déjà les maladies dont souffrent certains patients qui nous sont fidèles », témoigne un pédiatre de l’INSE de Donka. Et un jeune médecin-stagiaire d’ajouter : « cette pratique est très risquée surtout quand on ne connait vraiment pas ce dont souffre habituellement le patient ». Quoi qu’il en soit, après consultation au téléphone, c’est des crédits qui atterrissent dans le portable du prescripteur, « pour services rendus ». C’est en réalité, la loi de la négligence sur toute la ligne. Des sérums glucosés administrés à des diabétiques, des opérations approximatives qui emportent patients et proches, de fausses ordonnances, de faux résultats de laboratoires, de faux diagnostics pour patients, etc., nos hôpitaux sont manifestement malades de leurs hommes en blouse blanche. Aujourd’hui, le tableau qu’ils présentent est plutôt lamentable et chaotique pour les patients.
Tous les jours que Dieu fait, sous l’effet des erreurs médicales, des familles entières enregistrent des décès ou des séquelles incurables. Finalement, plus personne ne sait de quoi est mort le sien. Entre hommes de la médecine – on ne sait pas top si c’est le serment d’Hippocrate qui le dit – on se couvre pour masquer les erreurs monumentales qui ont hélas encore pignon sur rue dans nos hôpitaux et CHU. C’est pourquoi, en présidant la cérémonie d'ouverture des États généraux de la Santé à Conakry, Alpha Condé n’a pas du tout été tendre avec les médecins. D’un côté, il les prend comme cupides, de l’autre de « tueurs en séries ». Pour cette estampille-là, Condé est formel, car, selon lui, « 50% des morts dans les hôpitaux sont dus à des erreurs médicales ».
Erreurs médicales ? Le chef de l’Etat veut en finir. Avec quelle recette ? Porter plainte contre les spécialistes imprudents. « Si les populations avaient l’habitude de porter plainte en cas de décès, on aurait beaucoup moins de morts », a estimé Condé avant de noter : « Ils ne respectent pas les malades. Même s’il y a des médicaments, ils réclament de l’argent aux malades. Il faut avoir le courage de mettre le couteau dans la plaie comme vous avez l’habitude de le faire mais cette fois, il ne s’agit pas de mettre le couteau dans la plaie du malade mais celle les médecins. C’est le système qui est malade. »
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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