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Administration publique : « Je ne suis pas venu pour faire de l’équilibre ethnique», dixit Alpha Condé

Thierno Fodé Sow  Lundi, 12 Septembre 2011 21:30

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Les clivages ethniques s’exacerbent tous les jours. Même si certains le nient ou le sous-estiment. Aujourd’hui, il suffit de suivre un décret pour voir certains compter le nombre de Soussous, Peuls, Forestiers et Malinkés. Le phénomène a actuellement pignon sur rue. Ce qui est davantage inquiétant, c’est le fait que ce sont des intellectuels et pas des moindres qu’on enivre avec ce jeu qui divise. Combien y a-t-il de parents, de copains, d’amis, …s’interroge-t-on. On n’est pas avare en temps pour procéder au détail. Alpha Condé, lui, ne se fait aucune illusion. Car, il n’est pas « venu pour faire de l’équilibre ethnique. Plutôt pour redresser la Guinée. » Décryptage.

Selon le président guinéen, il ne va pas mettre à des places stratégiques « des gens qui ont déjà géré » les affaires publiques. Surtout qu’il n’est « pas venu pour faire de l’équilibre ethnique. » Mais, « pour redresser la Guinée. » Pour justifier cette ‘’fausse’’ logique d’équilibre ethnique, Alpha Condé n’a « pas pris d’anciens ministres, en dehors du ministre des Finances (Kerfalla Yansané, NDLR) et de trois militaires (Korka Diallo, Mathurin et Toto Camara), parce que je ne pouvais pas faire autrement. » Sinon, argumente-il « j’ai pris des gens expérimentés, en leur disant clairement que je ne protégerai personne. Celui qui sera épinglé par un audit aura des problèmes avec la Justice. » Et pour prouver sa bonne foi, le président guinéen affirme qu’en nommant des cadres, il prend en compte « leur comportement au niveau de l’administration passée, de leurs gestions passées, etc. » De toute évidence se justifie le président guinéen, « En Europe, lorsque la droite vient au pouvoir, on trouve normal que le Président nomme des préfets de la droite et non de la gauche. »

Quoi de plus normal, s’ils sont efficaces, constants et loyaux ! Des vertus qu’on retrouve cependant peu ou pas du tout dans le gouvernement Saïd Fofana. Et même au sein du cabinet de la Présidence de la République. Qui ne se rappelle pas en effet de la gestion peu orthodoxe du fonds minier qui a même fait l’objet de spectacle médiatique version Dadis Camara ? Plus récemment, qui n’a pas entendu parler de l’autre gestion calamiteuse de la campagne agricole dont Alpha Condé lui-même avait dénoncé les contours et les ministres ? Où sont aujourd’hui ces cadres indexés ? Dans les rouages de l’administration publique. Ils se la coulent douce. Ils ne sont donc pas inquiétés, sachant bien entendu que l’impunité appelle au crime et à la récidive.

Alpha Condé qui s’est par ailleurs toujours présenté comme « le président du changement au bénéfice de tous, le président de la réconciliation nationale et du progrès » est loin d’accepter une éventuelle prise d’otage, en cédant à la pression d’un groupe de barbus. Pour ceux qui rêvent encore, il tranche, comme il sait si bien le faire : « On veut que je nomme des gens qui sont manifestement contre ma politique. » Entre ce fantasme d’une poignée de personnes et la réelle volonté du bienfaiteur, il y a tout un océan. En attendant de savoir pour qui est mis le ‘’On’’ – peut-être les sages du Fouta ou des cadres de cette région qui prennent souvent la victimisation comme arme de défense ou de combat ‒, Alpha Condé accuse l’UFDG de Dalein Diallo d’avoir distillé le mauvais germe de l’ethnie. « C’est l’UFDG qui a mené une campagne, en disant que c’est notre tour. (…) Cela a amené tous les autres à se coaliser. » En réalité, cette accusation est gratuite. En effet, le RPG et l’UFDG ont tous tenu des discours qui divisent. L’un parle de « candidat de la mafia qui a mis le pays en coupes réglées », l’autre évoque un « arrogant et haineux qui a montré son incapacité à traiter toutes les régions sur le même pied d’égalité pendant la campagne électorale ».

Quoi qu’il en soit, pour chercher à sortir du guêpier, M. Condé fait appel à la sociologie en rappelant qu’on a trois régions en Guinée, la Haute Guinée, la Forêt et la Basse Guinée qui sont mandingues : « La Forêt on dit que c’est l’aîné, c’est-à-dire « Manding Pou », cela veut dire 10. La Basse-Guinée, c’est « Manding Fou », qui veut aussi dire 10. La Haute-Guinée, c’est le cadet et cela veut dire 10. Donc les trois Mandingue se distinguent par le chiffre 10. » Ce qui veut dire, de l’avis du Chef de l’Etat que les Traoré, Fofana, Sylla, etc. ne sont pas toujours ce que pensent les adversaires politiques et autres détracteurs de la politique du changement. C’est pourquoi, estime tout de même le président Condé, il est extrêmement important que la Guinée se réconcilie (?), en fonction de notre histoire et de notre vision. Car après tout, « Nous n’accepterons plus que quelqu’un nous dicte la façon de faire la réconciliation et d’organiser nos élections », promet-il dans un nationalisme d’un autre âge.

Aujourd’hui, cette sortie d’Alpha Condé qui tranche manifestement avec la démarche des sages et notabilités du Fouta ambitionnant entre autres de voir les leurs dans la haute administration publique, en dit long sur la suite à donner au processus de réconciliation tant voulu par l’ensemble des Guinéens progressistes. C’est donc une grande désillusion, pourrait-on dire pour El hadj Badrou Bah et les autres, annonçant déjà leur arrivée à Sékhoutouréya pour bientôt. Sacré camouflet ! A moins que, avec persévérance, ils ne continuent à défendre une cause déjà… ou presque perdue. Alpha, lui, reste formel : « Je ne suis pas venu pour faire de l’équilibre ethnique». Pourtant, ce même Alpha Condé avait déclaré au lendemain de son investiture : «Quand je dis gouvernement d’union nationale, ça veut dire que toutes les composantes de la Guinée doivent se retrouver dans ce gouvernement, que ce soit les composantes régionales ou les Forces vives, que ça soit les partis, les syndicats, la société civile. Mais ce n’est pas une coalition de partis. Il ne faut pas confondre. » Par où est passé cette mise au point ? Ce qui est sûr, ceux à qui le message est adressé ont dû comprendre. A moins qu’ils ne soient grisés par le changement…amorcé !


Thierno Fodé Sow

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