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Angola : l’eldorado… cauchemardesque ?

Thierno Fodé Sow  Jeudi, 05 Juin 2014 22:30

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immigrants_guineens_Angola_01« Soul rêvait de l’Angola, il y est allé mais n’aura vécu que trois mois au pays du patriarche José Eduardo dos Santos. Exactement 95 jours qu’il a passés à égrainer un à un à la prison de haute sécurité de Trina dans la banlieue de Luanda, déclinée en « centre de rétention » à l’intention de la presse et les organisations de défense des droits de l’homme. Un cachot où sont entassés des centaines d’immigrés ouest-africains, nourris à une gamelle de pâte à base de maïs une fois par 24 heures. »

L’odyssée de ce Guinéen – rapportée par un compatriote et éminent blogueur – hélas aujourd’hui plus que jamais largement partagée avec bien d’autres compatriotes dont le rêve a volé en éclats : environ 4 500 USD sont engloutis pour un voyage somme toute périlleux, souvent à bord d’une embarcation de fortune. L’Angola – immense pays (1 246 700 km2) peu densément peuplé (environ 15 millions d'habitants selon des estimations de l'ONU en 2005, soit une densité de 12 hab./km2), situé à la charnière entre l'Afrique australe et centrale – est manifestement devenu ces dernières décennies, une réelle destination pour plusieurs centaines de Guinéens. Un eldorado cauchemardesque, pour dire tout net, pour bien des aventuriers, notamment des jeunes femmes en quête de leur conjoint, de jeunes diplômés sans emploi ou tout simplement des commerçants à la recherche de profits.


La démarche de l’ambassade

C’est certainement à cause de cette présence massive des Guinéens mais surtout dans le cadre du « raffermissement des liens d’amitiés entre Luanda et Conakry » que nous avons suivi en novembre 2011 à l’ouverture d’une ambassade dans la capitale angolaise. Au même moment, un accord sur la géologie et les mines a été signé à Luanda entre l'Angola et la Guinée Conakry à la fin d'une réunion de trois jours de la commission bilatérale des deux pays. L'accord a été signé par le ministre angolais de la Géologie, des Mines et de l'Industrie, Joaquim David, et son homologue guinéen Mohamed Lamine Fofana, qui a co-présidé la réunion de la commission. Un an après l’ouverture de la représentation diplomatique, on a pu enregistrer entre 50 et 60 000 Guinéens vivant dans ce pays, dont seulement 800 de façon régulière ! D’autres compatriotes sont tous les jours « victimes de persécution, de rafles, de tortures et de violence gratuite de la part des forces de sécurité angolaises ou de simples citoyens. Depuis mars 2011 jusqu’à aujourd’hui, près d’une trentaine de Guinéens ont été tués. Parfois sans raison. Selon des sources diplomatiques, « les actes criminels dans lesquels sont impliqués certains Guinéens, se sont d’ailleurs accrus ces trois dernières années. Quelques compatriotes s’organisent en groupes de criminels, seuls ou avec des citoyens angolais pour faire des attaques à domicile ou sur les lieux de travail d’autres Guinéens ; qui sont parfois des proches parents à eux. »


La hantise du bien-être

A côté de cette insécurité sans précédent, on nous signale la détresse inoxydable de Guinéens vivant en Angola notamment les Sans-papiers, évalués à des centaines. Certains sont rapatriés par charters. Mais cette donne angolaise ne semble point dissuader les candidats à l’immigration clandestine. Et la raison est toute évidente. En effet, des couples longtemps séparés (l’un au pays, le second à Luanda) ont réussi à se retrouver là-bas ; des clandestins ou ce qui y ressemble, ramènent des ressources en Guinée ; d’autres compatriotes font pousser des immeubles partout à Conakry et en province ; certains assurent le hadj des leurs et autres connaissances ; à Conakry, les rares séjours sont suffisamment arrosés ; aisance, belles voitures, belles maisons, etc.

L’attirail est trop fort pour maintenir les jeunes sans repères au pays. Le rêve angolais les enivre. La réussite de certains alimente en eux une certaine jalousie maladive. D’où le saut dans l’inconnu. La situation de cette catégorie de Guinéens, fuyant les récurrentes crises politiques dans « le château d’eau » d’Afrique de l’ouest et le « scandale géologique » inquiètent aujourd’hui le nouveau Parlement. Après tout, deuxième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne (environ 1,6 million de barils par jour en 2006), l’Angola est également un gros producteur de diamants d'excellente qualité, et d'autres ressources minières (fer, cuivre) encore peu exploitées.


Des députés « écœurés »…

Certains députés s’offusquent de l’attitude du gouvernement angolais, dont le pays a bénéficié de l’aide guinéenne dans la lutte pour l’indépendance. Récemment les députés ont d’interpellé le ministre des Guinéen de l’étranger sur la situation intenable des Guinéens vivant dans des pays amis comme l’Angola. Le président du groupe des libéraux et démocrates, Fodé Oussou Fofana et son homologue de la majorité, Damaro Camara se sont demandés ce que le gouvernement fait par rapport à ces Guinéens « maltraités et attachés en Angola et ailleurs ». Ils se disent écœurés, « on est vraiment dépassé ». Le ministre Bantama Sow dit avoir pris en compte « toutes les recommandations de nos honorables députés », car mesurant « tout le poids que pèse la diaspora guinéenne. En Angola, il y a plus de 100 Guinéens détenus, dans ce pays pour lequel nous avons versé notre sang. Je suis prêt à écouter toute proposition pour trouver une solution à ce problème. Je prie le Bon Dieu de préserver la paix et l’unité nationale dans ce pays pour faire de lui un pays émergent. »

Ancienne colonie portugaise, l'Angola a obtenu son indépendance seulement le 11 novembre 1975, après quatorze années d'une lutte de libération (1961-1974) à laquelle la Guinée a participé et qui s'est ensuite transformée en l'une des plus longues guerres civiles qu'ait connues l'Afrique (1975-2002). Mais ceci est une autre histoire…

Depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, des voix s’élèvent pour dénoncer avec insistance, ce qu’elles appellent des liaisons dangereuses entre Luanda et Conakry, notamment en matière de coopération de … « gardes rapprochés » (?). Certaines parlent de milice tribale en formation pour mâter tous les adversaires supposés ou réels, d’autres se perdent tout simplement en conjectures. Ce qui est évident, il est temps d’étudier en profondeur la situation de ces autres Guinéens en détresse dans un « pays ami » devenu un cauchemar sans précédent. La Guinée étant ce qu’elle est aujourd’hui, il serait bien difficile pour autant de contenir les candidats à l’immigration par voie routière ou par barque motorisée. Fût-on le Mandela ou l’Obama guinéen. A moins que le Simandou et les autres vrais faux mégaprojets ne fassent rêver… avec Condé.


Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu


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