Ebola : l'inertie des gouvernements mise en cause

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fievre_Ebola_Guinee_juin2014_01« Ils ont tellement menti : “Ebola est sous contrôle”, “Ebola, c'est fini”, “Ebola, c'est du passé” » : pour un médecin furieux du plus grand hôpital de Conakry, les déclarations rassurantes des dirigeants guinéens ont joué un rôle dans la résurgence de l'épidémie. Face à celle-ci, qu'elle considère comme « la plus grave » jamais survenue, l'Organisation mondial de la santé (OMS) a convoqué les 2 et 3 juillet à Accra, au Ghana, une réunion d'urgence des ministres de la santé de onze pays ouest-africains concernés pour prendre des mesures « drastiques ».

D'après le bilan communiqué jeudi 26 juin par l'OMS, la Guinée, pays le plus touché, le Liberia et la Sierra Leone voisins totalisent depuis le début de l'année 635 cas de fièvre hémorragique virale ‒ un peu plus de la moitié ont été confirmés comme étant dus au virus Ebola ‒ dont 399 décès.

« Pour le moment, la situation est bien maîtrisée et nous touchons du bois pour qu'il n'y ait pas de nouveaux cas », avait pourtant affirmé fin avril le président guinéen, Alpha Condé, au siège de l'OMS à Genève. A l'époque, l'épidémie avait déjà fait près de 100 morts.


« TOUT CE BRUIT »

Quelques jours plus tard, lors d'une réunion de chefs d'Etat de la région à Conakry, Alpha Condé les avait remerciés d'être venus « malgré tout le bruit fait autour de l'Ebola ». Ce « bruit » vient notamment de Médecins sans frontières (MSF), organisation très active sur le terrain depuis l'apparition de l'épidémie, qui a estimé lundi qu'avec soixante foyers actifs en Guinée, elle devenait « hors de contrôle ».

L'épidémie de fièvre Ebola en Guinée prend de l'ampleur, Conakry la capitale, auparavant épargnée, étant désormais touchée par ce virus mortel et hautement contagieux qui inquiète de plus en plus les pays voisins.

En réponse, le président Condé a demandé « des comptes » à MSF et aux autres organisations internationales présentes dans son pays, car « tout n'est pas parfait dans leur comportement ».

« Par la faute de nos dirigeants, qu'ils le veuillent ou non, la maladie s'est propagée à l'intérieur du pays, estime un médecin de l'hôpital Donka à Conakry. Ils ont tellement menti que nos partenaires et même les populations ont, à un certain moment, baissé les bras. Voilà le résultat, l'épidémie prospère partout dans le pays ! »

L'imam Thierno Ousmane Camara ‒ une fonction très respectée en Guinée musulmane ‒ demande « au président de ne pas minimiser cette maladie qui continue malheureusement d'endeuiller des familles ».


IL N'Y A PLUS DE CAMPAGNE D'INFORMATION

A Conakry, il n'y a plus de campagne d'information, ni à la radio, ni à la télévision, ni dans les rues. Dans les gares routières, au port et à l'aéroport, les contrôles sont réduits au strict minimum, voire inexistants. Les rares et dérisoires mesures préventives sont prises individuellement, comme par exemple des seaux d'eau de javel déposés à l'entrée des restaurants populaires pour se désinfecter les mains.

Il n'y a pas plus de vigilance à la frontière avec le Liberia, affirme un commerçant. « J'en reviens. Tout le monde a peur, mais personne ne se protège. Je n'ai pas vu un seul agent de la santé qui parle [de la façon d'éviter la propagation] ». « La situation est grave entre la Guinée et le Liberia », dit-il.

Dans la capitale libérienne, Monrovia, la colère contre l'inertie du gouvernement est la même qu'à Conakry. « Admettons que cette affaire d'Ebola soit vraie, que fait le ministère de la Santé pour sensibiliser la population qui, pour la plupart, est illettrée ? Rien ! », s'emporte un Libérien. Tout comme à Conakry, pas de campagne de sensibilisation, pas de mesures spécifiques, hormis des chambres d'isolement dans les hôpitaux pour les cas suspects ou avérés.

A New Kru Town, considéré comme le plus grand foyer d'Ebola de la province de Montserado, où se trouve Monrovia, la population continue de vivre comme si l'épidémie n'existait pas. Un habitant, Peter Jleh, l'explique : « Nous sommes africains, nous avons l'habitude de vivre en communauté et nous allons continuer de vivre en communauté, de se serrer la main. »


Source : Le Monde, Paris


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Commentaires  

 
0 #3 Youssouf Bangoura 28-06-2014 11:51

Tout à fait AOT, Alpha gère mal cette affaire d'Ebola mais, ces ong sont connues pour exagération des situations sanitaires dans les pays pauvres .Sylla démocrate déteste tellement AC, qu'il ne lui reconnait aucune qualité même si ce dernier a raison .
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+1 #2 AOT Diallo 27-06-2014 17:18

Citation en provenance du commentaire précédent de Sylla democrate:
Un president qui sur une chaine internationale evoque que c'est MSF qui fait du bruit pour gagner du financement, sans aucun doute, a montre l'etendu de son ignorance concernant cette epidemie et la communication a tenir.

Sans vouloir vous dementir il faut quand meme reconnaitre que le PPAC n'a pas totalement tort. Cette boite est reputee dans le monde de la sante publique pour son exageration des situations sanitaires et humanitaires pour obtenir plus de fric de l'UE en particulier avec effectivement une gestion tres peu transparente pour les beneficiaires.
Mais bon ce n'est pas a un president de le denoncer avec si peu de diplomatie...
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+4 #1 Sylla democrate 27-06-2014 06:35

Un president qui sur une chaine internationale evoque que c'est MSF qui fait du bruit pour gagner du financement, sans aucun doute, a montre l'etendu de son ignorance concernant cette epidemie et la communication a tenir.
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